Situé sur la route de Cassis et à proximité du centre-ville de Carnoux-en-Provence, le stade Marcel Cerdan occupe une place importante dans la vie de la commune. Son nom même renvoie à l’histoire de la localité fondée pour accueillir des rapatriés du Maroc puis d’Algérie. Initialement simple terrain de football, le stade se modernise depuis plusieurs décennies, car ses gestionnaires visent à en faire une enceinte sportive de référence entre Marseille et La Ciotat. Pour les près de 7 000 Carnussiens, il est un lieu permettant de venir admirer le spectacle sportif offert par le club de football local et un endroit de pratique des sports collectifs, que ce soit en club ou durant le temps scolaire.
Hommage à une figure de l’Algérie coloniale
Si le nom du célèbre boxeur Marcel Cerdan est donné à un stade de football, c’est parce que le natif de Sidi-Bel-Abbès représente pour les Carnussiens une figure de l’Algérie coloniale. Cette appellation est liée à l’histoire de la ville. En effet, la Coopérative immobilière française (CIF), basée à Casablanca et dirigée par Émilien Prophète, achète, en 1957 aux communes de Roquefort-la-Bédoule et d’Aubagne, des terrains aux lieux-dits des « Carnoux » et « Mussuguets ». L’objectif initial est d’offrir des logements aux rapatriés du Maroc après l’indépendance, en 1956, de cet ancien protectorat français. Les ambitions évoluent en 1962 lorsque des familles de rapatriés d’Algérie viennent y habiter. La commune de Carnoux, reconnue comme telle en 1966, est alors pensée comme un « territoire mental » pour ses habitants. Ainsi, des bâtiments reprennent un style architectural perçu comme propre à l’Afrique du Nord et des avenues, places et lieux rendent hommage à certaines figures du passé colonial français au Maghreb. Le nom d’Albert Camus est ainsi donné à la médiathèque et celui de Saint-Augustin à l’école privée, alors qu’un buste honorant le maréchal Hubert Lyautey, résident général de France au Maroc, occupe la place principale de la ville. C’est dans ce contexte que le terrain de football de Carnoux porte, à partir de 1986, le nom de Marcel Cerdan, participant à un véritable « carrefour de la mémoire » pied-noir.
Un stade en constante modernisation
Les architectes de la future ville réservent un emplacement pour la construction de terrains de sports et nomment, sur le plan de masse, ce secteur « le stade ». Il se situe à un endroit stratégique : sur la voie principale de la route de Cassis et proche de la future zone industrielle. Lors de son premier aménagement à la fin des années 1960, le stade se résume à un unique terrain de football. Le développement rapide de la ville oblige la municipalité à prioriser des questions d’un autre ordre comme l’accès à l’eau ou au logement. Dans une lettre adressée à la municipalité, en 1976, le Carnoux Olympic Club (COC) demande la construction d’infrastructures sportives de meilleure qualité et présente le sport comme une pratique contribuant à fonder une « communauté humaine » et à « donner une âme » à la ville.
Il faut toutefois attendre la décennie suivante pour que le terrain de football se mue en véritable stade municipal digne de ce nom. En effet, la municipalité, dirigée par le divers droite Jean Chaland, remplace le terrain de football par deux terrains, dont un dit « d’honneur » destiné aux équipes premières des associations carnussiennes et un réservé à l’entraînement ou à des matchs de moindre importance. L’inauguration officielle du stade carnussien, baptisé à cette occasion du nom de Marcel Cerdan, a lieu en septembre 1986 sous la présidence de Jean Chaland et de son homologue de Cassis, Gilbert Rastoin. L’ancien sélectionneur de l’équipe de France, Michel Hidalgo, est l’invité d’honneur des festivités. Sous les yeux des personnalités et des présidents ou licenciés des clubs sportifs de la ville, les équipes de football de Carnoux et de Cassis s’affrontent au cours d’un match se soldant par un nul. L’artisan de cette transformation est l’adjoint aux sports d’origine alsacienne Ignace Heinrich, élu en 1983. Cet ancien athlète a été médaillé d’argent aux Jeux olympiques de Londres 1948, champion d’Europe 1950 de décathlon à Bruxelles et porte-drapeau de la délégation française aux Jeux olympiques d’Helsinki en 1952. Sous la férule de celui qui est aussi président de l’Office municipal des sports (OMS) voit par ailleurs le jour un complexe sportif adjacent au stade, qui porte aujourd’hui son nom. Il se compose d’un gymnase et de salles pour la pratique des arts martiaux. Initialement prévue, pour 1991, sa livraison ne s’effectue que trois ans plus tard.
Après avoir permis au COC puis, à partir de 1971, à l’Association sportive de Carnoux (ASC) d’évoluer en son sein, le stade Marcel Cerdan devient, en 2002, le terrain de jeu du Stade olympique de Cassis Carnoux (SOCC), club issu de la fusion entre l’ASC et le Stade olympique de Cassis. N’étant pas aux normes édictées par la Fédération française de football (FFF), le stade est l’objet de plusieurs phases de réaménagement. Le maire divers droite Jean-Pierre Giorgi sollicite, en 2005, des fonds auprès de la métropole Aix-Marseille pour procéder à des rénovations d’ampleur et obtient deux ans plus tard une aide d’un montant de 34 405 euros sur un coût total de 220 000 euros. Le projet prévoit la réfection totale du terrain d’honneur, la réalisation d’abris de touche, la reprise de l’assainissement du terrain et la réalisation de clôtures. Des projets de réaménagement postérieurs concernent également l’éclairage de la pelouse, qui constitue un point d’achoppement avec la FFF et dont l’absence empêche l’équipe première du SOCC d’évoluer dans son enceinte lors de ses deux années en National. Ce n’est en effet qu’en 2009 que la FFF valide l’éclairage mis en place. Le mois suivant, la municipalité mandate une société pour la mise en conformité des vestiaires et du stade. Ce projet consiste en la réalisation d’une tribune d’une capacité de 500 personnes comportant des vestiaires pour les sportifs. Son ouverture au public est effective le 24 janvier 2011. À la suite de ces travaux, la municipalité entreprend la pose d’un gazon synthétique. L’opération d’un coût de 580 000 euros est une nouvelle fois en partie subventionnée par la métropole à hauteur de 100 000 euros. Cet aménagement coûteux est renouvelé tous les dix ans, même si d’aucuns dénoncent l’empreinte écologique de l’utilisation de matière plastique. Ces profondes modifications permettent au stade Marcel Cerdan de changer de dimension pour les décennies suivantes et d’accueillir les associations sportives carnussiennes.
Le sport et la « construction de l’âme » de Carnoux
Dès son ouverture, le stade accueille les premiers clubs de football de la ville comme la section football du COC, déclarée officiellement en 1966, puis l’Association sportive de Carnoux (ASC), fondée en 1971. Le principal fait d’armes de cette dernière est une victoire contre la réserve de l’Olympique de Marseille (OM) en 1992. Sa fusion, dix ans plus tard, avec le Stade olympique de Cassis pour former le Stade olympique de Cassis Carnoux (SOCC) inscrit Carnoux comme référence dans le football local. Malgré un nom de club fortement emprunté à la ville portuaire, gardant l’appellation « Stade olympique », l’association s’ancre dès 2002 au stade Marcel Cerdan. La progression de l’équipe première est constante : débutant en division d’honneur, elle monte rapidement les échelons pour se hisser, à l’issue de la saison 2007-2008, en National, le troisième échelon du football français. Cependant, cette ascension rapide ne laisse pas le temps à la municipalité carnussienne d’adapter le stade Marcel Cerdan. Les deux saisons en National doivent se jouer en dehors du secteur, faute d’une infrastructure aux normes. De plus, cette montée n’est pas synonyme de stabilité financière, puisque les nombreuses dépenses pour rester compétitif entraînent un déficit croissant. La sanction tombe en 2010 lorsque la Direction nationale du contrôle de gestion (DNCG) rétrograde administrativement le club en division d’honneur. Ne pouvant rembourser ses dettes, il est mis en liquidation. Ce n’est pas la première fois que le club fait face à l’instance de surveillance financière du football français, puisque sa montée en National, en 2008, n’avait pas été immédiatement validée. L’union des deux villes situées à l’est de Marseille connaît un nouvel épisode en 2011 avec la création du Sporting Club de Cassis Carnoux, dont l’existence ne dépasse pas quelques mois. Les deux communes suivent dès lors des chemins séparés. Le nouveau club du Carnoux Football Club (CFC) débute la saison 2011-2012 sous la conduite de Fabrice Coulomb son manager général, arrivé en tant qu’éducateur en 2006 puis devenu progressivement directeur sportif du feu Sporting Club de Cassis Carnoux. L’équipe fanion est entraînée par Bruno Lacoste, considéré comme ayant un profil de « bâtisseur » en adéquation avec les attentes du CFC. Celui-ci est bientôt qualifié de « sorcier de Carnoux » par le quotidien La Marseillaise puisqu’il parvient, en 2016, à réaliser quatre montées consécutives. Sa consécration arrive à l’issue de la saison 2018-2019, lorsque le club s’octroie la montée en National 3. Cependant, celle-ci est invalidée par la DNCG au cours de l’été. L’accession au cinquième échelon du football français n’est que partie remise. Fort d’un nouveau président, Salah Melliti, le club connaît un nouveau dynamisme et accède à la fin du printemps 2022 au niveau tant recherché. Le CFC se stabilise depuis entre la Régionale 1 et le cinquième échelon national. Mais il continue à connaître des difficultés financières récurrentes. Lors du départ de Salah Melliti, le 15 janvier 2026, le club accuse une « crise financière profonde » selon Fabrice Coulomb, son successeur. Celui qui est présent dans le football carnussien depuis alors presque 20 ans reconnaît en décembre 2025 la difficulté pour un club amateur de trouver des ressources financières suffisantes afin d’être en conformité vis-à-vis des exigences de la DNCG.
Malgré ces aléas le club carnussien performe, à son échelle, dans la plus vieille compétition du football hexagonal, la Coupe de France. Entre 2011 et 2024, l’équipe fait de courtes campagnes, mais en 2024-2025 elle se qualifie, pour la première fois, pour le 8e tour en allant battre, en périphérie de Clermont-Ferrand, le Lempdes Sport Football. Le CFC chute ensuite, sur le plus petit des scores, face à Hauts Lyonnais. Lors de l’édition suivante, le club renouvelle sa performance. Lors du septième tour, le CFC bat 5 buts à 1, au stade Marcel Cerdan, une équipe de l’autre bout du monde, le club tahitien de l’Association Sportive Pirae, avant de perdre face à une autre formation rhodanienne Lyon-La Duchère.
Un stade pour les jeunes footballeurs
Les difficultés financières rencontrées par les différents clubs carnussiens conduisent les éducateurs et les techniciens à privilégier la formation des nouvelles générations. Le stade Marcel Cerdan devient le terrain de ces ambitions sportives. À l’image du sport associatif des seniors, c’est bien le ballon rond qui occupe la place principale au stade Marcel Cerdan. L’enceinte accueille de nombreuses compétitions de jeunes, par exemple en août 2018 le tournoi de l’École de gardiens de but de Provence (EGBP). Elle devient aussi un lieu régulièrement utilisé par les équipes de jeunes de l’Olympique de Marseille. Certaines générations du club phare de la Provence y foulent le terrain à l’image de futurs professionnels tels que Boubacar Kamara, Maxime Lopez ou encore l’international camerounais Franck Zambo-Anguissa. Le cadre formateur, déjà présent à l’époque de l’ASC, se perpétue avec le CFC. En 2016 émerge le projet « Akadémie », s’inspirant d’un modèle de formation à l’espagnole, et réalisé en partenariat avec le club de l’Espanyol de Barcelone mais aussi du Nacka FC en Suède. Les jeunes de ce centre privé bénéficient de stages dans les clubs partenaires, en plus d’un suivi scolaire complet. L’ambition affichée est de modeler des joueurs afin de développer leurs capacités sur le terrain. Les résultats sportifs chez les jeunes sont alors secondaires. Le partenariat le plus valorisant pour le CFC est celui avec l’OM, officialisé le 23 décembre 2023. Le club carnussien devient le trente-deuxième club du programme « OM Next Gen ». Cet accord implique le partage des méthodes professionnelles du club phare de la région concernant l’encadrement des catégories jeunes. Dans ce cadre, le club marseillais invite aussi des jeunes carnussiens à s’entraîner au centre Robert Louis-Dreyfus. En contrepartie, l’OM s’assure une fidélisation des meilleurs éléments carnussiens afin de les intégrer à sa formation.
En plus d’être une infrastructure donnant toute sa place aux jeunes générations, le stade Marcel Cerdan est utilisé par des associations locales pour organiser des événements caritatifs. Ainsi le 17 mai 2025, le stade accueille un match de football pour amputés entre les équipes de France et d’Italie. L’événement est organisé grâce à une collaboration entre des associations locales mais aussi l’implication du natif de Carnoux Jérôme Raffetto, capitaine de l’équipe de France de football pour amputés.
Au fil des années le stade Marcel Cerdan devient une enceinte sportive de référence dans le monde du football, et en particulier son versant formation. Cependant, les autres sports ne sont pas en reste et la municipalité de Carnoux organise des événements dédiés à d’autres pratiques sportives. Des athlètes professionnels y sont invités afin de partager leur expérience, comme lors des Olympiades de 1989 où d’anciens champions olympiques se muent en formateurs auprès des jeunes. De même le 4 septembre 2023, à l’aune de la Coupe du monde de rugby à XV se déroulant en France, les Springboks sud-africains partagent un entraînement avec les élèves de l’école primaire Frédéric-Mistral au stade Marcel Cerdan. Leur présence est liée à la participation des élèves de l’école au programme la « Mêlée des chœurs », qui organise des chorales d’enfants entonnant les hymnes nationaux avant les matchs.
Bibliographie
Nicolas Bouland, Dominique Berthout, Carnoux-en-Provence : « le vallon du retour », Carnoux-en-Provence, Carnoux-en-Provence, Éditions Cap sur l’image, 2017.
Nicolas Bouland, Carnoux en Provence : lieu et enjeu de mémoire, Mémoire de maîtrise de l’Université de Provence, 2000.
Joëlle Hureau, La mémoire des pieds-noirs de 1830 à nos jours, Paris, Perrin, 2010.

















