Le Parc des Sports de Briançon

Le Parc des Sports de Briançon

Située à 1 326 mètres d’altitude, Briançon est entourée de stations de sports d’hiver et se trouve à proximité du parc naturel national des Écrins et du parc naturel régional du Queyras. Cette situation exceptionnelle a encouragé la municipalité à renforcer sa vocation sportive et touristique toutes saisons. Son parc des sports des Sagnes, localisé au sud de la ville, a ainsi récemment été modernisé et étoffé. À la patinoire, au stade, à la piscine ou aux courts de tennis sont venus s’adjoindre un skate-park indoor, un mur d’escalade de 18 m de haut, un terrain de rugby en gazon naturel, un terrain de football synthétique et une halle des sports à l’architecture soignée. Dans cette ville de 12 000 habitants, la pratique sportive est particulièrement forte, comme en témoigne le grand nombre de licenciés au sein de la population. En 2007, Briançon a été élue, par l’hebdomadaire L’Équipe Magazine, ville de moins de 20 000 habitants « la plus sportive de France ». À ceci s’ajoute une présence ancienne et importante de l’Armée, ainsi qu’un fort apport touristique, faisant décupler la population en période de vacances.

La longue genèse du stade

Plusieurs projets d’aménagement d’un stade voient le jour entre les années 1930 et 1950, sans jamais aboutir. Il faut attendre 1958 pour qu’un nouveau projet soit lancé, mais les travaux peinent à démarrer, en raison de plusieurs difficultés administratives. C’est finalement en 1965 que les travaux d’aménagement du stade démarrent officiellement. Sur des terrains plats lui appartenant et initialement gagnés sur la Durance, la municipalité de Briançon souhaite réaliser, au quartier des Sagnes, un parc des sports digne de ce nom, comprenant des terrains de football et de volley-ball, une piste d’athlétisme ainsi que des bâtiments à usage de vestiaires et de sanitaires. Trois ans plus tard, en 1968, une patinoire est également en voie de construction sur le même site, et une piscine vient ultérieurement compléter cet ensemble dédié à la pratique sportive.

Une patinoire de champions

L’année 1968 débute avec le passage, en janvier, à Briançon de la flamme olympique, qui est en route vers Grenoble et les Xe Jeux d’hiver. Elle se termine, le 22 décembre, par un cadeau de Noël avant l’heure avec l’ouverture au public de la nouvelle « patinoire artificielle » à ciel ouvert de la ville. Une quarantaine de patinoires existent alors sur l’ensemble du territoire français, dont une dans la préfecture des Hautes-Alpes à Gap. Cette réalisation à la pointe de la modernité se substitue à la vieille patinoire de la Chaumière, située dans le quartier des Cros. Dès le premier jour une foule de patineurs impatients prend d’assaut les 1 800 mètres carrés de l’imposant « miroir glace » dont l’entrée est gratuite pour l’occasion. Dans les mois suivants, la patinoire est pourvue de tribunes couvertes et chauffées, ainsi que de diverses installations annexes. Elle ferme toutefois provisoirement ses portes dès Pâques 1969 en raison d’un problème au niveau du système frigorifiant, et en particulier de la dalle en béton du ring. Celle-ci se désagrège en effet peu à peu, victime des phénomènes de gel et dégel successifs dus à un mauvais fonctionnement du système de refroidissement. C’est le début d’un long cycle de travaux à multiples niveaux, qui ne s’achève que dans les années 1970.

La patinoire sert de lieu d’entraînement et de compétition au Hockey Club de Briançon auquel la population locale voue une passion intense. Il a été fondé, en 1934, comme section du Club des Sports d’Hiver Briançonnais (CSHB), structure omnisports au sein de laquelle se pratique aussi bien le patinage et le hockey que le ski et le bobsleigh, et qui fait elle-même partie de l’Étoile sportive briançonnaise (ESB). Une convention est d’ailleurs signée entre la municipalité et la section glace de l’ESB pour l’exploitation de la patinoire. Les « Diables Rouges » accèdent pour la première fois, en 1975, au plus haut échelon du hockey sur glace français et, malgré des descentes et remontées successives, évoluent toujours en 2026 en Ligue Magnus. Champion de France Division 1, l’antichambre de l’élite, en 1997 et 2019, le club a aussi remporté la Coupe de France en 2010 et 2013 et la Coupe de la Ligue en 2012. La consécration arrive en 2014, lorsque les « Diables Rouges » deviennent champions de France en remportant pour la première fois de leur histoire la Ligue Magnus, l’année même des 80 ans du club. Côté formation voit le jour, dès le milieu des années 1970, une école de hockey sur glace et de patinage pour initier les plus jeunes et tenter d’assurer la relève. Avec la professionnalisation, les joueurs ou entraîneurs viennent toutefois de plus en plus de divers horizons.

Dès 1974, il est question de couvrir la patinoire, afin que le Hockey Club de Briançon puisse s’entraîner tout au long de l’année sans être contraint à une large pause printanière et estivale. Le processus administratif s’enclenche finalement en 1976. Cette idée remonte aux balbutiements du projet de construction de la patinoire. Il s’agit de promouvoir encore davantage les sports de glace à Briançon, au vu de la demande des habitants de la ville et de la vallée, mais aussi d’assurer un meilleur fonctionnement de la patinoire grâce à une infrastructure de protection définitive. En décembre 1978, le maire de Briançon et secrétaire d’État aux DOM-TOM, Paul Dijoud, inaugure cette patinoire couverte et chauffée. Pour l’occasion Sabine Fuchs et Xavier Videau, champions de France de patinage en couple 1977 et 1978 (ils le seront aussi en 1979) se produisent dans la patinoire, alors qu’en soirée est programmé un match de championnat de France de hockey sur glace de Nationale 2 entre Briançon et Grenoble. La patinoire est désormais en mesure d’accueillir au moins 2 000 spectateurs, et encore davantage les soirs de grands matchs. Le nouvel ensemble est, par ailleurs, doté d’une installation, unique en France, permettant une importante récupération d’énergie, et les calories récupérées chauffent la piscine olympique voisine. En 1994, à l’occasion du cinquantième anniversaire de la Libération de Briançon, la patinoire prend par ailleurs le nom de René Froger, garagiste et ancien président du club de hockey mort en déportation en 1944. Les deux tribunes latérales portent les noms d’Antoine Faure et Yvon Peythieu, anciens joueurs de hockey sur glace à Briançon. Ce dernier, ex-international sélectionné avec l’équipe de France, entre au conseil municipal en 1965 et réussit à convaincre les autres édiles de la nécessité de construire une patinoire artificielle. Yvon Peythieu dirige ensuite le Hockey Club de Briançon de 1970 à 1984 après avoir porté la flamme olympique dans les rues de la ville en 1968.

La patinoire accueille également des événements sportifs de rang national et international. En septembre 2000, elle connaît ainsi une nouvelle période de travaux, pour un coût de plus de 7 millions d’euros, afin de la remettre aux normes internationales. Ainsi l’organisation des Championnats de France de patinage artistique est permise en 2001, une première pour la ville. Cette rénovation d’ampleur s’inscrit également dans la perspective des futurs Jeux olympiques et paralympiques de Turin 2006. La ville piémontaise, distante d’une centaine de kilomètres de Briançon, a effet été désignée, en juin 1999, pour accueillir cette compétition sportive de rang mondial. L’équipe de France de hockey joue, en 2004, sur la glace de la patinoire briançonnaise le tournoi de qualification pour les Jeux de Turin.

 La cité des Hautes-Alpes accueille ensuite les Championnats de France de patinage à deux autres reprises lors de l’édition 2004 et au cours de celle de 2026, disputée du 18 au 21 décembre 2025. À l’occasion de ce dernier rendez-vous, Kevin Aymoz devient sextuple champion de France de patinage artistique, alors que Guillaume Cizeron et Laurence Fournier Beaudry s’imposent en danse sur glace avant de gagner, quelques semaines plus tard, le titre olympique lors des Jeux de Milan-Cortina et d’être sacrés champions du monde à Prague au mois de mars 2026.

Une piscine indispensable

Parallèlement à l’aménagement du stade et la construction d’une nouvelle patinoire se développe, depuis les années 1960, le projet de création de la piscine municipale des Sagnes. Il se concrétise finalement grâce à l’opération gouvernementale « 1000 piscines » lancée, en 1969, par le Secrétariat d’État à la Jeunesse et aux Sports à la suite des piètres résultats obtenus par la natation française aux Jeux olympiques d’été de Mexico en 1968. Les arguments en faveur de la construction d’une telle infrastructure à Briançon sont nombreux. Cela favorise l’apprentissage de la natation par les élèves des établissements scolaires, d’autant plus qu’au début des années 1960 l’épreuve de natation est devenue obligatoire au baccalauréat, ce qui, pour l’Association des parents d’élèves du Lycée de Briançon, relève du défi, étant donné le climat de la région. Ce nouvel équipement sportif est également attendu par les militaires de la garnison. L’Armée annonce d’ailleurs, dès 1972, qu’elle entend participer au financement de la piscine municipale et mettre à disposition des maîtres-nageurs en contrepartie de créneaux réservés à ses membres. La future piscine est enfin destinée à être fréquentée par les familles briançonnaises et les touristes. La population de la ville, s’élevant alors à un peu plus de 10 000 âmes, décuple en effet en période de vacances.

Parmi les différents modèles de piscines préfabriquées en série, le choix pour Briançon se porte sur le type « caneton », et plus précisément sur un prototype dit « de montagne » expérimenté pour la première fois, et que les services du ministre de la Jeunesse et des Sports, Joseph Comiti, souhaitent diffuser plus largement en cas de succès. Ce bassin couvert, à toit ouvrant, est la première structure aquatique construite au parc des Sagnes en 1974, suivie, en 1976-1977, d’un grand bassin olympique externe d’été de 50 mètres sur 15 mètres relié par un sas au précédent. L’ensemble est complété par un bar-restaurant attenant. En 1974 naît parallèlement le Nautic Club Briançonnais, qui, avec l’école de natation, initie les plus jeunes et permet aux autres licenciés de s’entraîner. Désormais plus que cinquantenaire et comptant plus de 200 licenciés, le club poursuit son œuvre au service de la natation briançonnaise.

Après un quart de siècle d’activité, la piscine des Sagnes connaît de grands travaux de rénovation, qui débutent en l’an 2000. L’objectif est de transformer les deux bassins en « centre aquatique sportif et ludique », où le sport, dans le cadre scolaire ou associatif, est toujours la priorité, mais où la détente et le jeu trouvent également toute leur place. L’espace sportif comprend deux bassins de 25 mètres, l’un extérieur ouvert en été et l’autre intérieur pour s’entraîner toute l’année. La partie dédiée au « sport-loisir » comprend un bassin balnéo-ludique de 300 mètres carrés, avec une rivière pour nager à contre-courant, des jets d’eau hydromassants, des banquettes à bulles ou une cascade tonifiante. Un toboggan géant de 65 mètres et une pataugeoire pour les plus petits complètent ces aménités. Dans cette optique de bien-être et de relaxation sont aussi installés sur place un grand solarium, un jacuzzi ou un sauna. L’objectif de ce nouvel aménagement d’ampleur est de renforcer l’attractivité touristique de la ville et de « dynamiser son image sportive », tout en faisant bénéficier la population du Briançonnais, des Hautes-Alpes voire du Piémont voisin d’installations modernes. Ces travaux majeurs interviennent alors que l’exploitation de la piscine et de la patinoire a été confiée, en 1998, à un prestataire privé dans le cadre d’une délégation de service public. Un avenant intervient donc en parallèle, puis en 2015, la piscine et la patinoire sont finalement reprises en régie directe par la municipalité de Briançon.

Des courts de tennis

Le parc des sports de Briançon est complété par l’aménagement de courts de tennis, afin d’assurer le développement de ce sport à Briançon. Il est ainsi envisagé, dès 1972, de construire deux courts de tennis dans la zone des Sagnes. En effet, les quatre existants dans la ville ne suffisent plus à satisfaire l’engouement croissant de la population pour la petite balle jaune. Il s’agit de contenter différents publics tout au long de l’année : les enfants en période scolaire, les simples particuliers venus disputer une partie à l’occasion, les licenciés des clubs pour l’entraînement et les compétitions, sans oublier les touristes lors de la saison estivale. Une décennie plus tard, une seconde vague de développement est nécessaire pour accompagner la poursuite de la démocratisation du tennis. L’été 1981 voit l’achèvement de la construction de deux courts supplémentaires. Puis une troisième phase a lieu au printemps 1994 avec la construction de trois courts de tennis couverts. En 1988, une rénovation des courts existants avait dû être opérée. L’un d’entre eux reposant sur plusieurs carcasses de voitures empilées, cela avait eu pour conséquence de favoriser la détérioration rapide du terrain. Les courts sont ainsi agrandis et remis aux normes. Pour la suite, quatre des courts de tennis sont détruits pour faire place à un parking et à de nouvelles voies d’accès à la zone des sports. Quatre nouveaux courts de tennis, en plus d’un court de mini-tennis, sont alors construits à l’emplacement du skate-park.

Modernisation du Parc des Sports

En avril 2022, le conseil municipal de Briançon entérine la modernisation de son parc des sports et décide d’y consacrer 7 millions d’euros, tout en sollicitant des subventions de l’État, de la Région Sud Provence Alpes Côte d’Azur et du département des Hautes-Alpes. Le coût total de l’opération s’élève au final à 16,5 millions d’euros avec pour but d’améliorer les infrastructures au service des habitants et des clubs locaux, mais aussi d’attirer des équipes extérieures en stage et ainsi continuer à diversifier l’économie locale dans une optique toutes saisons. Les sports urbains en vogue sont mis à l’honneur. Dès le mois de juin 2023 ouvre ses portes un nouveau skate-park, qui a la particularité d’être indoor et par conséquent utilisable tout au long de l’année. Cet espace de 820 m2 permet aux jeunes de Briançon et des alentours de pratiquer, dans d’excellentes conditions, le skateboard, le roller, la trottinette ou le BMX. Le second nouvel équipement sportif réalisé à l’été 2023 répond aussi aux nouvelles aspirations de pratique sportive. Il s’agit d’un mur d’escalade de 18 m de haut, appelé le « Nid ». Il offre aux grimpeurs et grimpeuses pas moins de 130 voies pour s’adonner à leur passion. Les premiers à profiter de cet équipement exceptionnel sont, en juillet 2023, les concurrents du Mondial de l’escalade de Briançon, une des six étapes de la Coupe du monde de la discipline. Ce rendez-vous incontournable de la grimpe fête pour l’occasion ses 35 ans d’existence et dispose désormais d’un mur d’escalade à demeure, afin de poursuivre son développement et conforter l’image de Briançon comme spot mondial de l’escalade de haut niveau. Au printemps 2024, la livraison d’un troisième équipement marque la poursuite de la modernisation du parc des sports. Le stade rénové Bouchié Giraudo est voué à une pratique plus traditionnelle, le rugby. Le Rugby Club du Pays briançonnais (RCB) peut ainsi assurer son développement dans des conditions optimales. Le nom du stade honore la mémoire de Charles Bouchié, décédé dans un accident de la route en 1976 et du jeune Sébastien Giraudo, victime à 17 ans d’un autre drame de la circulation. Dès l’été 2025, l’équipe espoirs du Rugby Club Toulonnais (RCT) vient en stage à Briançon et profite des installations.

En 2025 sont enfin achevés les trois derniers équipements liés à cette rénovation d’ampleur du parc des sports de Briançon. À la place de l’ancien terrain de rugby est aménagé un terrain de football synthétique pour les matchs à domicile de l’Olympique Briançon Serre-Chevalier (OBSC). La réalisation d’une nouvelle piste d’athlétisme s’est également avérée nécessaire, car l’ancien stade de football et sa piste ont laissé la place à une halle des sports de 2 300 m2, constituée d’un espace omnisports, de gradins pouvant accueillir 250 spectateurs, de vestiaires, d’une infirmerie, de l’indispensable buvette, et même d’une terrasse extérieure. Elle a été imaginée par l’architecte lyonnais Nicolas Chabanne à qui l’on doit notamment la halle d’athlétisme Stéphane Diagana de Lyon La Duchère. Pour ce projet briançonnais, ce dernier s’est inspiré des reliefs montagneux environnants et de l’architecture Vauban largement présente dans la ville. Il a livré un bâtiment renvoyant extérieurement à l’art du pliage des origamis avec une dominante de triangles jusqu’en toiture. La toiture papillon est, elle, esthétique et fonctionnelle, car capable de supporter de lourdes charges de neige. Autre adaptation au climat local, la façade principale du gymnase est orientée plein nord, afin d’éviter aux sportifs de souffrir du fort rayonnement solaire et de la chaleur estivale induite. Cela permet, à l’inverse, de réchauffer l’atmosphère en hiver. Le bois est enfin omniprésent, tant pour la charpente qu’à travers la toiture en tavaillons.

Après cinq années de travaux titanesques, l’ensemble du parc des sports, rénové et agrandi, est officiellement inauguré le 6 septembre 2025. De nombreux représentants du monde sportif et associatif participent à l’événement, dont le président de la Fédération française d’athlétisme Jean Gracia, alors que l’équipe de France de course en montagne et de trail est en stage de préparation à Briançon en vue des Championnats du monde de la discipline se déroulant à la fin du mois dans les Pyrénées espagnoles. Une plaque inaugurative est dévoilée, en présence du préfet des Hautes-Alpes, Philippe Bailbé, et du président de la Région Sud Provence Alpes Côte d’Azur, Renaud Muselier, auquel le maire de Briançon, Arnaud Murgia, présente fièrement les nouvelles installations sportives. Le parc des sports rénové témoigne du dynamisme sportif de Briançon. Comme une reconnaissance, la ville des Hautes-Alpes doit accueillir un des villages olympiques pour héberger les athlètes disputant des épreuves à Montgenèvre et à Serre Chevalier lors des Jeux olympiques et paralympiques 2030 dans les Alpes françaises.

.

 

Bibliographie

Antoine Le Bas, « Des piscines et des villes : genèse et développement d’un équipement public », Histoire urbaine, n° 1, 2000, p. 145-162.

Roger Merle, Histoire du ski dans le Briançonnais, Paris, Ophrys, 1989.

Jacqueline Routier, Briançon à travers l’Histoire, Gap, Société d’études des Hautes-Alpes, 1997.

Kronenberger,Stéphane