Construit à la sortie de la Seconde Guerre mondiale à la suite d’un long processus, le stade municipal d’Aubagne, situé au sein du complexe sportif du Bras d’Or, contribue depuis au dynamisme sportif local et à l’ambition municipale de faciliter l’accès à l’activité sportive au plus grand nombre. Depuis son inauguration, il est à la disposition des associations sportives, des jeunes Aubagnais ou de la municipalité à l’occasion de diverses manifestations festives. Sa situation au carrefour de la gare, de l’hôpital, et du lycée Joliot-Curie en fait ainsi un des principaux centres d’activités d’Aubagne. L’enceinte a aussi accueilli de grandes compétitions de rang régional voire d’ampleur nationale et internationale. Son nom le rattache à la mémoire du débarquement de Provence d’août 1944 et à la progression des troupes libératrices en direction de Marseille.
Un stade pour les Aubagnais
Le projet d’un stade d’honneur à Aubagne est déjà dans les esprits dès l’entre-deux-guerres. La ville possède en effet un certain dynamisme sportif durant cette période. Des sociétés sportives omnisports se structurent, telles la Société sportive aubagnaise ou l’Harmonie sportive. Le tropisme de cette dernière pour le football conduit les amateurs d’athlétisme à fonder, le 27 septembre 1931, une association distincte l’Union Athlétique de la Vallée de l’Huveaune (UAVH). Toutefois le milieu sportif aubagnais ne bénéficie pas d’infrastructures permettant son plein épanouissement. Les sportifs se partagent certes des terrains de sport, comme ceux des Passons ou de la Tourtelle, mais un stade d’honneur pouvant accueillir des compétitions officielles sous le regard de nombreux spectateurs n’existe pas encore.
En 1936, le maire Célestin Espanet, socialiste non adhérent à la SFIO et soutien du Front populaire, procède à l’achat de terrains au Bras d’Or dans l’optique de remédier à cette situation. Cette initiative est en résonance avec la politique volontariste du ministre de l’Éducation nationale Jean Zay et son sous-secrétaire d’État aux Sports Léo Lagrange, qui encouragent la construction d’infrastructures, afin de démocratiser la pratique sportive. Cependant l’état des finances municipales ne permet pas la réalisation du projet. De plus, en 1940, le maire désigné par le gouvernement de Vichy, Marius Boyer, rend le projet caduc, en proposant à un entrepreneur local en maçonnerie de faire construire des habitations sur les terrains du Bras d’Or. C’est un des fondateurs de l’UAVH, Marcel Pinet (il en deviendra président en 1976), accompagné d’avocats, qui s’oppose alors aux velléités de la municipalité vichyste. Il obtient gain de cause après un entretien avec le commissaire général à l’Éducation physique et aux Sports de Vichy, l’ancien tennisman de renom Jean Borotra.
À la sortie de la guerre, la construction d’une infrastructure sportive digne de ce nom à Aubagne se fait néanmoins toujours attendre. Issu de la fusion de la Société sportive aubagnaise et de l’Harmonie sportive, le nouveau club de l’Entente sportive aubagnaise obtient, le 12 octobre 1945, la location d’un terrain récemment aménagé en attendant que débutent les travaux d’un stade. Ce terrain provisoire, situé à l’est du centre-ville d’Aubagne, est appelé « stade du 20 août » en référence à la date d’entrée dans Aubagne des troupes de la 1re armée sous les ordres du général De Lattre de Tassigny à la suite du débarquement de Provence intervenu cinq jours plus tôt. Ce terrain se trouve en effet proche de l’ancien quartier général du libérateur de la ville sur les lieux actuels de la cité Ganteaume. En parallèle le conseil municipal valide, à l’unanimité, le projet de stade d’avant-guerre au Bras d’Or, à l’ouest de la gare et du centre-ville. S’il est un temps envisagé de donner au stade le nom de Marcel Pagnol, c’est finalement celui de De Lattre de Tassigny qui est choisi. Le général se rend d’ailleurs sur place, le 4 mai 1947, pour poser la première pierre comme le rappelle une plaque apposée sur l’enceinte.
Les plans du stade sont réalisés par l’architecte aubagnais Alphonse Arati, diplômé des Beaux-Arts de Paris en 1941. Les deux premières phases de travaux concernent le drainage, l’alimentation en eau, l’édification des murs de soutènement puis l’aménagement de l’ensemble des terrains sportifs prévus. C’est en 1951 que les premiers entraînements ont lieu sur la pelouse du stade. Les tribunes sont réalisées en 1953 lors de la troisième et dernière phase de travaux. Le stade est pensé comme partie prenante d’un plus vaste complexe sportif, celui du Bras d’Or, comprenant des courts de tennis, des terrains de volley-ball et de basket-ball, des aires de lancer et même un plateau d’hébertisme permettant de mettre en œuvre la méthode naturelle d’éducation physique, virile et morale promue par Georges Hébert au cours de l’entre-deux-guerres. Il est par ailleurs doté d’une piste d’athlétisme.
Le stade connaît par la suite des travaux de rénovation. En 1981, la piste d’athlétisme, très endommagée par les inondations survenues en 1978, est refaite à neuf. La vieille piste cendrée est remplacée, pour un coût de plus de deux millions de francs, par une piste en revêtement synthétique tout temps. Lors de son inauguration, en novembre 1981, l’Union Athlétique de la Vallée de l’Huveaune en profite pour fêter son cinquantenaire, en présence de plusieurs centaines de jeunes coureurs aubagnais. La municipalité réalise, deux ans plus tard, une autre amélioration majeure, en couvrant les tribunes du stade, puis vient en 1998 l’installation de clôtures aux normes. Après la rénovation des vestiaires en 2005, l’adjointe au maire, Hélène Lunetta, est à l’initiative de la nomination des tribunes et de la partie rénovée. C’est un acteur important du monde associatif sportif aubagnais qui est mis à l’honneur : Laurent Guirao un des fondateurs de l’Aubagne Football Club (AFC), soit l’une des principales associations sportives de la ville. L’engouement sportif à Aubagne conduit la municipalité à continuer à entretenir régulièrement le stade et sa piste d’athlétisme, avec à la clé des travaux parfois coûteux comme en 2010. En effet, 800 000 euros sont dépensés pour la réhabilitation du stade afin de lui permettre « d’accueillir les associations aubagnaises dans les meilleures conditions ». Au profit de l’UAVH, une nouvelle piste d’athlétisme, passée de 6 à 8 couloirs et se présentant sous la forme d’un ruban bleu, est inaugurée en septembre 2011 par le maire Daniel Fontaine et son adjointe aux Sports Hélène Lunetta. Le stade est aussi doté d’un système d’éclairage moderne, alors que le terrain de football est réhabilité et mis aux normes. Cet engagement municipal en faveur du développement de l’activité physique et sportive est récompensé, en 2017, lorsqu’Aubagne, malgré la fermeture progressive de la piscine de plein air du Bras d’Or, reçoit le label « ville active et sportive, trois lauriers » décerné pour la première année par un comité composé de ses deux membres fondateurs — l’Association nationale des élu(e)s en charge du Sport (ANDES) et l’Union Sport & Cycle — sous le patronage du ministère des Sports et des Jeux Olympiques et Paralympiques.
Les associations sportives aubagnaises
L’histoire du stade De Lattre de Tassigny à Aubagne est intimement liée aux associations sportives locales. Le gérant de l’entreprise en charge de la construction du stade, Martial Bérenger, est le président du club d’athlétisme de l’UAVH. Des sportifs de l’association aident à l’édification de la structure, comme Henri Silvestri et Ange Esposito-Caraza. Grâce à la mise à disposition de ce stade, le club d’athlétisme réalise d’excellentes performances. Il rayonne et se positionne parmi les trois meilleurs clubs nationaux entre 1950 et 1963. Parmi les grands noms de l’athlétisme aubagnais on retrouve Ange Esposito-Caraza qui gagne en popularité dès ses 18 ans après avoir remporté en 1940 une course exhibition face à Jules Ladoumègue, médaillé d’argent sur 1 500 m aux Jeux olympiques d’Amsterdam en 1928 à seulement 22 ans puis controversé, car accusé d’amateurisme marron. Le club d’athlétisme aubagnais possède aussi des gloires féminines, comme Rosette Coste, championne de France cadette de triathlon en 1948. À partir des années 1970, le club éprouve certes des difficultés à garder ses athlètes, mais il assure sa pérennité grâce à la formation de jeunes athlètes. La création, en 1971, d’une école d’athlétisme incarne cette politique. Elle est dirigée par Jean-Pierre Berenguier, ancien champion de la Côte d’Azur de triple saut, passé par l’Association sportive dracénoise dans les années 1960. Si cette politique permet à l’UAVH de garder un certain dynamisme (elle atteint le national 2 en 1988), le club diversifie ses disciplines, sortant de la piste du stade De Lattre de Tassigny. En 1976 apparaît une équipe de cross-country senior, puis en 2010 une autre de marche nordique.
Le stade de Lattre de Tassigny est aussi l’antre des principales associations de football aubagnaises. L’Entente sportive aubagnaise n’a certes pas attendu la fin des travaux pour devenir championne de Provence en 1948. Mais elle joue ses matchs à domicile dans le stade de 1953 à 1989. Cette date est charnière dans l’histoire du football aubagnais : les associations de l’Entente Sportive Aubagnaise, de la Jeunesse sportive aubagnaise (créée en 1959) et du Sport Olympique du Charrel (créé en 1973) fusionnent pour former l’Aubagne Football Club (AFC). Le nouveau club aubagnais connaît une progression lente au cours de ses vingt premières années d’existence, mais les choses s’accélèrent à la fin des années 2000. Le club accède à la Division d’Honneur en 2008, puis au Championnat de France amateur (CFA) 2 en 2011. L’AFC se maintient dans le monde amateur à l’échelon national et continue à progresser, accédant, en 2020, au championnat de National 2. Cependant l’année la plus marquante reste 2024 lorsque le club atteint le National, troisième échelon du football français. Le projet de création d’une Ligue 3 professionnelle à l’été 2026 motive les dirigeants de l’AFC à se maintenir. L’annonce de la fusion avec le Sporting Club d’Air-Bel, club du 11e arrondissement de Marseille, en juin 2025 va dans ce sens. Le stade De Lattre de Tassigny est l’antre du nouveau Sporting Club Aubagne-Air-Bel (SCAAB), confirmant son importance en tant qu’infrastructure sportive régionale.
Activités scolaires et culturelles
Chaque année, le stade accueille des olympiades pour les scolaires, tandis que ces mêmes élèves des établissements scolaires de la commune s’y rendent dans le cadre de l’éducation physique et sportive. Les Amis de l’Instruction laïque (AIL), une association fondée en 1934, organisent aussi des activités sportives et culturelles pour les élèves aubagnais.
Diverses autres manifestations s’y tiennent en lien avec l’animation culturelle de la ville. Des démonstrations de cerfs-volants y ont par exemple lieu en l’an 2000. Le stade est aussi utilisé pour des cérémonies commémoratives à l’image de celle du bicentenaire de la Révolution française en 1989. Les AIL et la municipalité y organisent, le 16 juin, un spectacle des classes de maternelles et de primaires mettant en scène des évènements de la Révolution française. Le jour suivant le stade accueille des scènes de danses paysannes pour clôturer les célébrations.
Des compétitions internationales
Le stade acquiert une renommée au-delà du cercle local en prenant part à des compétitions internationales. Le 10 juillet 1969, la 12e étape du Tour de France est disputée entre Digne et Aubagne. Devant un très large public, massé dans le stade De Lattre de Tassigny, la piste sert de théâtre à l’explication finale entre les quatre échappés du jour. L’Italien Felice Gimondi s’impose finalement au sprint devant l’Espagnol Andrés Gandarias. N’ayant pas, de son propre aveu, « osé prendre des risques sur une piste comme ça », le Belge Eddy Merckx ne termine que troisième, mais conserve sa première place au classement général. Il remporte, dix jours plus tard, cette édition de la Grande Boucle devant les Français Roger Pingeon et Raymond Poulidor, qui à Aubagne est devancé par un autre Belge, Jaak De Boever, lors du sprint du peloton. Le 11 juillet 1973, le Tour est de retour à Aubagne à l’occasion de la 10e étape, débutée à Nice et courue à une petite allure par le peloton pour protester contre la dureté de l’épreuve. La piste cendrée du stade De Lattre de Tassigny voit un nouveau quatuor s’affronter pour la victoire finale, qui revient à l’Anglais Michael Wright, alors que l’Espagnol Luis Ocana conserve le maillot jaune et sera le lauréat de cette édition devant le Français Bernard Thévenet. La veille, 10 juillet, la ville d’Aubagne accueille le départ du Tour de l’Avenir, épreuve réunissant des champions amateurs groupés en plusieurs équipes nationales européennes venant, en ces temps de Guerre froide, tant de l’Ouest (Belgique, Pays-Bas, Grande-Bretagne, France, Allemagne de l’Ouest, Italie ou Espagne) que de l’Est (Pologne, Tchécoslovaquie, Roumanie, Bulgarie ou Union soviétique). Dans chaque équipe la moitié des coureurs est âgée de moins de 25 ans. Ce prologue s’élance du stade De Lattre de Tassigny et les coureurs doivent effectuer à trois reprises une boucle de 3,2 km passant par les rues de la ville. Avant le départ, le stade est le lieu de la présentation des équipes, alors que les différents hymnes nationaux retentissent et que les drapeaux des pays participants sont hissés. On doit la création du Tour de l’Avenir, en 1961, à Jacques Marchand, rédacteur en chef du quotidien sportif L’Équipe et l’épreuve porte, de 1972 à 1979, le nom de Trophée Peugeot de l’Avenir. La firme au lion sponsorise aussi une équipe cycliste professionnelle sur le Tour de France, et son leader, Bernard Thévenet, remporte les éditions 1975 et 1977.
Le stade accueille par ailleurs des compétitions internationales de football, comme par exemple fréquemment des matchs du Tournoi de Toulon, rebaptisé Tournoi Maurice-Revello du nom de son créateur. Les Aubagnais assistent ainsi à des rencontres entre des sélections internationales des moins de 21 ans. Parmi les matchs mémorables, notons celui de l’équipe de France de Claude Makélélé, Robert Pirès ou Johan Micoud qui s’impose 5 à 0 face au Mexique en 1995. Le stade De Lattre de Tassigny reçoit même en 2017 la finale du tournoi, opposant l’équipe d’Angleterre des actuels joueurs internationaux Reece James et David Brooks (qui aujourd’hui joue pour le Pays de Galles) à la Côte-d’Ivoire de Jean-Philippe Krasso. Après un match nul 1 à 1, l’Angleterre s’impose 5 à 3 aux tirs au but.
Le Comité d’organisation des Jeux olympiques et paralympiques (COJOP) Paris 2024, labélise la ville d’Aubagne « Terre de Jeux 2024 » et la désigne même comme Centre de préparation aux Jeux (CPJ). En prélude des matchs du tournoi du football disputés au stade Vélodrome à Marseille, le stade De Lattre de Tassigny accueille l’entraînement de plusieurs équipes féminines : l’Allemagne l’Australie ou la Nouvelle-Zélande lors de la phase de poules et l’Espagne dans le cadre de sa demi-finale perdue contre le Brésil 4 buts à 2.
Bibliographie
Aubagne : Mémoire du sport. Un siècle de passion sportive, Aubagne, Ville d’Aubagne, 1999.
Lucien Grimaud, Cent ans d’Aubagne à travers l’histoire du cercle de l’Harmonie, Aubagne, Presses de Saint Lambert, 1980.
Jacques Guiraud, « Pinet Marcel, Édouard, Émile », Le Maitron, 2014.
Antoine Olivesi, « Espanet Célestin, Marius », Le Maitron, 2009.





























