Le stade de la Penne, devenu stade Marcel Roustan après la Seconde Guerre mondiale pour honorer la mémoire d’un héros de la Résistance, a joué, au fil du XXe siècle, un rôle central dans le développement du sport salonais et son dynamisme. Porté sur les fonts baptismaux, dès le début de l’entre-deux-guerres, à l’initiative du milieu sportif salonais avant d’être porté par la municipalité, il s’insère aujourd’hui au sein d’un complexe regroupant un ensemble d’installations sportives diversifiées au service des clubs sportifs locaux et d’un public plus large.
Les promoteurs du stade
Les premiers pas du sport salonais se font à l’extrême fin du XIXe siècle. Quelques sociétés se démarquent, principalement le Salon Vélo et le Sporting Club Salonais. Après le premier conflit mondial, des discussions sont entamées pour doter Salon-de-Provence d’un parc des sports digne de ce nom. Le choix se porte alors sur le terrain de la Penne, idéalement situé à proximité du centre-ville. Ce projet d’infrastructure sportive voit le jour à l’initiative de Maître Camille, notaire et président de la Société d’Initiative, et Marius Conte-Devolx, banquier et président de la Société de Tir et de préparation militaire. Ils fondent une société immobilière, La Foncière Salonaise, et démarchent des citoyens salonais intéressés par la cause sportive, afin de récolter des fonds pour acquérir le terrain. En septembre 1920, cette société immobilière achète, pour 73 000 francs, le terrain de la Penne, afin d’y construire un parc des sports. Les édiles municipaux salonais et le Conseil général supportent l’initiative des deux hommes via l’octroi de deux subventions : la municipalité alloue 4 500 francs, puis le Conseil général, dont le maire de Salon Julien Fabre est membre, verse 5 000 francs. Le réseau associatif salonais est également au cœur de ce projet. En effet, le Sporting Club Salonais, le Salon Vélo, la Société de préparation militaire, le Boxing Club et le Moto Club forment l’Association du stade avec la possibilité de racheter peu à peu le terrain pour le compte des sociétés représentées.
D’abord du cyclisme et du rugby
Un an après l’achat du terrain de la Penne, une tribune de 350 spectateurs, en béton armé, est finalisée le 20 septembre 1921. Au cours de l’entre-deux-guerres, le stade est principalement occupé par le Sporting Club-Salonais et le Salon Vélo. Membres de l’Association du stade, ces clubs détiennent son usage exclusif pour la pratique de leurs sports respectifs. L’infrastructure accueille alors des matchs de rugby et des compétitions de vélo sur la piste entourant le terrain.
Lorsque le Salon Vélo occupe les lieux, l’enceinte sportive se nomme le vélodrome Villette, en hommage à Marius Villette, cycliste salonais et caporal au 31e Régiment d’Infanterie mort durant la Grande Guerre, en octobre 1916, à Bouchavesnes dans la Somme. Ce dernier s’est notamment illustré en participant à deux reprises au Tour de France, en 1907 lors de la 5e édition et en 1911 à l’occasion de la 9e édition. Il avait fini respectivement à d’honorables 14e et 25e places.
Ce vélodrome accueille de nombreuses courses. Le 19 juin 1922, à l’occasion de la fête annuelle de la ville de Salon-de-Provence, le Salon Vélo organise par exemple une « Grande Réunion Cycliste Internationale » avec 5 000 francs de prix. Cette course reçoit des cyclistes français, mais aussi des étrangers, tels qu’Ernest Orth, un Australien, qui remporte l’épreuve de vitesse. Ce cycliste n’est pas inconnu dans la région, car il court régulièrement en Provence, au vélodrome Jean Bouin à Marseille ou encore à Nice.
À une époque charnière pour le développement du spectacle sportif, le vélodrome salonais constitue un équipement crucial et polyvalent pour la ville, permettant d’attirer des compétiteurs de haut niveau, mais aussi d’organiser de plus modestes courses pour débutants. En 1929, des travaux, estimés à 40 000 francs, sont jugés nécessaires, afin de mieux accueillir les courses cyclistes. Le vélodrome ouvre à nouveau en 1931 puis est définitivement fermé en 1934, car la municipalité n’a plus les moyens de l’entretenir. Les courses se déroulent désormais sur des circuits à travers la ville et ses alentours.
Participant au Championnat du Littoral de rugby, le Sporting Club Salonais affronte lui régulièrement sur le terrain de la Penne des équipes venues d’Aix-en-Provence, de Marseille ou du Var. Durant la saison 1929-1930, le club parvient à se classer second du Championnat du Littoral, derrière Toulon. Cette deuxième place lui confère le droit de participer au Championnat de France de Promotion. Le rugby salonais parvient à accéder à la finale du championnat national et termine à la deuxième place. Cette saison est l’une des meilleures de toute l’histoire du club. Certains joueurs de l’équipe participent par ailleurs à des matchs avec la sélection régionale. Le 29 mars 1931, trois Salonais font partie de la sélection du Littoral, qui affronte, au stade Mayol à Toulon, l’équipe de rugby de l’Université de Cambridge. Le Comité du Littoral a sélectionné des joueurs des différentes équipes régionales, à l’exception de ceux de l’équipe première du Rugby Club Toulonnais (RCT) jouant par ailleurs. Ce match international voit la victoire de la prestigieuse équipe anglaise, mais la presse adresse ses félicitations à plusieurs joueurs, dont deux Salonais. Le « match annuel de propagande » du Comité du Littoral a déjà vu s’affronter, à Toulon en 1927, Cambridge et une sélection régionale, alors qu’en 1930 sur la pelouse du stade Mayol, le RCT a été opposé aux joueurs de l’Université d’Oxford dans le cadre de la même manifestation.
La présence du Sporting Club Salonais, affilié à la Fédération française de rugby (FFR), au stade Marcel Roustan ne souffre pas de la scission au niveau national entre l’Union française de rugby amateur (UFRA) et la FFR qui conduit à la création d’un club rival, l’Union Sportive Salonaise. Ce nouveau club est composé de jeunes joueurs ne souhaitant pas pratiquer un rugby violent et prône un jeu sans joueurs blessés et brutalités, celui préconisé par l’UFRA. En revanche, l’Union Sportive Salonaise doit trouver un autre stade, car le Sporting Club Salonais, membre fondateur de l’Association du stade, n’entend pas lui céder la place. Soucieux de cette prérogative, le Sporting Club Salonais s’oppose au projet de la municipalité qui souhaite, dès 1933, devenir propriétaire du stade, afin de l’ouvrir à davantage d’usagers. L’opération municipale se réalise néanmoins en 1938 pour un coût de 200 000 francs, dont la moitié subventionnée par le ministère de l’Éducation nationale. Sous le Front populaire, le ministre de l’Éducation nationale Jean Zay, secondé par son sous-secrétaire d’État aux Sports Léo Lagrange, mène en effet une politique volontariste visant à favoriser le développement du sport populaire et l’amélioration des infrastructures sportives existantes.
Concernant les trois autres associations sportives faisant partie, dans l’entre-deux-guerres, de l’Association du Stade, elles n’utilisent que très rarement le stade de la Penne. Pour ses compétitions de tir, la Société de préparation militaire loue surtout le terrain Pességuier. Cette propriété municipale, d’une superficie de 92 000 mètres carrés, est située au nord de la ville à quatre kilomètres du centre. Le Boxing Club Salonais propose lui des séances d’entraînement à domicile et le Moto Club organise une course presque annuelle au Val de Cuech, une montée proche de Salon-de-Provence idéale pour les compétitions de moto. Il n’investit donc pas le terrain de la Penne. L’achat de la principale installation sportive salonaise par la municipalité dirigée par le radical-socialiste Louis Rodin met un terme à l’existence de l’Association du stade et rend ce dernier accessible à tous.
Du stade au complexe sportif
Le dimanche 8 octobre 1944, le stade de la Penne prend le nom de stade Marcel Roustan en hommage à celui qui, capitaine de l’équipe de rugby du Sporting Club Salonais pendant plus de dix ans, a disparu tragiquement pendant la guerre. Une plaque, offerte par ses frères d’armes rappelle que Marcel Roustan a été un « héros et martyr de la Résistance, chef de l’armée secrète (…) arrêté le 7 juin odieusement torturé et fusillé à Salon le 15 juin 1944 ». La pose de cette plaque, à l’angle de la mairie au 5 Cours Victor Hugo, s’est accompagnée d’un vibrant hommage et de deux discours. Le premier est prononcé par Pierre-Paul Marin, maréchal des logis ayant servi sous les ordres de Roustan pendant le conflit, et le second par le maire démocrate-chrétien et ancien résistant Raoul Francou. Deux ans après cet hommage, en 1947, des « amis sportifs » de Marcel Roustan souhaitent qu’une stèle soit érigée en son honneur. Elle est d’abord installée sur la colline derrière le stade, puis laissée à l’abandon. Quarante ans plus tard, elle est déplacée devant le stade et inaugurée le 28 mars 1987 sur demande des anciens joueurs du Sporting et des anciens Résistants du groupe Roustan.
La seconde moitié du XXe siècle marque l’extension du stade, qui se mue peu à peu en un véritable complexe sportif. Le 3 mars 1945, Le Petit Régional, dont le maire Raoul Francou est aussi le directeur, publie un article pointant la vétusté du stade et la nécessité de remédier à cette situation. La municipalité s’empare alors du dossier avec pour objectif d’augmenter la superficie consacrée aux installations sportives. En effet, la pratique sportive ne cesse de s’étendre avec de plus en plus d’adhérents dans les clubs. Dans ces conditions, Raoul Francou, élu sous la bannière du Mouvement républicain populaire (MRP), propose au directeur départemental à l’Éducation physique un avant-projet d’un coût de plus de huit millions de francs. Cependant pour réaliser ces travaux, la municipalité doit devenir propriétaire de nouveaux terrains, qu’elle n’acquiert finalement qu’en 1951. Le 22 juillet 1960, la préfecture des Bouches-du-Rhône agrée, sous certaines réserves, la construction d’un stade municipal à Salon-de-Provence. Ce projet ambitieux est constitué de trois tranches distinctes. La première doit aboutir à l’édification d’une piscine olympique de 50 mètres par 18 mètres et d’un bassin pour enfants, ainsi qu’à l’aménagement de cinq courts de tennis, de quatre terrains de basket-ball et de six terrains de volley-ball. La deuxième tranche comporte la réalisation d’un stade omnisports, avec un terrain de football aux normes compétitives, une piste d’athlétisme, des aires de sauts et de lancer, une tribune couverte, ainsi qu’un terrain d’entraînement de football et de rugby. Enfin la troisième tranche concerne la création d’un stade d’éducation physique avec un terrain de football d’entraînement, des sautoirs, une piste, deux plateaux dévolution et une tribune.
La construction du centre nautique, avec bassin de 50 mètres, se termine en 1964 et son inauguration en juillet donne lieu à une exhibition sportive durant laquelle Francis Luyce améliore le record de France du 800 mètres en 9 min. 19 sec. 4/10. Puis, en 1966, débute l’aménagement de courts de tennis pourvus d’un club-house. Ces travaux s’achèvent en 1970. Vient alors le tour de la construction d’un terrain principal de football et de rugby ainsi que d’une piste d’athlétisme. Le tout est terminé en 1973. Ces années d’efforts finissent par porter leurs fruits, puisqu’en 1976, le quotidien sportif L’Équipe élit Salon-de-Provence « Ville la plus sportive de France ». La ville compte alors 6 350 licenciés au sein de ses clubs sportifs pour 36 000 habitants.
Des activités sportives multiples
Quelques années avant l’élection de Salon-de-Provence comme « Ville la plus sportive de France », le club de rugby du Sporting Club Salonais s’illustre en accédant, par deux fois, à l’échelon supérieur. Après avoir végété en honneur, championnat d’un niveau régional, le club réussit à monter en troisième division à l’issue de la saison 1967-1968, puis à accéder à la deuxième division au terme de la saison 1969-1970 en battant le Stade clermontois. L’équipe se maintient en deuxième division pendant plus d’une décennie avant de redescendre en troisième division en 1991 puis de chuter, en honneur, la saison suivante. À la fin de la décennie, la professionnalisation du rugby français et son corolaire la création de nouveaux championnats repoussent mécaniquement le club salonais dans les divisions inférieures. La dynamique rugbystique se perpétue cependant dans la commune, et en 2026 le Sporting Club Salonais connaît une montée en Fédérale 3, sixième échelon du rugby français, s’extirpant ainsi des championnats régionaux.
Les compétitions de football ne sont pas non plus absentes du stade Marcel Roustan, avec de surcroît une dimension internationale. Ainsi, le dimanche 16 juin 2024, l’enceinte salonaise accueille le match pour la troisième place et la finale de la 50e édition du Festival international espoirs ou Tournoi Maurice Revello (ex Tournoi de Toulon). Dans la petite finale, l’Italie s’impose face à la France alors que le titre revient à l’Ukraine aux dépens de la Côte d’Ivoire. Salon-de-Provence a été, de 2015 à 2025, l’une des villes accueillant le tournoi Maurice Revello. Lors de l’édition 2025, l’équipe de France des moins de 20 ans remporte l’édition au stade d’Honneur Marcel Roustan.
Le rayonnement sportif du stade est cependant intimement lié à l’athlétisme, et en particulier aux épreuves de lancer, à la suite de la création, en 1993, puis de l’essor de l’Athlétic Club Salonais (ACS). Les installations sportives, qui permettent la croissance de l’athlétisme dans la ville salonaise, sont mises au service, en juin 1994, de l’équipe de France lors d’un stage de préparation en préambule à la Coupe d’Europe des épreuves combinées (heptathlon chez les femmes et décathlon chez les hommes). Parmi les athlètes se préparant pour ces Championnats d’Europe (nom adopté trois en plus tard en 2017) sur le stade de la cité de Nostradamus, on trouve chez les femmes Nathalie Teppe et Odile Lesage, respectivement numéro 1 et numéro 2 Françaises. Chez les hommes sont présents les jeunes athlètes Cédric Lopez et Sébastien Levicq, âgés de 21 et 23 ans, qui s’entraînent pour prendre le relais d’Alain Blondel et Christian Plaziat. En 1990, ce dernier est devenu champion d’Europe du décathlon à Split avec un total de 8 574 points, lui ayant permis de battre le record de France qu’il détenait déjà. Ce record ne sera battu qu’en 2016 par Kevin Mayer, lors de son titre de vice-champion olympique aux Jeux olympiques de Rio, avec 8 834 points.
Salon-de-Provence ne se contente pas que d’accueillir des stages, elle est aussi une pépinière de champions. En effet, Patrick Journoud, membre du MCJ Salon-de-Provence, est détenteur du record de France du lancer du disque de 1987 à 1997, et remporte trois titres nationaux consécutifs. Par ailleurs, la terre salonaise est un lieu d’exploits. Le record du lancer du disque y est par exemple battu à deux reprises en compétition. En 1997 au stade Marcel Roustan, Jean Pons devient, pour la troisième fois champion de France du lancer du disque, en établissant un nouveau record national à 64,74 mètres, qui est battu en 2002 par Jean-Claude Retel, qui atteint 68,90 mètres lors d’un meeting tenu dans cette même enceinte.
Le 9 novembre 2013, pour fêter les 20 ans de l’Athlétic Club Salonais sont inaugurées de nouvelles installations sportives au stade Marcel Roustan, en présence de Mélina Robert-Michon, détentrice du record de France du lancer du disque avec 66,28 mètres, sacrée vice-championne du monde à Moscou en 2013 et future vice-championne olympique à Rio en 2016. Elle est accompagnée de Christophe Lemaitre, sprinteur et détenteur des records de France sur 100 mètres et 200 mètres avec des temps respectifs de 9,92 secondes et 19,80 secondes. Le président de la Fédération Française d’Athlétisme (FFA), Bernard Amsalem, complète ce plateau de personnalités du monde du sport aux côtés du président de l’ACS, Joël De Lauretis, et du président de la Ligue régionale André Giraud, qui sera de 2016 à 2024 le président de la FFA. Le maire de Salon-de-Provence, Michel Tonon, est fier de présenter au public les effets d’un investissement de plus de 3 millions d’euros ayant permis de remettre à niveau le stade, sa pelouse, sa tribune, ses aires de lancer et de sauts, ainsi que les courts de tennis attenants. Désormais, le stade d’honneur du complexe Marcel Roustan possède quatre plateaux de poids, une piste de javelot de 16 mètres, une aire de disque, une aire de marteau, quatre fosses à sable pour longueur et triple saut, une zone de hauteur, une autre pour la perche, une piste de 8 couloirs, sans oublier que la capacité de la tribune a été portée à 990 places.
Le stade et la halle Pierre Quinon attenante, honorant la mémoire du perchiste français champion olympique à Los Angeles en 1984, continuent aujourd’hui à faire rayonner Salon-de-Provence dans le monde de l’athlétisme. La ville organise, du 23 au 25 février 2024, les Championnats de France hivernaux de lancers, durant lesquels s’illustre à domicile le lanceur de disque salonais d’adoption Aurélien Fabreguettes, sacré champion de France National avec un lancer à 52,80 mètres, record personnel battu. Vingt ans après avoir été à l’initiative, en 2006, des Masters du Mistral, meeting international dédié au lancer du disque, l’ACS organise le 20 juin 2026, le Festival Lancers, comportant des épreuves de disque et de marteau hommes et femmes, et de poids hommes. Organisé comme un spectacle, chaque épreuve voit s’affronter un maximum de huit athlètes, dont au minimum deux lanceurs internationaux. Ce meeting international est déclaré de niveau national à la Fédération Française d’Athlétisme, « Challenger Européen » à la Fédération Européenne d’Athlétisme et inscrit au calendrier de la Fédération Internationale Word Athletics.
Bibliographie
Gérard Nuc, Le Sporting Club Salonais ou la passion du rugby depuis 1904, Lamanon, Sporting Club Salonais, 2021.
Michel Roux, Depuis 1912… Le Régional, La mémoire de Salon, Éditions Autres Temps, 1997.
Philippe Tétart (dir.), Histoire du sport en France. [Tome 1]. Du Second Empire au régime de Vichy, Paris, Vuibert, 2007..
















