Le circuit du Castellet


Le circuit du Castellet

L’implication d’un industriel

Le 19 avril 1970 est inauguré, entre Marseille et Toulon, le circuit du Castellet. L’initiative revient à Paul Ricard, le célèbre industriel marseillais qui doit sa fortune à l’apéritif anisé auquel il a donné son nom. L’une des clefs de la réussite de ce fils de commerçant du quartier Sainte-Marthe réside dans la personnalisation de sa marque. De fait, son intense mécénat dans le domaine de la culture et du sport participe d’une entreprise de promotion publicitaire. Ainsi, il parraine, dès 1961, une importante compétition de pétanque à Marseille ou plus tard les navigateurs Alain Colas et Éric Tabarly. Son nom figure également en bonne place dans la caravane qui accompagne chaque été le Tour de France cycliste. Ses activités de mécène prennent plus d’ampleur encore après sa retraite volontaire de la présidence de sa société. C’est à ce moment qu’il décide la construction d’un circuit automobile sur le terrain de 1 000 ha qu’il possède sur le plateau de Castellet, dans le Var, sur lequel est déjà installé, depuis 1962, le plus important aérodrome privé de France, et non loin des îles de Bendor (Bandol), et des Embiez (Six-Fours), fleurons touristiques de l’empire Ricard.

Des débuts prometteurs

Le sport automobile est en plein essor dans les années 1960. L’engouement répond à l’équipement croissant des ménages en automobile dans cette période de croissance économique. La Formule 1, créée en 1950, fait figure de catégorie reine. Le sponsoring, à partir de 1968, permet de développer plus encore ces courses de monoplaces aux moteurs puissants. Afin d’inscrire son projet dans cette dynamique, Paul Ricard prend conseil auprès de pilotes de Formule 1 et de journalistes spécialisés. Il en résulte un circuit de 5,8 kilomètres doté d’une ligne droite de 1,2 kilomètre. Très vite, le circuit apparaît comme le symbole de la modernité en matière de sports mécaniques et une référence dans le domaine de la sécurité. Une école de pilotage y est installée et de grandes écuries viennent y effectuer des essais. Le circuit auquel Paul Ricard donne son nom devient, aussi et surtout, très rapidement, le théâtre de compétitions prestigieuses. En 1971, le Grand Prix de France de Formule 1 remporté par Jackie Stewart y est organisé. Au cours des treize éditions de l’épreuve qui se déroulent ensuite sur le circuit, jusqu’en 1990, les plus grands pilotes s’illustrent. Le pilote français Alain Prost est vainqueur à quatre reprises en 1983, 1988, 1989, 1990. En 1986, l’accident mortel survenu au cours d’essais au pilote italien, Elio de Angelis, conduit à des aménagements importants. La longueur du circuit est notamment ramenée à 3,8 kilomètres. Certains de ces aménagements sont peu appréciés des motocyclistes qui ont fait aussi du Castellet un circuit de compétition. Ils y disputent le « Bol d’Or », une épreuve d’endurance réputée et des épreuves de vitesse du championnat du monde.

Le déclin des années 1990

La Formule 1 délaisse cependant le circuit dans les années 1990. La concurrence du circuit de Magny Cours dans la Nièvre, département d’élection du président Mitterrand et du ministre de l’Économie, Pierre Beregovoy, ou encore la législation restreignant la publicité de l’alcool constituent autant d’obstacles que le circuit ne parvient pas à surmonter. Si d’autres courses motocyclistes, de voitures de tourisme, de voitures anciennes et même de camion animent encore quelque temps le circuit, celui-ci apparaît sur le déclin. Il est racheté, en 1999, par l’homme d’affaire britannique, Bernie Ecclestone, considéré comme un personnage clé de la Formule 1. Le circuit du Castellet se spécialise alors dans l’accueil des écuries désireuses de mener des essais privés de leurs bolides.

Le renouveau

Dix ans plus tard, sous l’impulsion de son nouveau directeur, Gérard Neveu, le circuit ouvre de nouveau au public, en mars 2009. Il accueille dès le mois d’octobre de la même année une compétition importante, le championnat international de voitures de grand tourisme (FIA GT). Pour recevoir ces nouvelles manifestations, des travaux sont effectués : agrandissement des tribunes, aménagement d’une butte surplombant le virage du Beausset… Le circuit peut désormais accueillir plus de 10 000 spectateurs autour du circuit.
Cette même année, le Grand prix de France de Formule 1 est annulé après la décision de la Fédération française du sport automobile de ne plus le financer. Un nouveau site est alors recherché pour remplacer Magny-Cours, avec le soutien du premier ministre François Fillon. Il confirme deux ans plus tard le retour au circuit du Castellet comme l’hypothèse la plus probable, suivi bientôt par Bernie Ecclestone, le patron de la Formule 1

Toutefois, avant la Formule 1, c’est le Bol d’Or qui revient en premier au Castellet, délaissant en 2015 le circuit de la Nièvre. Un an plus tard, Christian Estrosi, président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, annonce le retour officiel du Grand prix de France de Formule 1 pour l’été 2018. Après une longue parenthèse, les deux compétitions phares du sport mécanique français reviennent donc au Castellet.

Bibliographie

Chevalier François, Circuit Paul-Ricard. Au cœur de la compétition auto-moto, Boulogne, ETAI, 2004.

Mourlane, Stéphane; Bertrand, Thierry