La traversée de la Méditerranée en plus léger que l’air

La traversée de la Méditerranée en plus léger que l’air

« Est-ce la Corse ou la Sardaigne ? On descend, c’est bien la Corse ! […]. L’atterrissage se fait avec quelques secousses violentes. Capazza crie à M. Fondère d’éventrer le Gabizos avec son couteau […]. M. Fondère tombe à couteau raccourci sur le Gabizos. Capazza lui-même porte un coup de maitre à son ballon, qui se fend largement et expire doucement en rendant son âme de gaz avec la plus grande résignation » (Bastia Journal du 16 novembre 1886). En ce dimanche 14 novembre 1886, il est environ dix heures du soir, au lieu-dit l’Alzelli, sur la commune d’Appiettu, non loin d’Ajaccio, Louis Capazza et Alphonse Fondère, partis cinq heures et demie plus tôt de Marseille, viennent de réaliser la première traversée d’un plus léger que l’air en Méditerranée.

L’exploit

Louis Capazza est né le 17 janvier 1862 à Bastia, après des études au lycée de la ville, il entre aux Ponts-et-Chaussées puis quitte la Corse pour Paris afin de rejoindre son nouveau poste. C’est dans la capitale qu’il entre en contact avec le milieu des aéronautes tout en menant des recherches assidues sur les ballons. Il se fait remarquer par plusieurs inventions dans le domaine, en particulier le parachute-lest, qui lui valent l’intérêt des autorités militaires et des comptes rendus élogieux dans la presse nationale. Il est donc loin d’être un inconnu lorsque, en 1886, il décide d’entreprendre la traversée de la Méditerranée de Marseille vers la Corse, après un échec en sens inverse. Le 14 novembre, il y a foule sur la Place Saint-Michel où la préparation du ballon se fait dans une joyeuse pagaille, au milieu des badauds et alors que la fanfare de la société des Pionniers de l’Avenir fait entendre plusieurs morceaux de son répertoire. Le départ doit être plus d’une fois repoussé, finalement, vers 16h30, malgré un fort mistral, Capazza décide de partir, en compagnie de Hyacinthe-Alphonse Fondère, né à Marseille, le 26 août 1865, attaché à la mission de Brazza au Congo. Le départ, déjà perturbé par le vent, l’est encore plus par le public qui se presse autour de la nacelle. Finalement, le ballon prend son envol, non sans effleurer le toit d’une maison, mais Le Gabizos est équipé du parachute-lest, qui lui permet de reprendre de l’altitude. Une heure plus tard, les aéronautes sont au-dessus de Cassis, puis les îles d’Hyères, où une saute de vent les pousse en pleine mer, alors que la nuit est tombée et le temps exécrable, ainsi que le confiera plus tard Capazza au journal Le Matin. Les conditions de navigation se dégradent au point que les deux hommes doivent se débarrasser de la nacelle et s’accrocher aux mailles du filet qui enserre le ballon. Ils se pensent perdus, lorsqu’ils aperçoivent la lumière d’un phare, probablement celui des îles Sanguinaires, au large d’Ajaccio. Après un rude atterrissage, ils sont secourus par un berger qui leur offre l’hospitalité pour la nuit. Le lendemain matin, ils se rendent à Ajaccio, annoncer leur succès et demander de l’aide afin de ramener leur ballon.

À Marseille, on demeure plusieurs heures sans nouvelles et l’on entrevoit déjà le pire. « Avons atterri. Ballon en bon état », telle est la teneur de la dépêche parvenue dans la cité phocéenne en ce début d’après-midi du 15 novembre. Le lendemain et les jours suivants, la nouvelle de la réussite de la traversée est annoncée tant dans la presse locale, insulaire et marseillaise, que nationale.

Fondère fera une brillante carrière coloniale, il décédera le 26 novembre 1930 à Addis-Abeba. Capazza, pour sa part, continuera ses travaux et ses expériences et s’illustrera, entre autres, en inventant un parachute et en réalisant la première traversée de la Manche avec le Morning Post, premier dirigeable anglais (20 octobre 1910). Il sera notamment membre de l’Aéro-Club de France, vice-président de l’Association Française de Navigation Aérienne et membre fondateur de l’Aéroclub de Belgique. Il meurt le 28 décembre 1928.

Le monument

Si, pendant plus d’une quarantaine d’années, aucun monument ne vient rappeler la prouesse des deux aéronautes, vers la fin des années 1920, dans un contexte d’exploits sportifs aériens, symbolisés par la traversée de l’Atlantique de Lindbergh, le temps est propice à la mise à l’honneur des pionniers. En octobre 1928, a lieu l’inauguration d’un monument près d’Appiettu, en présence de Capazza. L’année suivante, à Paris, est apposée une plaque rappelant son invention d’un parachute en 1892, Fondère participe à la cérémonie. Dès lors, Marseille ne pouvait faire moins que de commémorer les héros, d’autant que, en 1929, à l’initiative de Zabeth Capazza, sa fille, se constitue un comité Capazza-Fondère dans le but de réaliser un monument en leur honneur. Le ministère de l’Air, le Conseil général et la Chambre de Commerce des Bouches-du-Rhône, l’Aéro-Club de France, et les municipalités d’Ajaccio, de Bastia et de Marseille apportent leurs concours financiers. La réalisation du monument est confiée au sculpteur Louis-Marcel Botinelly et à l’architecte Gaston Castel, dont c’est la première collaboration. Le premier, Médaille d’or du Salon (1928), a déjà réalisé à Marseille, entre autres, les Atlantes du Parc Chanot ainsi que les statues représentant les colonies d’Afrique et d’Asie de part et d’autre du dernier palier de l’escalier de la gare Saint-Charles. Le second, Grand Prix de Rome (1913), est alors architecte en chef des Bouches-du-Rhône, avec à son actif, notamment, le Monument aux morts de l’Armée d’Orient et des terres lointaines et la reconstruction de l’opéra municipal.

Dans les semaines précédant l’évènement, la presse nationale et marseillaise, en particulier Le Petit Provençal, revient sur l’exploit des deux aéronautes. Le monument, dont la polychromie d’origine a disparu, se dresse sur le mur postérieur du centre paroissial arménien qui fait le coin de la place Jean Jaurès et de la rue Sibié, à l’endroit même d’où le ballon s’envola. Sous les têtes des deux aéronautes de profil, figure la silhouette du Gabizos ainsi qu’un texte rappelant leur exploit. L’inauguration a lieu le 16 novembre 1930, sous la présidence d’honneur du président du Conseil André Tardieu, du Maréchal Lyautey, du ministre de l’Air et en présence de personnalités, de la famille de Capazza et d’une foule nombreuse ; l’ingénieur et pilote allemand Hugo Eckener, qui l’année précédente avait réalisé le premier tour du monde en dirigeable, invité, ne put se déplacer et s’excusa. Arrivés entre-temps, les aviateurs Dieudonné Costes et Maurice Bellonte y déposent une gerbe de fleurs. Malgré l’écho incontestable que reçoit l’hommage à Capazza et Fondère, il semble bien noyé dans les festivités données en l’honneur de Coste et de Bellonte qui, quelques semaines auparavant, viennent de réaliser la première traversée de l’Atlantique nord sans escale dans le sens est-ouest. En revanche, les cérémonies du cinquantenaire de la traversée, en novembre 1936, connaitront un succès populaire considérable ; ce qui ne sera pas le cas lors du centenaire passé quasiment inaperçu. Outre le monument, il existe dans le IVe arrondissement de Marseille deux rues qui leurs sont dédiées, l’une portant le nom de Capazza et l’autre celui de Fondère.

 

Bibliographie

Louis Capazza, Traversée de la Méditerranée en ballon, Bruxelles, Charles Rosez Éditeur, 1899.

Pierre Gallocher, « Marseille à la conquête de l’air » in Marseille, zigzags dans le passé, tome I, Marseille, Tacussel, 1984, p.163-167.

Alain Mori, Louis Capazza, héros Corse de l’aéronautique, Bastia, Anima Corsa, 2010.

Michel Sansonetti, « L’exploit de Louis Capazza » in Francis Pomponi (dir.), Le Mémorial des Corses, tome 3, Ajaccio, 1982, p.384-387.

Presse nationale et régionale, novembre 1886, janvier 1929-décembre 1930.

Les bains de mer sur la Corniche de Marseille

Les bains de mer sur la Corniche de Marseille

Marseille est un haut lieu de la natation française où réside un des clubs les plus titrés du pays : le Cercle des nageurs de Marseille. Cette renommée sportive forgée à partir des années 1920 trouve ses origines au siècle précédent alors qu’à Marseille, comme ailleurs sur le littoral français, se répand la mode des bains de mer lancée par les Britanniques. Il y a là de quoi surprendre car Marseille n’a jamais eu la réputation d’une station balnéaire. Pourtant, on y a entretenu le rêve de faire de la mer Méditerranée un atout en vue d’attirer des touristes de tous horizons.

Les premiers bains de mer

Le premier établissement de bains de mer de la ville se situe dans l’anse du Pharo. L’initiative revient à un médecin, le docteur Giraudy, ancien chirurgien des armées du Roi établi à Marseille depuis 1782. En 1818, il installe une grande barque aménagée. L’expérience fait néanmoins long feu car la plupart des patients sont victimes du mal de mer. Il décide alors de se poser sur la terre ferme avec l’avis favorable de la Société Royale de Médecine de Marseille. Mais la zone est marécageuse, ouverte aux vents du Nord et envahie par les algues, entraînant la fermeture rapide de l’établissement.

Le docteur Giraudy jette son dévolu sur l’anse d’Arenc où se situait naguère un Lazaret. Il doit faire face à la concurrence d’un riche négociant du nom de Vailhen propriétaire d’un autre établissement récent : les grands bains de la Méditerranée. Le journal Le Sémaphore les décrit le 6 juin 1836 comme « les plus parfaits par leur construction et la pureté de leurs eaux, les seules en Europe où l’on puisse se baigner à la vague à toutes les heures du jour, quelque mauvais temps qu’il fasse ».

D’emblée se pose à Marseille, comme ailleurs, la question de la décence de cette activité qui porte atteinte à la pudeur. L’indicateur du Commerce écrit dès juillet 1822 que « vainement les ordres de l’autorité ont défendu aux nageurs de se baigner sur la côte sans caleçon ou un voile quelconque. Tous les soirs, les environs du port sont peuplés de gens qui, au mépris de toute pudeur, se baignent dans un état de nudité absolue. À cause d’eux le beau sexe est obligé de s’interdire un délassement agréable et devenu nécessaire par les chaleurs dont nous sommes accablés ».

Il n’en reste pas moins que ces deux établissements reçoivent le soutien du corps médical convaincu des bienfaits thérapeutiques des bains de mer, par immersion, affusion, aspersion, ablution ou encore fomentation. Des bains, qui sauf exception, ne doivent pas excéder quelques minutes, une seule fois par jour chez un sujet à jeun. C’est ce que préconise le docteur Robert dans son manuel publié en 1827. Vantant les mérites des deux établissements d’Arenc, il considère que les bains de mer peuvent traiter plusieurs maladies : la tuberculose osseuse et articulaire, la tuberculose ganglionnaire ainsi que le rachitisme chez les enfants, la plupart des affections gynécologiques et l’hystérie chez la femme ou encore la mélancolie, l’impuissance et les maladies imaginaires rassemblées sous le terme d’hypochondrie chez l’homme.

Marseille dispose d’atouts qui, croit-on, lui permettront de rivaliser avec les stations les plus réputées de l’époque. Le docteur Robert écrit en préambule de son ouvrage en une lettre adressée au préfet du département des Bouches-du-Rhône : « Marseille si favorisée par son beau ciel, son climat et son site maritime, croit aujourd’hui pouvoir aspirer à devenir l’heureuse rivale de Dieppe, Boulogne et de Brighton ».

Toutefois, les établissements de bains de mer situés à Arenc sont contraints de cesser leur activité en 1856 en raison des travaux de l’aménagement du port et la construction de bassins. L’activité balnéaire se déplace alors au sud de la ville.

L’essor de la Corniche

La promenade de la Corniche est construite à partir de 1848 ; les travaux se terminent en 1863. La première partie, au sud, est construite entre 1848 et 1851. Le chemin de terre est ensuite prolongé jusqu’à la plage des Catalans entre 1861 et 1863. Cette deuxième portion est plus compliquée techniquement : il faut en effet construire un viaduc au niveau du Vallon des Auffes. Sur près de 5 kilomètres, la promenade s’étend de la plage des Catalans aux plages du Prado. En 1873, une ligne de tramway du boulevard Notre-Dame aux allées du Prado par la Corniche permet de développer le bord de mer. Outre le marégraphe près du Pont de la Fausse Monnaie, qui après douze ans d’observation (du 3 février 1885 au 1er janvier 1897) a permis de définir « l’altitude zéro de référence en France », on trouve le long de la Corniche quelques villas, des hôtels –restaurants ainsi que des établissements de bains de mer. Parmi ces établissements, l’un des plus fameux est celui du Roucas-Blanc (1874-75). Il comporte deux bassins permettant les bains de mer, des salles d’hydrothérapie auxquels s’ajoute plus tard un restaurant. Un médecin est demeure.

Le milieu médical participe d’ailleurs largement à la publicité de l’établissement. On peut ainsi lire dans la livraison de juin 1875 de la revue Marseille Médicale : « nous ne doutons pas de la prospérité future de ce magnifique établissement qui, par la perfection achevée de ses installations et par l’intelligente organisation de ses divers services, répond à un besoin réel et est obstiné à satisfaire aux exigences les plus variées de l’hygiène et de la thérapeutique balnéaire, en hiver comme en été, dans toutes les saisons et par tous les temps ». La même année, on lit dans une brochure de Serenus Partl : « Pendant que les frimas environnent les roches alpines, suisses, tyroliennes et obligent les touristes de se prémunir contre les rigueurs de la température, Marseille, dont le climat est favorisé, promène le luxe de ses équipages et de ses toilettes d’été, dans les splendides avenues du Prado, du Château Borély et le long de ses riantes grèves ».

Plus largement l’établissement mène une campagne de publicités promotionnelles en France mais aussi à l’étranger. Afin de faciliter l’acheminement des clients, un service de transport en voiture à chevaux ou en bateau est assuré entre le quai du Vieux Port et le Roucas-Blanc.

Cet établissement est comme les autres, réservé aux personnes les plus fortunées. Déjà en 1853 la Société́ Impériale de Médecine déplore que « l’artisan et sa famille après une journée laborieuse » ne puisse se rendre aux bains. Elle rappelle les bienfaits préventifs des bains de mer froids « qui devraient être à la portée de toutes les bourses ».

C’est sur un autre lieu de la Corniche, l’anse des catalans, que l’on trouve des bains populaires, ceux du Petit Pavillon établis en 1854. La toponymie de cette anse remonte au XVIIe siècle et renvoie à l’arrivée d’un groupe de pêcheurs catalans installés dans une infirmerie désaffectée. Le nom est resté pour l’ensemble du quartier à proximité du centre-ville (autour du Vieux-Port) et proche de la résidence impériale du Pharo dont la construction est ordonnée par Napoléon III pour l’impératrice Eugénie, dans le cadre d’une politique de construction et de modernisation des infrastructures déjà existantes de la ville.

Il est envisagé de faire de la plage des Catalans un lieu à la mode. Sont établis les bains des Catalans à partir de 1859, après la destruction des ruines des Vieilles infirmeries ; ils sont plus bourgeois que les bains du petit Pavillon voisins. Ils constituent une structure privée de pontons de bois posés sur les rochers et sur pilotis, avec cabines et autres commodités. Un casino devait en faire un des plus beaux ensembles balnéaires d’Europe, mais ce projet échoue.

Le succès des bains de mer ne dépasse pas les limites de la ville. Les touristes ne sont guère au rendez-vous. L’identité balnéaire touristique de la ville ne parvient pas à se construire. En revanche l’identité sportive s’ancre en partie dans cette anse des Catalans. Aux côtés des bains thérapeutiques ou hygiéniques, bains de soleil, se développent en effet des bains sportifs et/ou ludiques.

Les débuts de la natation en mer

À la fin du XIXe siècle, on assiste à Marseille à une multiplication des compétitions et à l’institutionnalisation de la natation suivant une dynamique hexagonale. La Commission natation de l’Union des sociétés françaises de sports athlétiques est ainsi créée en 1889, reprenant les règles établies par l’Amateur Swimming Association anglaise. Dans le sillage des épreuves de natation inscrites au programme des premiers Jeux olympiques de l’ère moderne en 1896, des premiers championnats de France se tiennent en 1899. Entre 1900 et 1914 la natation devient un spectacle populaire.

À Marseille, dans les années 1890 le journal Soleil du Midi organise les premières courses officielles aux Catalans.

La presse locale est souvent à l’initiative de ces compétitions auxquelles elles donnent grande publicité. Les lecteurs, dont très peu bravent encore « l’humide élément » sont sans doute impressionnés par la performance des nageurs qui à l’instar des deux seuls qui, selon le récit de Massilia (1er septembre 1909) « eurent le courage de terminer » le championnat des 4000 mètres dans « une mer démontée ». L’histoire de ces compétitions locales restent encore largement à faire tout autant que celles des clubs. On assiste en effet à la création de sections natations dans un certain nombre de clubs omnisports, comme l’Union sportive phocéenne, le Sporting Victor Hugo, l’Olympique de Marseille ou encore Étoile sportive phocéenne que l’on dit « imbattable » en ce début de siècle. Tous développent leur activité dans le cadre des établissements de bains de mer. Le Chevalier Roze Sport, fondé en 1909, s’installe pour sa part au pied du fort Saint-Jean.

Après la Première Guerre mondiale et la création en 1920 de la Fédération française de natation et sauvetage, la première Coupe de Noël est organisée à Marseille, le 25 décembre, par le district de Provence. La presse indique que des milliers de spectateurs se pressent autour du Vieux-Port pour encourager par une température de -2 à 5 degrés la quinzaine de nageurs plongés dans une eau qui ne dépasse pas les 10 degrés.

Le long de la Corniche, dont le nom rend hommage du Président américain John Fitzgerald Kennedy depuis 1963, l’activité balnéaire revient en force dans les années 1960 avec l’avènement d’une culture des loisirs, grâce notamment à l’aménagement de grandes plages au Prado. La natation sportive revient en mer en 1999 avec le défi Monte Cristo, une épreuve inspirée de la célèbre évasion dans l’œuvre d’Alexandre Dumas. Réunissant plus de 4000 nageurs amateurs, la compétition se présente comme « le plus important rassemblement grand public de la natation en mer ».

 

Bibliographie

« Le littoral du golfe aux calanques », Marseille. Revue culturelle, n°178, 1996.

« Plaisir de la mer », Marseille. La revue culturelle de la ville de Marseille, n°202, 2003.

« Le sport à Marseille », Marseille. La revue culturelle de la ville de Marseille, n°208, 2005.

Andrieu Bernard, Bien dans l’eau. Vers l’immersion, Biarritz, Atlantica, 2010.

Aziza Judith, Une histoire de Marseille en 90 lieux, Marseille, Editions Gaussen, 2019.
François George, Bains de mer sur ordonnance à Marseille, Association des amis du Patrimoine Médical de Marseille.

Kourilenko Jean-Luc, Bains de mer et convenances de la Belle époque à nos jours, Tours, Éditions Sutton, 2017

Pic Raphaël, Balnéaire : une histoire des bains de mer, Paris, Little Big Man éditions, 2004

Robert Louis-Joseph-Marie, Manuel des bains de mer sur le littoral de Marseille, Marseille, 1827.

Terret Thierry, Naissance et diffusion de la natation sportive, Paris, L’Harmattan, 1994.

Vigarello Georges, « hygiène du corps et travail des apparences » in Corbin Alain, Courtine Jean-Jacques, Vigarello Georges (dir.). Histoire du corps, t. 2 De la Révolution à la Grande Guerre, Paris, Le Seuil, 2005, p. 299-312.

Le Mont Ventoux

Le Mont Ventoux

Le Mont Ventoux est un haut lieu patrimonial et touristique. Il le doit à sa nature singulière, envoûtante, et au Tour de France. En 2006, 61% de ses 600 000 visiteurs déclarent en effet le connaître grâce à cette épreuve. De fait, le Ventoux est des principaux lieux de mémoire du sport de l’Hexagone.

À pieds, à ski

Jusqu’au milieu du XIXe siècle, rares sont ceux qui défient le mont. On l’admire de loin, comme un « roi » sur les pentes duquel « le tendre Pétrarque » soupirait « jadis ses vers et ses amours » comme l’écrit Courret de Villeneuve dans son Recueil amusant de voyages en vers et en prose en 1784.

La première ascension recensée date de 1798, mais excursionnistes et alpinistes s’y aventurent surtout à partir des années 1830-1840 ; puis le Club Alpin de Provence (créé en 1875) en fait une destination de choix et les excursions s’y multiplient, comme celles de la Société des excursionnistes marseillais (1897).

Cette première conquête sportive est non compétitive. Elle ne donne pas lieu à l’émergence d’une mythologie sportive. Il en va de même quand les skieurs, héritiers des charbonniers (qui utilisaient à des planches pour se déplacer dans la neige), s’y aventurent entre-deux-guerres, surtout à partir de 1929, lorsque le Chalet Renard est inauguré à mi-pente, que le Ski Club de Carpentras est fondé et que la compagnie ferroviaire PLM propose des navettes en autocar pour rallier le Ventoux depuis Avignon. Mais là encore, on parle d’un usage ludique, récréatif.

Un banc d’essai automobile

Le Mont Ventoux reçoit ses premières lettres de noblesse compétitives par l’automobile. En 1900, un garagiste marseillais, Marius Masse, conquiert son sommet au volant d’une De Dion. En 1901, un rallye touristique y est organisé. Adolphe Benoît, directeur de La Provence sportive, imagine alors une course de côte. Parrainé par L’Auto et l’Automobile Club d’Avignon, le meeting du Ventoux a lieu le 16 septembre 1902. Paul Chauchard le gagne, sur Panhard-Levassor, à 47 km à l’heure. La rudesse du parcours et la témérité des pilotes en font alors le renom.

Jusqu’à la Grande Guerre, les innovations, avec l’introduction des motocyclettes (et même d’un omnibus en 1907), grandissent sa réputation et sa popularité. Les « prouesses des mangeurs d’espace » (Le Gaulois, 1913), leur vitesse stupéfiante, lui donnent l’image d’un banc d’essai technologique prouvant la qualité de l’industrie automobile française. Une tradition est ainsi posée. Elle est prolongée dans l’entre-deux-guerres et jusqu’à son dernier Âge d’Or, dans les années 1970. Nonobstant, la représentation d’un mont sportif est infiniment plus déterminée par le cyclisme.

À la pédale

À vélo, les pentes du Ventoux sont vaincues en 1901 par un groupe emmené par Paul de Vivie, un des pères du cyclotourisme. En 1902, Adolphe Benoît, se lance à son tour. Il valorise son défi dans La Provence sportive et invite les cyclistes à se mesurer à lui.

Mais les courses du moment, comme Marseille-Paris en 1902, évitent soigneusement de s’affronter à l’inquiétant Ventoux. Ce n’est qu’en 1908 qu’Adolphe Benoît, à nouveau, joue les ouvreurs. Sous le patronage de La Provence Sportive, du Petit Marseillais et de l’Union Cyclopédestre carpentrassienne, il organise un Marathon du Ventoux. Vingt cyclistes et quelques pedestrians défient les 36 km du parcours, dont 21 km de dénivelé. Jacques Gabriel, un bûcheron, gagne l’épreuve en 2 h 27. Le premier pedestrian, Alfred Joyerot, rallie le sommet au terme de 4 h 20 d’efforts.

Après les éditions de 1909 et 1910, pour les seuls cyclistes, l’épreuve disparaît. Elle renaît en 1921 et 1922 mais, dans l’entre-deux-guerres, d’autres courses accentuent la renommée du Ventoux : le Circuit du Ventoux, le Tour du Sud-Est, le Tour du Vaucluse et Paris-Nice. Au demeurant, la mythologie cycliste du Ventoux se forge surtout après la Deuxième Guerre mondiale, avec le Tour de France.

Un sommet, un sacrifice

La Grande Boucle emprunte les lacets du Ventoux pour la première fois en 1951. Le patron du Tour et de L’Equipe, Jacques Goddet, veut durcir l’épreuve pour offrir un spectacle « d’incertitude, sans répit », un « sacrifice suprême ». Louison Bobet gagne l’étape, après « une démonstration faite par le Ventoux, brûlé de soleil et grouillant d’une foule immense » (L’Equipe, 23 juillet 1951).

Les coureurs sortent grandis par l’épreuve. En 1952, Jean Robic passe en tête au sommet avec un « tempérament d’âpreté » égal à celui « du sommet nu, ras, cratère de cailloux dégoulinants » (L’Equipe, 10 juillet 1952).

Plus la course est dure, plus le coureur souffre ; plus il souffre, plus il est grand ; et plus il est grand plus il rend un culte au Ventoux, ennemi et intercesseur à la fois, car il lui permet de se dépasser. Le Ventoux met ainsi en scène un corps à corps entre l’homme (et ses ressources insoupçonnées) et les éléments (une nature sans concession). En 1955, Roland Barthes estime dans ses Mythologies qu’il « personnifie » de la façon « la plus forte » qui soit le « sacrifice » cycliste.

Simpson scelle le mythe

De nombreux moments mémorables marquent les seize passages et arrivées au Ventoux. En 1955, Malléjac, épuisé, défaille devant les caméras de la RTF. En 1965, Poulidor triomphe. En 2002, Pantani domine de manière aussi écrasante qu’improbable. En 2016, Chris Froome gravit la pente en courant, vélo crevé à la main, pour ne pas perdre trop de temps…

Mais, de tous les épisodes ventouriens, c’est la mort de Tom Simpson, en 1967, qui scelle le mythe d’une montagne hostile, face à laquelle seuls les plus grands – ou les plus fous – se mesurent sans rien économiser, jusqu’à tutoyer la mort. Le 13 juillet, le peloton part de Marseille. Le voilà à pied d’œuvre. Il fait 40 degrés. On grimpe. Simpson montre des signes de faiblesse. À deux km du sommet, il ralentit, vacille et chute. Des spectateurs le couchent sur un lit de pierres. Un lit d’agonie. En fin d’après-midi, un communiqué tombe : « Tom Simpson est décédé à 17h40 ». Le dopage, conjugué à son épuisement préalable, à la violence de l’effort et à la chaleur a eu raison de lui. Le forçat de la route est héroïsé par le Ventoux. Inversement, la tragédie de sa mort finit d’établir le mythe de la sauvagerie, à nulle autre pareille, du mont.

Chaque année, une foule de 700 000 cyclistes amateurs, comme autant de pèlerins, se frottent à ce mythe. Initiation : vaincre le Ventoux est une performance et, surtout, un accomplissement. Et d’année en année, l’ogre ventourien renforce son terrible mythe, en voyant mourir cinq à dix valeureux, victimes d’infarctus ou de violentes sorties de route, persuadés qu’ils auraient raison de lui…

Bibliographie

Barruol G., Dautier N., Mondon M. (dir.), Le Mont Ventoux. Encyclopédie d’une montagne provençale, Forcalquier, Alpes de Lumières, 2007.

Fillion P., Hennaux J., Schaffer G., Le Ventoux, sommet de folie, Editions L’Equipe, 2010.

Goddet J., L’Échappée belle, Stock, 1991.

Mondon B., Les grandes heures du Tour de France au Ventoux, Éditions Équinoxe, 1997.

Tétart Ph., « Le Mont Ventoux. Du mythe littéraire au mythe sportif », Sociétés et Représentations, n°45, 2018.

Vigarello G., « Tour de France », in Nora P. (dir.), Les Lieux de Mémoire. III. Les France, Gallimard, 1992.

Le Palais des sports de Marseille

Le Palais des sports de Marseille

Le Palais des Sports est un complexe multi sportif et de spectacles situé au sein du quartier de Sainte-Marguerite dans le neuvième arrondissement de Marseille. Inauguré en 1987, il accueille depuis plus de trente ans de multiples évènements de grande envergure.

Un équipement sportif de première importance

La création d’un Palais des Sports attenant au Stade vélodrome est d’abord prévue en même temps que la création du stade dans les années 1930. Cependant, pour des raisons budgétaires, le Palais des Sports est abandonné. L’idées ressurgit dans les années 1990 dans le contexte d’une rénovation plus globale des équipements sportifs de Marseille. Afin de pouvoir accueillir des évènements d’envergure internationale, la municipalité alors sous l’égide de Gaston Defferre décide de doter la ville d’une grande salle pouvant accueillir plusieurs milliers de spectateurs pour assister à des manifestations sportives et des spectacles. L’emplacement de ce Palais des Sports et d’abord proposé près de la station de métro Saint-Just en 1983, mais c’est finalement le 81 boulevard Raymond Teisseire, près de la station Sainte Marguerite-Dromel qui est retenu en 1985. Cependant Gaston Defferre s’éteint l’année suivante, c’est donc avec son successeur Robert Vigouroux que les travaux de Palais des Sports sont entrepris et terminés. La création d’un complexe omnisport tout près du Stade vélodrome est confiée à l’architecte marseillais Jean-Jacques Letellier et les travaux débutent en 1987.
Le Palais des Sports est inauguré le 20 décembre 1988 en présence du maire Robert Vigouroux, de sportifs médaillés des Jeux olympiques de Séoul, de personnalités marseillaises et de présidents d’organisations sportives de la région. La cérémonie et animée par le journaliste Gérard Holtz et se clôture en apothéose avec la rencontre amicale opposant les équipes nationales de handball de France et d’Autriche. Cette nouvelle salle est ensuite placée sous la direction de Claude Argy, alors présent depuis cinq ans à la Direction générale du personnelle, en coordination avec le service des Sports de la ville. Elle dispose d’une capacité modulable pouvant accueillir entre 4 200 et 7 200 spectateurs selon la disposition des gradins et des terrains. Cela permet au Palais des Sports de s’ouvrir à différents types des manifestations sportives et culturelles. Néanmoins plus de 80% des évènements sont à caractère sportif, faisant du Palais des Sport un des principaux lieux du sport à Marseille.

Des manifestations sportives variées

Sports de combat

Dès ses débuts en 1988, le Palais des Sports est un haut lieu des sports de combats en France. C’est notamment avec Eric Romeas, président du comité départemental des Bouches du Rhône de kick boxing, que des Championnats du monde et d’Europe de kick boxing sont organisés à Marseille avec le soutien du Conseil général des Bouches-du-Rhône. Le succès est au rendez-vous : la confrontation entre l’américain Rick Roufus et le Néerlandais Ernesto Hoost fait en 1992 salle comble. Les combats annuels attirent toujours plus et l’évènement prend le nom de la Nuit des Champions au tournant des années 2000. La Nuit des Champions se diversifie et propose des combats de pancrace et de muay thaï tant chez les hommes que chez les femmes, également dans les catégories juniors. Chaque champion des différentes catégories ( -55kg, -65kg, -70kg) se voit décerné la ceinture de vainqueur de la Nuit des Champions.

Tennis

L’Open 13 de tennis est depuis 1993 un autre événement majeur du Palais des Sports. L’Open 13 est un tournoi international inscrit au circuit professionnel de l’ATP World Tour dans la catégorie 250 (car accordant 250 points au classement pour le vainqueur), la quatrième derrière les tournois du Grand Chelem, les ATP World Tour Masters 1000 et les ATP World Tour 500. Il est le plus gros tournoi de tennis proposé dans la région. Des rencontres de double et de simple messieurs y sont disputées chaque année au mois de février. Le suisse Marc Rosset est vainqueur des deux premières éditions du tournoi, remportant une troisième victoire en 2000. La liste des vainqueurs fait apparaître parmi les plus grands champions du moment : Boris Becker (1995), Roger Federer (2003), Andy Murray (2009) ou encore Stéfanos Tsitsipás (2019, 2020). Le tournoi est aussi souvent l’occasion pour joueurs français de s’illustrer : parmi les vainqueurs Guy Forget (1996), le Marseillais Arnaud Clément (2006), Gilles Simon (2007, 2015), Jo-Wilfried Tsonga (2009, 2017), Michaël Llodra (2010).
Le Palais des Sports accueille aussi en 2016 la rencontre entre la France et l’Italie dans la cadre de la Fed Cup, le tournoi mondial de tennis féminin disputé par équipes nationales.
Sports motorisés
Grâce à sa formidable capacité d’adaptation, le Palais des Sports parvient à accueillir deux évènements de sports motorisés : le Supercross de Marseille et le Trial Indoor de Marseille. Le Supercross réunis des champions locaux et parmi eux des Marseillais ayant réussis à briller à l’international tels Frédéric Bolley et Yves Demaria. Quant au Trial Indoor, il s’agit d’une étape annuelle du championnat du monde. A cette occasion le Palais des Sports a vu s’affronter les plus grands coureurs internationaux comme l’Espagnol Jordi Tarrés ou le Français Thierry Michaud, champion du monde de trial indoor en 1998.

Handball

C’est aussi au Palais des Sports qu’ont lieu plusieurs rencontres internationales de handball de l’équipe de France depuis le match inaugural. En 2001, trois matchs du Championnat du monde s’y déroulent. Outre des matchs internationaux, le Palais des Sports sert également d’arène pour certains match l’OM-Vitrolles. Le club y remporte en mai 1993, la Coupe d’Europe des vainqueurs de Coupe face aux Hongrois de Fotex Vesprém SE. Depuis la disparition de l’OM-Vitrolles en 1996, le Palais des Sports accueille occasionnellement le club d’Istres qui évolue aussi en première division.

Et plein d’autres…

Toujours dans cette perspective multi-sportives et articulant les clubs locaux avec les représentations internationales, le Palais des Sports est également le lieu où se produisent des gymnastes internationaux lors du tournoi Elite Gym Massilia mais également parfois les basketteurs du Fos-Provence Basket en Pro B ou encore les équipes nationales et locales féminines et masculines de volleyball. Enfin, à la croisée du sportif et du non sportif, le complexe accueille également le Cirque de Pékin et le spectacle de patinage Holiday on Ice.

En 2018, le Palais des Sports célèbre ses 30 ans. En 30 ans d’existence seul des travaux mineurs de rénovation et un aménagement du parvis du Palais des Sports en 1996 ont été effectués. Claude Argy et le service des sports de la ville ont exprimé leur souhait d’entreprendre de plus grands travaux sur le Palais des Sports afin de lui permettre de continuer à héberger des évènements de grande envergure. Cependant Claude Argy quitte la direction du Palais des Sports en octobre 2020, dès lors si les souhaits exprimés en 2018 viennent à se concrétiser ce sera sous une nouvelle direction de la salle.
Le Palais des Sports a accueilli plus de 7 millions de spectateurs depuis sa création en 1988 démontrant l’importance de cette infrastructure dans le paysage sportif et de divertissement marseillais.

Bibliographie

Site du palais des sports : www.palais-des-sports.marseille.fr Site de l’évènement « La nuit des Champions » : www.ndcboxing.com Site de l’évènement « Open 13 » : www.open13.fr

Jean-François Coquil, « Palais des Sports de Marseille, trente ans d’exploits et de passion ! », revue Marseille, n°262, avril 2019, p.102-105.

Rémi Lombardi, Les politiques sportives à Marseille. Les années Deferre, 1953-1986. Mémoire de Master 2 en Histoire. Sous la direction de Stéphane Mourlane, Université d’Aix-Marseille, 2020, p.123-124.

Jean Jacques Fiorito, « Marseille : Le « vice-roi » Claude Argy quitte son Palais », La Provence. Publié sur le site www.laprovence.com le 21 septembre 2020

Le stade de la Roseraie – Carpentras

Le stade de la Roseraie – Carpentras

Le stade de la Roseraie à Carpentras appartient indiscutablement à l’histoire mouvementée du Rugby à XIII. Même s’il n’est pas aussi prestigieux que le stade du Moulin à Lézignan, la Myre Mory à Villeneuve ou Gilbert Brutus à Perpignan, il jouit d’une grande notoriété parmi les treizistes.

Une longue gestation

Lorsqu’en 1938 le Racing Club de Carpentras (RCC) « passa à Treize » la ville ne disposait que du seul Stade municipal. C’était très insuffisant car il fallait y organiser des matchs de rugby, de football et surtout de motoball, un jeu nouveau, dévastateur pour les pelouses, mais déjà très populaire en Provence.

Pour remédier à cette pénurie, la ville, alors dirigée par Henri Dreyfus, acheta en décembre 1939 un terrain agricole de plus de quatre hectares aux portes de la ville dans le but d’y installer un nouveau terrain de sport. Le domaine comprenait aussi la grande villa de « la Roseraie » qui donnera son nom au stade. Entre 1940 et 1945, la délégation municipale nommée par Vichy n’y construisit rien et le terrain fut utilisé comme jardin potager.

Le gouvernement Pétain et son commissaire général à l’Éducation et aux Sports Jean Borotra ayant interdit le Rugby à XIII, le RCC fut contraint de jouer à nouveau à XV et continua à partager le Stade municipal avec le football. Les rationnements en essence avaient mis le motoball en sommeil.

Un stade « treiziste »

À la Libération le Comité national des spots toujours sous l’influence des mêmes pressions quinzistes ne voyait pas la vigoureuse reprise treiziste avec beaucoup de sympathie. Le rugby à XIII fut même contraint de changer de nom et la « Ligue française de rugby à XIII » devint « La fédération française de jeu à XIII » (arrêté du 11 Avril 1949). Elle est depuis redevenue Fédération française de rugby à XIII par jugement de la cour de cassation du 4 Juin 1993.

La ligne de front de la guerre des rugby n’était encore pas très nette, et en 1944 le RCC fut invité par la Fédération rugby à XV inquiète, à participer à la coupe de France et au championnat quinziste. Il fallait donc choisir formellement son camp. Une Assemblée générale extraordinaire opta à une large majorité pour la reprise treiziste comme ce fut le cas pour la plupart des clubs vauclusiens. Le SO Avignon qui n’avait pas fait partie de la première vague d’avant-guerre adhéra au mouvement dès sa reprise et fut admis dans la ligue professionnelle au côté du SU Cavaillon.

La municipalité carpentrassienne commença alors l’aménagement du futur « stade de la Roseraie ».

Des tribunes pas très légales

Les dirigeants du RCC prirent à leur compte la construction des tribunes selon un procédé tout à fait illégal puisqu’il contournait l’appel d’offre. La ville avait un devis de 1 900 000 francs. Une dizaine de dirigeants du club fonda une société ad hoc qui construisit les tribunes à ses frais. Aussitôt construites elles furent achetées par la ville au prix coutant. La dépenses n’ayant été que de 947 000 francs, la ville fit ainsi une économie d’un million de francs.

Un monument à la mémoire des joueurs du RCC XIII disparus pendant la guerre fut érigé sur le stade qui n’avait encore ni tribunes ni installations fixes. Le 27 avril 1947 lors d’un match opposant le RCC à l’équipe 2 du 13 Catalan, les deux capitaines, tous deux anciens internationaux treizistes, déposèrent une gerbe au pied de la statue.

Les tribunes furent inaugurées le 20 mars 1949 lors d’un match contre Toulouse dans le championnat « indépendant » (c’est ainsi qu’on appelait la seconde division, composée de clubs utilisant, en principe, des joueurs « amateurs », pour la distinguer de la première division « professionnelle »).

Au sol les tribunes occupaient un rectangle de 50m x 20m de grand axe Est/Ouest. La toiture était composée d’une charpente métallique recouverte de plaques de fibrociment culminant à 9 mètres, appuyée sur un mur postérieur de 6,7 mètres de haut en maçonnerie.

Les sept rangées de gradins étaient en bois. Sous les tribunes, on avait aménagé cinq vestiaires (joueurs et arbitres) avec des douches chauffées.

Dans les années 1950, lorsque le RCC put monter en première division, le nombre des spectateurs dépassa très souvent 1500 personnes et ces tribunes devinrent vite insuffisantes. On ajouta donc rapidement des « praticables » non couverts en tubes métalliques, de part et d’autre de la tribune abritée.

Des gradins en bois

La construction de gradins en bois peut surprendre à une époque où le béton était déjà largement utilisé, et surtout dans un pays où la préférence pour les constructions en pierre est attestée de longue date.

Plusieurs éléments sont à prendre en compte pour expliquer ce choix et en premier lieu le confort. Les matchs de rugby se disputent le plus souvent l’hiver une saison où le mistral est fréquent et les stades mal orientés sont invivables (comme le parc des sports d’Avignon construit en 1975). En hiver à la Roseraie, le mur maçonné abritant les tribunes orientées au sud, le soleil bas frappe de face et vient agréablement réchauffer les spectateurs immobiles.

Les anciens stades comme St Ruf à Avignon, le stade Lombard à Cavaillon, et le stade de Villefranche qui était le stade précédent du RCC, tous construits vers 1922, avaient eux aussi des tribunes en bois, bien abritées, et étaient très agréables pour les spectateurs. Il faut dire que ces stades des années 1920 avaient été construits et financés par les clubs eux-mêmes, sur des terrains qui leur appartenait ou qu’ils louaient. N’ayant de comptes à rendre à personne ils les construisirent au mieux de leurs ressources et pour le confort de leurs spectateurs.

La Roseraie à Carpentras fut probablement le dernier stade vauclusien à être bâti selon les désirs du club résident. C’est ainsi par exemple qu’il est dépourvu de piste d’athlétisme et que les premiers rangs des spectateurs des tribunes ne sont qu’à 3 mètres de la pelouse. Cette proximité entre les spectateurs et le terrain fut d’ailleurs fréquemment source d’incidents, d’autant plus qu’il n’y eut jamais de grillage pour isoler les joueurs… et les arbitres. Une particularité qu’il partage avec d’autres stades « historique » comme le stade du Moulin à Lézignan par exemple.

Une utilisation très originale des gradins en bois de la Roseraie mérite d’être signalée. Les constructeurs ne l’avaient certainement pas prévue, mais elle avait fini par faire partie du « paysage sonore » du stade. Lorsque le RCC se rapprochait de la ligne adverse tous les spectateurs tapaient des pieds en se servant des gradins comme d’un tambour de guerre. C’était bien commode pour les juniors qui, leur match achevé, prenaient leur douche en dessous et étaient ainsi tenus au courant de l’évolution de la partie, et même du score car le vacarme redoublait lorsque Carpentras avait marqué un essai. Mais c’était certainement aussi très dangereux et en 1996 la mairie décida qu’à la longue cette utilisation ludique et tonitruante pouvait avoir quelques effets regrettables et qu’il fallait consolider les tribunes.

La rénovation de 1996

L’architecte parvint à conserver l’allure générale et les dimensions de l’ensemble, mais la nouvelle construction ne permettait pas de maintenir les vestiaires sous les tribunes. On en construisit donc de nouveaux en choisissant une architecture « néo-provençale » pour le moins surprenante.

La construction en 2013 d’un préau entre l’ancienne entrée et les tribunes permit au club d’organiser différentes manifestations (goûter pour les jeunes, petites cérémonies de récompenses, réceptions des autorités, etc.) et d’abriter les clients de la buvette. On y a posé en 2016 une plaque rappelant le monument aux morts qui avait été détruit plusieurs années plus tôt, alors qu’on tentait de le déplacer.

Les spectateurs

À partir de 1951 lorsque le RCC fut admis en première division, l’affluence était régulièrement de 1500 à 2000 spectateurs. Elle atteignait même les 3000 lors des derbys avec Cavaillon et surtout Avignon. Mais ce n’est pas lors d’un de ces derbys que le record fut établi. En 1955, la Roseraie fut désignée pour la finale de la coupe de France qui opposa le SOA à Marseille XIII. Des levées de terre avaient été ajoutées tout autour du stade pour accueillir des spectateurs debout et l’affluence dépassa 9 000 spectateurs. Il est certain qu’au vu des exigences actuelles en matière de sécurité aucun organisateur ne prendra plus le risque de rassembler une telle foule à la Roseraie et qu’en conséquence ce record ne sera jamais battu.

Le règne du RCC sur le stade de la Roseraie connut une éclipse notable lorsqu’en 1966 le Football Club conduit par un président ambitieux (qui était aussi premier adjoint au maire) recruta l’international français, héros de la Coupe du monde 1958, Roger Piantoni, alors âgé de 35 ans, comme capitaine-entraineur. Le RCC dut alors partager pendant deux saisons son terrain « historique » avec les footballeurs.

En Novembre 1966, Roger Piantoni organisa son jubilé à la Roseraie. Pour cet événement il avait rassemblé beaucoup de personnalités du football (anciens du championnat du monde de 1962 comme Just Fontaine et Raymond Kopa), du sport et du spectacle (Michel Jazy, Jean-Paul Belmondo) et la foule dépassa 5 000 spectateurs.

Depuis sa première montée en première division le RCC a connu une carrière fluctuante tantôt en première division tantôt en deuxième, mais depuis plus de trente ans le stade de la Roseraie n’a pas connu d’affluence supérieure à 1000 personnes.

Actuellement (2019), le RCC qui tient un rôle très convenable en Elite 2 peut compter sur une affluence moyenne d’environ 300 spectateurs.

Bibliographie

Rylance Mike, Le rugby interdit : l’histoire occultée du rugby à XIII en France, Limoux, Cano et Franck, 2006.

Le stade du Fort carré

Le stade du Fort carré

Le Fort carré : un édifice militaire

Le Fort Carré d’Antibes est d’abord connu comme une pièce du patrimoine militaire français. Construit au milieu du XVIe siècle sur la presqu’île Saint-Roch, à l’est de la ville, sur un rocher culminant à 26 mètres, il doit assurer une fonction de surveillance et de défense à proximité de la frontière avec le Comté de Nice incorporé aux États de Savoie. Il demeure jusqu’à la fin du XIXe siècle, un site militaire avec un casernement au pied de ses murailles. Le rattachement de Nice à la France en 1860 le rend cependant moins utile. Une fois défait de ses fonctions militaires, il est classé « monument historique » par décret du 7 novembre 1906.

Le Fort Carré accueille ensuite un centre régional d’Instruction physique. Après la Première Guerre mondiale la ville d’Antibes et le ministère de la Guerre y envisage la construction d’un stade. Des plans sont rapidement dressés le projet reconnu d’utilité publique par un décret du 24 février 1920 signé Théodore Steeg, ministre de l’Intérieur dans le gouvernement Millerand. La réalisation est confiée à un architecte local Edmond Copello.

L’inauguration du stade

La première manifestation d’ampleur se déroule lors de l’inauguration du stade par le président de la République Paul Deschanel, le 7 avril 1920, avec selon La France de Nice et du Sud-Est, une « démonstration de culture physique, « ballet gymnique », des « épreuves d’athlétisme » et un « match de basket-ball ». Il n’y en aura plus guère au cours de la décennie. Il est vrai que le stade demeure longtemps inachevé et sans grandes tribunes. L’inauguration est en effet précipitée afin de profiter de la présence sur la Côte d’Azur du président de la République, récemment élu au mois de février, et venu assister à la 42e fête fédérale de gymnastique organisée à Nice.

Un lieu de mémoire de la Grande Guerre

Dans le contexte d’après-guerre, le maire Baptistin Ardisson joue sur la corde patriotique en appelant dans son discours à « Régénérer la race ! augmenter par la même la vitalité de la France ». En outre, la municipalité dédie cette inauguration à la « commune-martyre » de Asfeld-la-Ville après avoir été sollicitée par son maire et 30% des recettes de la journée sont attribués à cette commune de 800 habitant ravagée par quatre années de combats sur le front de l’Aisne.

Le voile patriotique et mémoriel qui recouvre l’inauguration du stade trouve à se prolonger avec l’inauguration le 3 juillet 1927 de la statue d’un poilu qui surplombe le terrain au pied des murailles, juste devant le tombeau du général Championnet, commandant l’armée des Alpes pendant la campagne d’Italie en 1799-1800. Le monument rendant hommage aux victimes antiboises de la Grande guerre, dont les noms figurent sur une plaque, culmine sur un piédestal à 22 mètres de hauteur et présente la particularité de représenter le soldat l’arme au pied à sa gauche contrairement à l’usage, ce qui n’a pas manqué de susciter des interprétations allant même jusqu’à rendre cette anomalie responsable du suicide du sculpteur, Henri Bouchard, grand prix de Rome en 1901. Quoi qu’il en soit, cette statue de poilu, au pied d’un fort militaire, confère au stade du Fort Carré un aspect incomparable et une identité originale ancrée dans une mémoire patriotique.

Du sport militaire au sport de compétition

Le stade du Centre régional d’instruction physique dont la direction est assurée à la fois par un militaire et un civil est destiné à recevoir des stagiaires militaires ou de grands événements athlétiques selon les termes de la convention du 22 février 1919 établie entre le ministère de la Guerre et la ville d’Antibes. Il est également convenu que l’Antibes-Olympique, le club phare de la ville, fondé en 1919, pourra disposer des installations pour la pratique de l’athlétisme, du basket-ball et du football. Des travaux apparaissent rapidement nécessaires et ce d’autant plus que l’Olympique-Antibes participent au premier championnat de France de football professionnel au cours de la saison 1932-1933.

En 1938, le stade du Fort Carré accueille un match du second tour de la Coupe du monde de football en France. Le 12 juin, la Suède l’emporte 8 buts à 0 face à Cuba devant seulement 6 846 spectateurs.

Après ce match, le stade du Fort Carré n’accueille plus de grandes compétitions sportives. Le déclin de l’équipe de football local accentue encore son anonymat dans la géographie du sport hexagonal. Le stade n’est certes pas à l’abandon. Après avoir servi brièvement de site de regroupement aux réfugiés allemands et autrichiens internés au début de la guerre, il retrouve dès janvier 1941 sa fonction de formation avec l’installation par le régime de Vichy d’un collège national de moniteurs et d’athlètes.

Après la guerre, c’est à nouveau une structure militaire, l’école Militaire d’Escrime et de Sports de Combats (qui devient ensuite École d’entraînement physique militaire) qui l’occupe pour l’essentiel. Le ministère des Armées cède le terrain en novembre 1967 au ministère de la Jeunesse et des Sports et un premier « centre d’accueil » ouvre ses portes. Il devient ensuite un Centre Régional d’Éducation Physique et des Sports (CREPS) encore actuellement en activité.

Bibliographie

Mourlane Stéphane, « Du canon au ballon, le stade du Fort Carré d’Antibes », Rencontres autour du patrimoine sportif et de la mémoire du sport, Nice, Musée national du sport, 2015.

Le stade du Ray

Le stade du Ray

Pendant neuf décennies, le caractère tranquille et paisible du quartier Saint-Maurice dans le Nord de Nice été perturbé les jours ou soirs de match par une foule dense qui « montait » au Ray dans une ambiance souvent frénétique. Mais le « Ray » n’a pas toujours été le « Ray » : sans nom au départ si ce n’est « terrain de l’OGC Nice », il est bientôt baptisé « stade Saint-Maurice » mais aussi « stade municipal Léo Lagrange », son nom officiel.

De la difficulté de construire un stade dans les années vingt

Si la fondation du Gymnaste Club de Nice (GCN) en 1904 à La Pergola, avenue Carlone, s’avère un moment fondateur. Au début des années 1920, il n’existe pas de stade digne de ce nom : les footballeurs évoluent sur un « terrain » situé dans le quartier de la Californie (sur l’emplacement actuel du square Marcel Kirchner) mais selon les témoignages de l’époque il s’agit d’un véritable « champ de patates » sur lequel il est bien difficile de jouer. En juillet 1920, c’est au nord de la ville, au Parc Chambrun alors à l’abandon que se dessine l’éventualité de construire un stade. Sous la houlette du maire Honoré Sauvan, le Conseil municipal prend la décision d’y acquérir le terrain. Mais le projet n’aboutira pas faute de volonté ferme et peut-être de moyens. Face aux atermoiements, les dirigeants du Gymnaste Club de Nice réfléchissent à leur propre projet : en 1923 une demande de création d’un stade sur une surface de 68 hectares est déposée sur le bureau du ministère de la Guerre, André Maginot. Mais toujours sans résultat. Face à l’absence de solution, les dirigeants niçois parviennent à intéresser à leur cause Jules Schreter, richissime homme d’affaire installé sur la Côte d’Azur notamment propriétaire de quelques grands hôtels comme le Ruhl. Ce dernier se porte acquéreur d’un vaste terrain de 70 hectares dans le quartier de la Californie sur lequel il propose au Gymnaste Club de construire un stade. L’architecte niçois Pierre Rabagliatti dresse un premier devis s’élevant à 1,8 millions de francs, comportant un stade de forme ovale doté d’une piste cimentée et de tribunes destinées à accueillir 15 000 spectateurs. Mais, à la suite de dissensions avec l’équipe municipale et les dirigeants du GCN, Jules Schreter retire son projet. Avec Pierre Gautier, militaire intéressé par les questions sportives élu maire depuis 1922, la municipalité convoite un terrain appartenant à des héritiers du négociant en huiles et homme de biens Auguste Gal mort plusieurs décennies auparavant en 1883, situé à Saint-Maurice. L’architecte de la Ville dresse les plans d’aménagement en janvier 1924, mais, là encore, le projet n’aboutit pas immédiatement. Il faudra surmonter bien des vicissitudes, pour voir enfin la situation évoluer : le club obtient deux ans plus tard, en 1926, la gestion d’une parcelle des terrains d’Auguste Gal tandis que la mairie assure financièrement sa location.

La construction du stade

La construction d’un stade digne de ce nom capable d’accueillir 3500 personnes satisfait les Niçois amateurs de sport en ce milieu des années vingt. Situé en face d’une ancienne fonderie, le chantier de sa construction évolue assez rapidement : il faut une année environ et de nombreux ouvriers dont la plupart sont des immigrés italiens pour que l’ensemble soit livré lors de la saison 1926-27 qui correspond à une progression sportive : l’OGC Nice vient d’accéder à la division d’Honneur, plus haut échelon régional. Aux yeux de tous, le plus important consiste en l’érection d’une tribune en béton armé pouvant accueillir jusqu’à 300 spectateurs sous laquelle des vestiaires modernes équipés de douches et bureaux sont aménagés. La presse à l’unisson signale le caractère quelque peu insolite du lieu d’implantation du stade : jamais on n’aurait pu envisager qu’un grand stade puisse être construit dans cette partie nord de la ville encore peu peuplée. Pour se rendre dans ce bel écrin, les Niçois doivent utiliser la ligne 1 du tram, s’arrêter à la station « Saint-Maurice » et marcher environ 200 mètres. Un parc pour automobiles est ouvert en face du terrain.

L’inauguration du Stade que l’on nomme alors « Saint-Maurice » avant qu’il ne devienne plus tard « Léo Lagrange » après la Guerre puis progressivement « Ray » n’a pas provoqué une passion démesurée car le football en 1927 n’avait pas, loin s’en faut, autant d’importance et d’audience que de nos jours. Pourtant, avec ce nouvel équipement, l’OGC Nice entre déjà dans une nouvelle dimension. En effet, quelques années plus tard, le club, devenu l’un des meilleurs de la région, adopte un statut professionnel en 1932 et accède à la première division nationale.

Un lieu à la mode après la Seconde Guerre mondiale

En 1948, une seconde inauguration du stade du Ray fait l’événement au moment où, après avoir passé plusieurs années en deuxième division, l’OGCN accède à l’élite nationale. Une tribune couverte de 3 000 places est édifiée à l’est et devient la tribune d’honneur tandis que les gradins nord sont améliorés. A partir de cette date, les supporters affluent en masse avec plus de 10 000 spectateurs de moyenne qui annoncent de belles années pour l’OGC Nice qui sera quatre fois champion de France de football en 1951/52 ; 1952/53 ; 1955/56 et 1958/59 et vainqueur de deux coupes de France en 1951/52, saison du doublé et 1953/54. Le stade du Ray devient dès lors un endroit à la mode avec un record de spectateurs atteint 22 740 le 11 mai 1952 lorsque le « Gym » accueille le Racing Club de Paris. Dans ce contexte, la tribune ouest est reconstruite et des quarts de virage nord sont inaugurés. Le stade se modernise notamment avec l’arrivée de l’éclairage diffusé par d’impressionnants projecteurs qui balisent l’espace du quartier. Les rencontres peuvent désormais se dérouler en nocturne : ce sera chose faite le 7 août 1960 à l’occasion d’un tournoi du Centenaire du rattachement du Comté de Nice à la France : Nice vient à bout des Espagnols de Valence (1-0). Après une période de creux sur le plan sportif, le stade du Ray retrouve de la ferveur au cours des années soixante-dix. La tribune ouest perd sa partie en bois et devient entièrement bétonnée. Elle est même totalement reconstruite, couverte et redevenant la tribune d’honneur en juin 1980.

Le spectre de la destruction

Pourtant, au cours des années quatre-vingt, le stade devient obsolète. Un nouveau projet de complexe sportif avec un stade de football de 40 000 places est prévu au nord du stade Charles Ehrmann mais sa mise en œuvre tarde puis est abandonnée. Nice doit renoncer à accueillir des rencontres de la Coupe du monde 1998. Rester au « Ray » semble impossible pour « grandir » même si des rénovations sont encore entreprises au début des années deux mille. Et paradoxalement, plus le stade devient vétuste et plus les supporters y sont attachés se confortant à l’idée d’un antre qui inhibe les équipes adverses. C’est donc là que le « Gym » fête son centenaire en 2004. Mais l’arrivée concomitante de Christian Estrosi dans le fauteuil de maire de Nice en 2008 et de Jean-Pierre Rivère à la présidence du club en 2011, accélère l’inéluctable : un nouveau stade va enfin voir le jour et le Ray va disparaître.

Le 1er septembre 2013, ils sont plus d’une dizaine de milliers à se rassembler sur la place Masséna arborant les couleurs rouges et noire pour « monter » une dernière fois au « Ray » par les avenues Jean Médecin, Malausséna, Borriglione, la rue Puget et l’avenue Gorbella avant de rejoindre une dernière fois le stade dans une ambiance festive teintée de nostalgie. En effet, ce Nice-Montpellier (2-2) comptant pour la 4ème journée du championnat de France de Ligue 1 est bien le dernier match du « Gym » au stade du Ray.

Désormais située à Saint-Isidore, l’arène footballistique des Niçois a déserté les lieux où seules quelques traces comme ce morceau de guichet restent présentes. Dans le nouvel écrin Allianz Riviera, l’une des quatre tribunes, celles des supporters, se dénomme précisément « Ray », attestant de l’importance de la référence à l’arène disparue. Les sièges du Stade se sont vendus et quelques-uns d’entre eux ont fait leur entrée dans les collections du Musée National du Sport.

Bibliographie

Camous Thierry, C’était le Ray, une ville, un stade, Nice, Giletta, 2016.

Gache Pierre-Henri, Le sport à Nice dans l’entre-deux-guerres, Editions Alandis, Nice, 2001.

Hansen David, La naissance du football professionnel à Nice (1932-1950), mémoire de Master 2, Université de Nice, 2017.

Magnificat Pierre, Le football à Nice, dans l’entre-deux-guerres à travers l’Eclaireur de Nice, mémoire de maîtrise, Université Nice-Sophia Antipolis, 2003

Oreggia Michel, Les 100 ans de l’OGC Nice. Mémoire d’un club, Nice, Giletta, 2004.

Les calanques de Marseille

Les calanques de Marseille

Avec environ 3 400 voies répertoriées (2 400 sportives et 1 000 d’aventure), les Calanques sont aujourd’hui l’un des plus célèbres sites d’escalade en France et en Europe. Il s’agit d’un massif calcaire, une sorte de « petit massif alpin » selon l’alpiniste Edouard Frendo, qui s’étend sur plus de vingt kilomètres de côtes entre le village de La Madrague (quartier du sud-ouest de la ville de Marseille) et la commune de Cassis. Avant de devenir un « terrain d’aventure », les Calanques étaient des exploitées pour des activités agricoles et pastorales puis industrielles, à partir du XIXe siècle.

Premières escalades

C’est qu’à partir des années 1880 que les Calanques sont parcourues par des férus d’escalade. En 1879, le vice-consul anglais de Marseille Francis W. Mark, qui est l’un des membres fondateurs de la section provençale du Club alpin français en 1874, est le premier à gravir, seul, la Grande Candelle, sommet qui culmine à 454 mètres d’altitude. Il faut cependant attendre le début du XXe siècle pour que la pratique de l’escalade se développe véritablement notamment grâce aux membres de la Société des excursionnistes marseillais fondée en janvier 1897. Ces petits notables marseillais organisent « chaque quinzaine, au moins, une excursion utile et agréable dirigée par des guides sûrs » afin de se tenir « loin de l’air pernicieux des cafés » (Bulletin de 1898). Randonneurs, ils pratiquent aussi l’escalade. À Marseille, des clubs plus spécialisés emboitent le pas : en 1900 est fondé le Rocher Club de Provence, puis en 1905, le Climber’s club.

Maurice Bourgogne, secrétaire général de la section de Provence du Club alpin français évoque alors « aux portes de Marseille, dans les rochers de nos chaînes côtières, un terrain à souhait pour le sport de l’escalade ; j’entends parler de la vraie et sérieuse escalade, de cette lutte corps à corps où tous les muscles se tendent tous les ressorts de l’être : rude et passionnante école d’énergie, de réaction contre l’aveulissement des villes ». (Annuaire du Club alpin français, 1902).

Ouvertures de voies et progrès techniques

À partir des années 1920, de nombreuses voies sont ouvertes présentant des niveaux de difficulté croissant. En avril 1927, « l’Arête de Marseille » sur la Grande Candelle est déjà considérée comme l’une des plus belles. Dans les années 1930, des grimpeurs de mieux en mieux formés, notamment au sein du Groupe de Haute Montagne fondé en 1919, recourent aux pitons pour leurs ascensions. Edouard Frendo, né à Sfax en Tunisie mais ayant grandi à Marseille est l’un de ceux qui développe cette technique du pitonnage qui permet l’essor de l’escalade artificielle et l’accès à des voies toujours plus difficiles. Georges Livanos, né au sein de l’importante communauté grecque à Marseille, ouvre ainsi ouvre quelque 500 voies dans les Calanques. « Le Grec » grimpe avec un autre Marseillais appelé à une grande renommée. Georges Rébuffat parcourt les Calanques dès son plus jeune âge au sein notamment de l’œuvre Joseph Allemand, le plus ancien patronage marseillais. S’il s’envole dès ces 20 ans vers d’autres sommets, il ne cesse toutefois d’y revenir et de contribuer à la promotion du site au travers de livres ou de films. À partir des années 1960, les Calanques acquièrent une grande notoriété et leurs accès est favorisé par la publication de topo-guides. En 1972, la section provençale du Club alpin français note que les Calanques sont « envahies » par des « étrangers, « aux nombreux grimpeurs venant de toute la France s’ajoutent les Allemands et les Suisses qui sont particulièrement fidèles, mais il est maintenant de plus en plus fréquent de rencontrer des grimpeurs anglais, italiens et même japonais ».

L’escalade libre

Ce sont des grimpeurs américains, rompus aux parois granitiques du Parc Yosemite, en Californie, qui font souffler un vent nouveau sur les Calanques dans ces années 1960. Participant d’un esprit « libériste » très en vogue à ce moment dans les sports de pleine nature, ils remettent en cause l’escalade artificielle, dénoncée pour ses conséquences sur la dégradation du rocher par la répétition du pitonnage et comme dénaturant l’esprit originelle des ascensions.

L’« éperon des Américains » dans la Calanque d’En Vau ouverte en 1963 par John Harlin, Gary Hemming (« le beatnik des cimes ») et Royal Robbins est l’une des voies symboliques de cette époque de l’escalade libre triomphante.

Plus tard, le grimpeur Patrick Edlinger et en particulier son film « La Vie au bout des doigts » (1982) suscite un véritable engouement pour la pratique. Edlinger aime à venir grimper dans les Calanques. Son effroyable chute, en 1995, à laquelle il réchappe miraculeusement, vient rappeler que l’escalade n’y est pas sans danger. Certaines voies demeurent l’apanage des professionnels les plus aguerris. Il n’en reste pas moins que la fréquentation des calanques de ne cesse d’augmenter. De très nombreuses voies sont équipées d’ancrages permanents fixés sur le rocher financés par les clubs et collectivités locales.

Un environnement à préserver

Les grimpeurs sont très tôt sensibilisés à la nécessité de préserver ce site magnifique. Pour Georges Livanos, « l’originalité des Calanques c’est la mer, voisine inhabituelle du grimpeur, et quand cette mer s’appelle la Méditerranée, le paysage ne peut être fait que de lumières et de ton violents à la Van Gogh. Bleu profond de la mer, marbres blancs des parois, tâches vertes de mobiles des pins, éclatantes de couleurs qui palpitent sous les torrents lumineux du soleil du Midi » Et d’ajouter « Du reste, il vaut mieux que je n’évoque pas les Calanques de façon trop attirante, je contribuerai moins à leur envahissement par les foules dont la virtuosité destructrice n’est battue, et d’une courte tête, que par les bulldozers » (Au-delà de la verticale, 1958).

Déjà en 1910, les excursionnistes, les membres du Club alpin français participent à une manifestation pour s’opposer à l’extension du front de taille de la carrière à Port Mioux. Dans les années 1960, Paul Rouaix, président des excursionnistes marseillais, prend la tête du comité pour la défense des sites naturels.

La création du parc national des Calanques en 2012 constitue un aboutissement non seulement en empêchant d’éventuelles implantations industrielles et immobilières, mais aussi en encadrant les pratiques de loisirs toujours plus nombreuses. Il est désormais interdit d’équiper de nouvelles voies d’escalade tandis des mesures de protection de la faune et flore réglementent la pratique. Les Calanques demeurent ainsi ce « terrain de jeu » cher à Gaston Rébuffat qui y a trouvé « la Terre, la Mer et le Ciel. » (Les Calanques, 1949).

Bibliographie

Attard-Maraninchi Marie-Françoise, « L’alpinisme, facteur de cohésion sociale des Excursionnistes marseillais. Étude d’un paradoxe », in Hoibian Olivier, Defrance Jacques (dir.), Deux siècles d’alpinismes européens, Paris, L’Harmattan, 2002, p. 23-42.

Attard-Maraninchi Marie-Françoise, « Les photographies des Excursionnistes marseillais, témoignage d’une « conquête » de la Provence (1897-1914) », [texte intégral : http://www.imageson.org/document715.html].

Ballu Yves, Gaston Rébuffat : la montagne pour amie, Paris, Hoëbeke, 2011

Chabrol Jean-Paul, « Une brève histoire de l’escalade dans les Bouches-du-Rhône » [texte intégral :  https://www.academia.edu/17780580/Une_brève_histoire_de_lescalade_dans_les_Bouches-du-Rhône].

Chabrol Jean-Paul, « Historique premières en escalade dans les Calanques », [texte intégral : https://www.academia.edu/9521522/Historique_des_premières_en_escalade_dans_les_Calanques ].

Daumalin Xavier, Laffont-Schwob (dir.), Les Calanques industrielles de Marseille et leurs pollutions. Une histoire au présent, Aix-en-Provence, Ref.2e éditions, 2016.

Livanos Georges, Au-delà de la verticale, Paris, Arthaud, 1958.

Rébuffat Georges, Ollive Gabriel M., Calanques, Paris, Arthaud, 1949.

Vaucher Bernard, Des rochers et des hommes. Cent vingt ans d’escalade dans les Calanques, Edition de l’Envol, 2001.

Les tremplins de Beuil

Les tremplins de Beuil

Au début du XXe siècle, grâce à l’amélioration des routes d’accès par le Conseil Général des Alpes-Maritimes, mais aussi à l’action du Chevalier de Cessole, initiateur des loisirs alpins, la station de Beuil voit le jour.

Profitant de la diffusion de la mode du ski, Beuil attire une poignée de skieurs et d’alpinistes, avant un public plus large d’hivernants. Ces derniers profitent d’installations hôtelières et des montagnes environnantes.

Beuil en plein développement

Depuis 1909, date de la création du Ski-Club du département, la structuration des clubs sportifs se confirme et s’amplifie, notamment le Club des sports d’Hiver de Beuil et le Groupe Alpin de Cannes.

Le Ski Club des Alpes Maritimes organise le 28 mars 1910, la première épreuve internationale aux Launes. Jusqu’en 1914, des compétitions de ski de fond, de piste ou de saut à ski sont organisées sur ce site dont la réputation ne cesse de grandir. Face aux « sportsmen » français, des concurrents allemands et suisses participent aux épreuves de style et de saut, devant une foule enthousiaste. La Grande Guerre vient porter un coup d’arrêt à cette première vague touristique hivernale et à l’engouement suscité par ces compétitions. Elles ne reprendront qu’à l’hiver 1921 et surtout en 1923, où près de 1500 personnes assistent aux performances de 60 sauteurs.

La création de la Fédération de Ski du Sud-Est, en même temps que le Club des Sports d’hiver de Beuil, consacre l’institutionnalisation de la pratique du ski dès 1924.

La station de Beuil acquiert une renommée auprès de la clientèle fortunée, qui se divertit au pied du nouveau tremplin de Beuil La Condamine. En effet, inauguré le 9 mars 1930, ce tremplin dont l’initiative revient au Capitaine Pourchier devient le lieu de confrontation entre chasseurs alpins, skieurs du Ski-Club et du Club Alpin. Dans le sillage de Pourchier, il convient de mettre en lumière l’expertise du champion de ski norvégien Petersen devenu directeur de la station de Beuil et qui concourt au développement de la station.

En effet, grâce à ces figures du ski, des concours de saut sont d’abord organisés sur le tremplin de la Condamine et voient s’affronter le champion français Martial Payot aux Norvégiens, Olé Bohn et Emil Petersen. Ces sauteurs sont capables de réaliser des sauts de 50 mètres.

Ce tremplin illustre la politique d’aménagement voulue par la Commission départementale des Sports d’hiver qui encourage les investissements nécessaires au développement de la station.

Au centre des mondanités

La station profite aussi des efforts consentis par les élus et des professionnels qui croient beaucoup à la mode du ski et au concept des séjours, associant sports mondains et sports d’hiver. Parmi ces professionnels, il convient de mettre en lumière M. Bopp, directeur de l’Hôtel du Mont Mounier. Inauguré en 1932, l’Hôtel du Grand Mounier, situé à Beuil les Launes, est un palace moderne au style « néo-montagnard », réservé à une clientèle sportive et fortunée, pour des activités originales, surtout sportives. Le directeur Bopp dote en effet la station de traineaux venant de Saint-Moritz, mais surtout, contribue à l’aménagement de la première piste de bobsleigh, et la création d’un remonte-pente, notamment pour les sauteurs. Au-delà de cet engagement, il réalise l’union de plusieurs hôtels de Beuil au sein d’une même société, avec pour ambition de promouvoir le sport en hiver et de concurrencer les grandes stations alpines (Davos, Megève, Saint-Moritz).

Dépassée par l’affluence record de spectateurs lors des épreuves de sauts, et contrainte de poursuivre les investissements, la commune de Beuil se tourne en 1935 vers l’architecte André Jacob pour construire et financer un nouveau. Après de multiples réévaluations, un investissement conséquent marque l’attachement de tous les acteurs publics et privés pour cet équipement, construit par la société Destragiache.

Une référence en saut à ski

Le tremplin devenu « olympique » reçoit l’aval de la Fédération française de ski, qui apprécie la tribune pour le jury, le tremplin d’entrainement et le remonte-pente pour les skieurs. De son côté, le directeur Bopp fait du nouveau tremplin un véritable outil de communication sur ses plaquettes promotionnelles.

Le 21 février 1937 marque donc la naissance d’un équipement olympique taillé pour être l’un des deux seuls tremplins du sud de la France. L’évènement est retentissant, l’évêque de Nice, Mgr Rémond se déplace spécialement pour bénir le tremplin et assiste aux performances du champion norvégien Kaarby qui l’inaugure à sa manière avec un saut à 53 m devançant un champion local, Félicien Ciotti, qui réalise un saut à 37 m.

Sans surprise, le tremplin est choisi en 1938 pour les 27e Championnat de France, au cours desquels s’illustrent les sauteurs autrichiens et norvégiens. Le meilleur saut aura été celui de Kauffmann avec 52 mètres, sans pour autant battre le record établi l’année précédente par Rolf Kaarby avec 56 mètres.

Le dernier record réalisé sur ce tremplin remonte à 1996 lorsque le skieur français Didier Mollard effectue un saut de 92 mètres, gagnant la dernière compétition organisée sur ce site.

 

Bibliographie

Derai Jean-Paul, « Les tremplins de Beuil », Rencontres autour du patrimoine sportif et de la mémoire du sport, Nice, Musée national du sport, 2015.
URL : https://www.museedusport.fr/sites/default/files/Les%20tremplins%20de%20beuil_Jean%20Paul%20DERAI.pdf

Lombard Jean-Pierre, L’Histoire du Ski dans les Alpes Maritimes de 1909 à 1939, Nice, Gilletta Éditions, 1985.

Le parc Borély

Le parc Borély

Le parc Borély est connu pour son jardin botanique, sa proximité avec la mer ou encore ses grands espaces pouvant accueillir de nombreux passants profitant des beaux jours pour arpenter le parc qui s’étend sur 18 hectares. Poumon vert de Marseille, le parc est également un haut lieu du sport dans la ville depuis son origine dans les années 1860.

De la première course hippique au premier Tour de France

Le 4 novembre 1860, quelques temps après le rachat par la municipalité du château Borély et de son domaine, est inauguré l’hippodrome Borély qui accueille sa première course hippique en présence de 20 000 personnes. Cette réussite est rendue possible par la municipalité qui accorde un bail emphytéotique à la Société des Courses dont les membres sont issus de la bourgeoisie industrielle et financière de la ville et du club très élitiste et influent du Cercle des Phocéens. Le Cercle est l’un des principaux acteurs de l’introduction à Marseille du turf, très en vogue, en organisant les premières grandes courses de chevaux dans une propriété privée de La Barnière dans le quartier Saint-Loup, le 24 juin 1860.

Sur l’hippodrome de Borély, l’engouement populaire est immédiat pour les activités hippiques et rapidement des tribunes sont installée​s côté nord. Très finement ornées en dentelles, elles peuvent accueillir jusqu’à 6000 spectateurs qui s’habillent alors aux couleurs de leurs jockeys favoris. L’hippodrome est alors le théâtre de grandes scènes de liesses populaires pour assister aux courses de trot, de galop, aux sauts d’obstacles ou encore le saut de haies pour lesquelles les paris sportifs mutualisés sont ouverts.

Le parc Borély se prête alors idéalement à la pratique sportive. Très tôt, les vélocipédistes prennent d’assaut le parc poussant la municipalité à y restreindre leurs déplacements les dimanches et jours fériés à partir de 14h (1869). Les allées du parc sont alors un formidable terrain de loisirs qui se transforme en vaste terrain de sport lors de grandes occasions comme en 1903 où s’y déroule la 29e édition de la fête fédérale de gymnastique organisée par l’Union des Sociétés de Gymnastiques de France (USGF), puissante organisation créée en 1873 dans un but hygiéniste et patriotique comme l’indique sa devise : « Patrie, courage, moralité ». Dès 1873, l’USGF organise annuellement une fête fédérale destinée à entretenir les corps et l’esprit de « Revanche ». Ce rendez-vous attire de nombreux spectateurs venus de toutes les régions et des pays voisins pour assister et participer aux démonstrations de gymnastique (anneaux, barre fixe, mouvements d’ensemble entre autres). En cette même année 1903, la première édition du Tour de France est organisée par le quotidien sportif L’Auto ; Marseille est une ville étape. À cette occasion, le cyclisme est à l’honneur dans la ville et des compétitions amateurs sont organisées dans le parc en attendant l’arrivée des coureurs qui franchissent la ligne à Saint-Antoine avant de se rendre au parc Borély pour un tour d’honneur afin de saluer les milliers de personnes venues les accueillir (8 juillet 1903).

La diversification des activités : le théâtre des sports mécaniques

Les premières éditions du Tour de France transiteront ensuite régulièrement par Marseille et le parc Borély qui devient un lieu sportif incontournable de Marseille en ce début de XXe siècle. Outre les courses hippiques, la gymnastique et le cyclisme, d’autres activités se saisissent des lieux. Le parc Borély accueille, en octobre 1903, le premier marathon de Marseille qui voit Louis Pautex l’emporter. Des courses de cross-country y sont aussi organisées ; Jean Bouin s’y fait remarquer avant de remporter des titres et records nationaux et internationaux.

Ces courses attirent les foules tout comme les meetings d’aviation, en plein essor au début du siècle grâce notamment au marseillais Henri Fabre, pionnier de l’aviation. Ce dernier réussit le premier vol autonome en hydravion sur l’Étang de Berre quelques temps avant la première quinzaine de l’aviation au parc Borély à l’été 1910. Lors de ce meeting, ce sont les pionniers de l’aviation tels Jeanne Herveux, Émile Aubrun ou encore Jules Fischer qui démontrent toutes leurs qualités de pilotage malgré un mistral qui perturbe le spectacle des dizaines de milliers de spectateurs venus assister au spectacle au parc Borély, où une piste d’aviation et des hangars ont été aménagés pour l’occasion. Le 31 juillet, lors de la journée de clôture, Jules Fischer réussit à survoler la ville de Marseille pour la première fois à bord de son biplan Farman. L’année suivante, une nouvelle Semaine de l’aviation a lieu au parc Borély, en octobre dont les bénéfices serviront à soutenir les familles des victimes de l’explosion du cuirassé Liberté dans la rade de Toulon (25 septembre 1911). Les têtes d’affiches de cet évènement ne sont autres que les célèbres aviateurs Roland Garros, Edmond Audemars et Jules Védrines. Quelques années plus tard, en juin 1922, la fête fédérale de gymnastique revient au parc Borély. À cette occasion est rendu un hommage à Jean Bouin tombé au champ d’honneur lors de la Première Guerre mondiale.

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les sports mécaniques investissent le parc Borély qui accueille des courses automobiles et de motocyclettes. Le parc devient un circuit à l’occasion de la 3e édition du Grand Prix international de Marseille en 1949. Le circuit porte alors le nom de Jean-Pierre Wimille, décédé la même année lors d’un tour d’essai à Buenos Aires. La course met aux prises Juan Manuel Fangio, Maurice Trintignant et le local de l’étape, le marseillais Robert Manzon. L’année suivante, c’est Luigi Villoresi qui l’emporte devant Alberto Ascari et Fangio. Hélas pour les amateurs d’automobiles marseillais, la 6e édition du Grand Prix est la dernière. C’est Ascari qui remporte la course au volant de sa Ferrari 500 après être venu à bout des 134 tours de circuit parcourus en 3 heures et à la vitesse moyenne de 118,7 km/h. Le circuit du parc Borély accueille ensuite entre 1952 et 1955, la Coupe René-Laroque réservée aux véhicules de série puis de Grand tourisme.

Un parc entre sport et loisirs

Les allées du parc sont arpentées par de nombreux Marseillais qui s’adonnent à leur loisir sportif favori. Parmi ces loisirs, les jeux de boules tiennent une place de choix à Marseille. Le quotidien Le Petit Provençal organise un concours de jeu provençal au parc Borély à partir de 1908. Ce concours existe encore sous le patronage de l’ASPTT Marseille et déroule toujours à Borély. Pour la pétanque, née d’une adaptation de son ancêtre le jeu provençal, le parc Borély reste un haut-lieu du Mondial La Marseillaise à pétanque. Toutefois les finales se tiennent par intermittence au parc Borély, aux plages du Prado, au Vieux-Port ou bien, plus récemment, sur le parvis du Mucem.

Au-delà des pratiques sportives encadrées qui se développent encore au parc Borély au XXIe siècle, avec l’inauguration d’un terrain de golf au cœur du champ de course en 2004, ce sont des pratiques plus libres et individualisées, hors clubs, qui prennent de l’importance dans le parc à partir des années 1970. On vient y faire son jogging, ce nouveau mode de course à pied hors des stades en provenance des États-Unis qui devient l’une des activités sportives préférées des Français. Celles-ci sont non seulement plus libres, mais aussi plus hédonistes, ludiques, en harmonie avec l’environnement. Les sports de glisse suscitent ainsi un engouement dont le parc Borély est témoin : adeptes du skateboard et du roller en font leur aire de jeu.

Le parc Borély est à Marseille, du XIXe à nos jours, l’un des lieux privilégiés d’observation des mutations des cultures sportives.

 

Bibliographie

« Le Sport », Revue Marseille, n° 208, mai 2005.

Marseille, ville sportive. Histoires des lieux et des hommes, Marseille, Les Éditions du Comité du Vieux-Marseille, 2017.

Louche Maurice, Les Grands Prix de Provence et de Marseille, Alleins, Éditions Maurice Louche, 168 pages.

Rambaud René, Marseille, la passion du sport, Marseille, Éditions Méditerranéennes du Prado, coll. « Une ville, un patrimoine », 1993.

Le sentier Blanc-Martel

Le sentier Blanc-Martel

Lieu majeur de la randonnée pédestre des Gorges du Verdon dans le département du Var, le sentier Blanc-Martel relève à la fois du site naturel et du patrimoine sportif aménagé. En effet, contrairement à la plupart des sentiers qui reprennent les tracés utilisés depuis des siècles par les bergers, soldats, pèlerins, colporteurs et voyageurs en tous genres, le fond des gorges du Verdon n’était pas un lieu de passage avant son aménagement par le Touring club de France (TCF) en 1929.

Un sentier à créer

Pour permettre de rallier le Point sublime en longeant le Verdon depuis le sentier descendant du chalet de la Maline, il faut aujourd’hui emprunter de nombreux équipements aménagés dont les plus connus sont les escaliers permettant de descendre de la brèche Imbert (252 marches) et le tunnel de Trescaïre (110 mètres de long). Les premiers ont été bâtis grâce au TCF, le second a été réalisé au cours d’un chantier visant à dériver les eaux du Verdon.

Jusqu’à la fin du XIXe siècle, la voie de circulation principale était le chemin entre Moustiers et Castellane, désigné sous le terme de voie romaine et qu’emprunte encore aujourd’hui en grande partie le GR 4. Il passe à proximité de Châteauneuf mais nettement au nord de Rougon et La Palud.

La construction de la route, passant cette fois par Rougon et La Palud, a permis un développement modeste du tourisme mais les voyageurs se cantonnaient aux hauteurs et ne descendaient pas en contrebas. À cette époque, ce sont les projets d’exploitation hydraulique qui suscitent le plus d’intérêt dans la région. Les premiers travaux devant déboucher sur la construction d’un barrage à l’entrée des gorges ont débuté en 1890. Les tunnels empruntés par l’actuel sentier ont été creusés à cette époque. Le premier aménagement du fond des gorges a été fait pour permettre une dérivation des eaux et non pour la randonnée.

Premières explorations

Il a fallu attendre 1905 et l’expédition menée par Alfred-Edouard Martel et guidée par Isidore Blanc pour que la traversée complète des gorges soit effectuée. Spéléologue expert, membre de nombreux organismes scientifiques et sportifs, Martel avait été mandaté par le ministère de l’Agriculture pour étudier les eaux de la source de Fontaine l’Évêque.

Après avoir étudié les avens des plateaux proches de la source, il décida d’explorer les gorges. Il a pour cela bénéficié de l’aide des villageois, notamment de l’instituteur de Rougon, Isidore Blanc, recruté comme porteur sur les conseils d’Armand Janet, l’un des compagnons de Martel.

Cette traversée s’est révélée être davantage une expédition, alternant navigation et marche, qu’une randonnée sportive. Il a fallu 4 jours pour parvenir à la sortie des Gorges après de nombreuses péripéties.

Martel a publié le compte-rendu de sa première expédition dans diverses revues. Si ces articles n’ont pas attiré des foules de nouveaux explorateurs, ils ont néanmoins suscité l’attention du Touring club de France, association fondée en 1890 dans le but de promouvoir le tourisme « au grand air ».

Premiers aménagements

En 1906, le TCF a débloqué 3000 francs pour aménager un sentier permettant l’accès au fond des Gorges. Il partait du hameau de Maireste pour rejoindre la rivière. En septembre 1908, la Revue mensuelle du TCF mentionne qu’une passerelle est actuellement en construction au bas du sentier de « Mayreste ». Elle permettra de traverser la rivière et d’ « accéder à une piste qui la remonte (rive gauche) sur 4 kilomètres ». L’auteur de l’article se désole à propos des Gorges en trouvant qu’il est « fâcheux qu’on ne puisse les suivre aisément dans toute leur longueur et que les sentiers aboutissant à l’entrée et à la sortie du canon principal ne soient pas raccordés l’un à l’autre ». À partir de cette date, l’accès au fond des gorges est possible et recommandé par le Guide bleu.

L’exploit de Martel et Blanc n’a cependant pas été renouvelé avant 1922. Cette année-là, Louis Henseling, directeur de la Bibliothèque municipale de Toulon, descend l’intégralité des Gorges guidé par Isidore Blanc et accompagné des porteurs de l’expédition de 1905. Il y retourne ensuite tous les étés jusqu’en 1937, avec des membres des Excursionnistes toulonnais ou du Touring club de France.

L’exploration des gorges a suivi la tendance générale : la tenue des randonneurs est devenue plus légère et plus confortable. Les excursionnistes ont de moins en moins fait appel à des porteurs, chaque marcheur portant son équipement sur son dos. Le trajet pouvait donc être parcouru plus rapidement.

Un sentier au fond des gorges

Ce regain d’intérêt et d’activité a provoqué un nouvel élan des dirigeants du TCF qui se sont de nouveau penchés sur l’aménagement du Grand Canyon du Verdon en 1928. Après une conférence de Martel en janvier, plusieurs dirigeants partent explorer les gorges au mois de mai. Tous ces événements ont été médiatisés : article dans L’Illustration en 1928, réalisation d’un film la même année et, bien sûr, publications de reportages dans la revue mensuelle du TCF.

Après une première phase de communication, l’aménagement véritable a pu démarrer l’année suivante. La Palud ayant succédé à Rougon comme base des expéditions, il a fallu tout d’abord relier le village à La Maline, puis entreprendre les gros travaux. C’est en 1929 qu’ont été construits les escaliers permettant de franchir la brèche et que les tunnels ont été consolidés. L’inauguration eut lieu un an plus tard, le 27 juin 1930. À cette date, le sentier existe mais ne porte pas encore le nom de Martel.

Une faible fréquentation jusqu’aux années 1970

La longueur du trajet entre les deux villages pouvait toutefois sembler décourageante et le président du TCF a alors envisagé de transformer la ferme Petapardy en gîte d’étape, afin de le scinder en deux étapes. C’est l’actuel Chalet de la Maline, inauguré le 26 juillet 1936.

Les visiteurs ont été peu nombreux dans les années suivantes, la faute à un parcours encore difficile (huit heures entre les deux villages) et à des conditions de séjour spartiates : infrastructures hôtelières inexistantes, absence d’eau potable (hors fontaines publiques) et d’électricité dans des villages touchés durement par l’exode rural.

Après la construction du barrage de Castillon en 1948, le TCF a même déconseillé d’emprunter le fond des gorges à cause des lâchers d’eau qui pouvaient s’avérer dangereux. Avant cela, les crues soudaines de la rivière avaient déjà causé de graves accidents : l’abbé Pascal est mort emporté par l’une d’elles en septembre 1928, au niveau de la Mescla, lieu où les eaux de l’Artuby rencontrent celles du Verdon. Il a fallu attendre la construction d’un autre barrage, celui de Sainte-Croix en 1973, pour voir cesser ce risque. La fréquentation des gorges du Verdon s’est alors accélérée. Le lac nouvellement créé a attiré les touristes, dont la venue était facilitée par le développement de l’automobile ainsi que celui du tourisme de masse, notamment dans le sud-est de la France.

Un lieu majeur du sport en Provence

Aujourd’hui le sentier Blanc-Martel est un itinéraire classique de la randonnée pédestre. En l’empruntant, on suit le balisage rouge et blanc du GR 4, sentier de grande randonnée reliant Grasse à Royan. Ses équipements ont été rénovés récemment (2011 et 2013) pour faire face à l’afflux de visiteurs. L’ensemble des Gorges, classé Grand site de France depuis 1990, attire désormais plus de 800 000 visiteurs par an. D’autres sentiers permettent aujourd’hui de visiter le fond des gorges : sentiers des Pêcheurs et surtout, sentier de l’Imbut-Vidal, plus en aval tous les deux.

Comme dans beaucoup d’autres régions, les marcheurs cohabitent maintenant avec de nouveaux usagers. Le sentier se prête à des pratiques plus rapides comme le trail et la rivière à des sports aquatiques comme le rafting et l’hyrdrospeed. Les vallons alentour sont parcourus par des amateurs de canyoning. L’escalade quant à elle est pratiquée sur les falaises depuis de nombreuses années. Le Parc naturel régional du Verdon et la Ligue de protection des oiseaux sensibilisent toutefois les grimpeurs à la présence des vautours et surtout de leurs nids.

Le stade Mayol

Le stade Mayol

Atypique car située en plein centre-ville de Toulon à l’extrémité est de son port, l’une des enceintes sportives les plus célèbres de France, porte le nom d’un chanteur : Félix Mayol.

Un mécène nommé Félix Mayol

Popularisé par son incroyable houppe et le brin de muguet qui devient son emblème, cet artiste bonhomme, né à Toulon en 1872, a connu un grand succès jusqu’à sa disparition en 1941. En 1902, son fameux Viens poupoule le propulse définitivement en haut de l’affiche. Très attaché à sa ville natale, Félix Mayol est un fervent admirateur de pratique sportive appréciant tout particulièrement les parties de rugby et de football. Entre 1919 et 1920, face à un besoin urgent en infrastructures, il se fait mécène et s’engage à financer la construction d’un stade à hauteur de 60 000 francs or sur un terrain qu’il acquiert et où se trouvait un vélodrome désaffecté. Le Rugby Club Toulonnais (RCT) né en 1908 peut alors se développer. Il n’aura de cesse de se montrer reconnaissant à l’égard de son bienfaiteur : ainsi le muguet porte bonheur devient logiquement l’emblème du club.

Inauguration et vicissitudes

Aux côtés du maire socialiste Emile Claude, Félix Mayol prend part à l’inauguration de l’enceinte qui porte son nom le 28 mars 1920. A cette occasion, le public, venu très nombreux assiste à partir de 12 h à un match de football entre le onze du RCT et celui du Stade Raphaëlois suivi d’une rencontre de rugby entre le RCT et le Toulouse Olympique Employé Club. Entre les deux, une course à handicap de 1500 mètres permet au public de patienter. A la mi-temps du match de football, Félix Mayol fait son entrée dans le stade sous les acclamations de la foule. Fidèle à son image, le toupet relevé et le costume bien ajusté, il prend place dans la tribune d’honneur. Le docteur Busquet, président du RCT prononce un vibrant discours à sa gloire avant que Mayol ne prenne la parole : « mes chansons s’envolent mais je suis certain que mon stade servira à faire une forte et belle jeunesse ».

Mais dès 1921, le stade aurait pu être détruit si le projet de construction d’un nouveau vélodrome présenté devant le Conseil municipal avait pu voir le jour. En outre, la Chambre de Commerce et d’Industrie du Var convoitait aussi ces terrains pour y établir des voies ferrées reliant la gare PLM et le port de commerce. Finalement, malgré ces rapides vicissitudes, le stade restera en place (un grand parc omnisport sera construit en 1936 en périphérie, à Font-Pré). Avec cette infrastructure importante, alors que le football se fixera plutôt à l’ouest de la ville en direction de Marseille dans l’autre stade « Bon Rencontre », le rugby qui a vivoté durant sa première décennie d’existence va pouvoir se développer dans ce grand port militaire. D’autant que Mayol se situe au cœur de Besagne, quartier populaire et à deux pas du Cours Lafayette et des cafés du port où joueurs de rugby et supporters se côtoient au quotidien. Dans les années 1940, le joueur Marcel Bodrero invente la tradition du « Pilou Pilou ». Avant chaque match à Mayol, l’échange d’un cri de guerre entre le speaker et les supporters est repris par tout le stade : il deviendra l’hymne du club.

Dégradations et reconstructions

Durant la Seconde Guerre mondiale, en novembre 1943, Toulon, placée au centre des attentions militaires, est bombardée. Et le stade Mayol fortement détérioré comme tout le centre-ville trop proche de l’arsenal pour être épargné. Plus de 50 trous de bombes sont constatés sur la pelouse. Il faudra rénover le stade : le RCT s’y attèle tant bien que mal en 1947 avec la construction de la tribune (devenue « présidentielle ») Jules Lafontan ancien pilier des « rouges et noirs », abattu par les Allemands lors de la libération de Toulon en 1944. Il faudra toutefois attendre le milieu des années soixante pour que la ville de Toulon devienne propriétaire de « Mayol » et entreprenne, avec davantage de moyens financiers, une modernisation du bâtiment avec la construction d’une nouvelle tribune nommé Michel Bonnus du nom d’un emblématique arrière, capitaine du RCT au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Mais c’est en 1983 que la mue du stade est la plus spectaculaire : « Mayol 83 » a désormais la forme qu’on lui connaît aujourd’hui. A cette époque, alors que le RCT présidé par Jacques Messac poursuit activement sa reconstruction qui aboutira quelques années plus tard à la conquête du titre de champion de France en 1987, c’est le football qui a le vent en poupe. Le Sporting Club de Toulon (SCT) vient d’être promu en de Première division nationale pour la saison 1983-84. Le jour de l’inauguration, le 8 novembre 1983, c’est le football qui est au programme avec un match de gala opposant Toulon au Borussia Mönchengladbach.

Football et rugby : quelle cohabitation ?

Cette arrivée parmi l’élite du SCT sous la présidence d’Angelo Bonadeï nécessite son déménagement de Bon Rencontre, jugé trop vétuste, vers Mayol dont la capacité est d’environ 22 000 places. Ainsi, la rascasse (symbole du SCT) et le muguet se voient contraints de faire bon ménage sous l’arbitrage du maire Maurice Arreckx. Difficile en effet de concilier les deux calendriers et deux clubs de très haut niveau dans une même enceinte. En 1988, le projet de construire un autre stade de 30 000 places à Six fours a été envisagé mais sans suite. Entre efforts et conflits larvés, la situation n’est pas simple. Pour preuve, lors de saison 1989-1990, Roland Courbis entraineur du SCT a œuvré pour un retour des footballeurs à Bon Rencontre soucieux d’évoluer dans un stade uniquement dédié au football. Ce retour sera éphémère. En outre, les évolutions sportives vont mettre fin à ce problème de richesses. Les mauvais résultats du SCT à l’issue de la saison 1992-93 accompagnée de lourds problèmes financiers feront disparaître la question de la cohabitation : le club est directement relégué en 3e division avant de disparaître durablement de l’élite. Depuis cette époque, le rugby est devenu le sport roi dans une région bien pauvre dans ce domaine : ni Marseille, ni Nice n’ont d’équipe de rugby de haut niveau depuis les années quatre-vingt-dix.

Modernisation et passion « rouge et noire »

Dès lors de multiples constructions vont transformer les abords du stade de plus en plus cerné par des chantiers de construction urbaine : centre commercial, parking sous le stade, Palais des congrès (le palais Neptune) et un hôtel adjacent. Le RCT possède désormais sa propre brasserie place Besagne le « RCT Café » inauguré en 2011. Sous la tribune populaire qui se situe face au mont Faron et baptisée Eugène Delangre (du nom d’un emblématique joueur du RCT de l’Entre-deux-guerres puis entraineur) un « Club house » permet d’organiser des réceptions de séminaires. En 2017, le stade est à nouveau rénové pour accueillir 18 200 supporters. Outre la construction de la nouvelle tribune Bonaparte, huit loges supplémentaires sont construites ainsi qu’une boutique et des vestiaires pour stadiers.

Jamais remis en cause au cœur de la ville, « Mayol » apparaît aujourd’hui comme l’un des plus emblématiques patrimoines de la ville de Toulon. Une fierté aussi car il est le théâtre de grandes rencontres internationales, comme ce match ente l’équipe de France et les All Black de Nouvelle Zélande le 17 octobre 1990 joué dans une ambiance de liesse. L’attention est ainsi portée sur Toulon qui accueille les meilleurs rugbymen du monde tout comme l’ascension du RCT au sommet de la hiérarchie française voire européenne au cours des années 2010 sous la houlette de son emblématique président depuis 2006 Mourad Boudjellal. La ville, sa rade et son stade Mayol sont ainsi l’objet de beaux éclairages médiatiques.

La baie de Monaco

La baie de Monaco

Circuit de formule 1 aidant, la Principauté de Monaco est connue comme une des capitales mondiales des sports mécaniques. Mais le mariage entre la cité monégasque et les sports mécaniques a d’autres ancrages, moins connus, voire méconnus. Sa baie a ainsi été un des creusets du « canotisme automobile » à la Belle Epoque.

Dans le sillage de la voile

L’histoire sportive de la baie commence dans les années 1860. Elle est supposée avoir accueilli ses premières régates en 1862. Un quart de siècle plus tard, douze Monégasques, bénéficiant de l’appui du prince Charles III, fondent la Société des Régates (1888). La ville jouit alors d’une réputation croissante de belle villégiature, grâce au cadre azuréen bien sûr, mais aussi, pratiquement parlant, grâce à la récente à desserte ferroviaire et au travail de promotion effectué par la Société des Bains de Mer de Monaco (1863). La Société des Régates profite de ce contexte favorable et organise avec succès des fêtes sportives distinctives. La baie devient le théâtre habituel de régates à la voile et autres courses à l’aviron.

Héritier de cette société, le Yacht Club de Monaco (1953) poursuit aujourd’hui l’œuvre engagée dans les années 1880. Néanmoins, au tournant des XIXe et XXe siècles, la réputation sportive de Monaco est bien moins due à la voile – elle se résume à des défis entre riches propriétaires de voiliers et de yachts – qu’à un autre sport, qui gagne en notoriété depuis ses prolégomènes, en 1894.

Dans l’air du temps

Ce sport, réservé aux seules élites en mesure d’acheter et d’équiper un canot, sert de banc d’essai aux marques automobiles et aux fabricants de moteurs. Il a pris ses marques entre Nice, Paris et la Normandie. En 1904, il trouve un lieu d’élection à Monaco, avec le lancement des régates de l’International Sporting Club (ISC).

Le principe de ces régates naît l’année précédente dans l’esprit de Camille Blanc. Président de la Société des Bains de Mer de Monaco et de l’ISC, administrateur de casinos et maire de Beausoleil, ce féru de sports assiste alors à la première de Paris à la Mer, une épreuve de canots courue entre Paris et le littoral normand, par la Seine. Conquis, il imagine un meeting à Monaco pour ponctuer la saison. Il conçoit un projet avec Georges Prade, journaliste au Vélo et à La Vie au Grand Air, et Charles Faroux, polytechnicien passé au journalisme dans L’Auto et La Vie automobile (il deviendra représentant monégasque auprès de la Fédération internationale de motonautisme en 1908 et premier directeur de course des 24 Heures du Mans en 1923). Leur idée consiste à associer un salon – pour attirer les industriels – et des courses dans la baie de Monaco.

Ayant reçu la bénédiction d’Albert Ier de Monaco, Camille Blanc monte un comité d’organisation où siègent, entre autres, Henri Desgranges, le patron du principal quotidien sportif L’Auto – qui fera force publicité au meeting – et le sénateur Gustave Gobron, un des premiers soutiens du projet.

Première édition

Le 22 mars 1904, trois jours après l’inauguration du salon par le prince, les canots déjà éprouvés et réputés s’emparent de Port Hercule, à côté des prototypes qui n’ont pas été confrontés aux situations de course. Les épreuves exigent une mer d’huile pour éviter les accidents. Mais même si tel est le cas, se lancer tient de l’aventure, du pari, et la presse parle d’ailleurs des « Robinson Crusoé du yachting » (La Presse, 23 mars 1904).

Vient la course. Le programme comprend sept jours de régates pour racers et cruisers de différentes tailles et cylindrées, puis des épreuves du miles et du kilomètre.

Dans la presse nationale et locale, les superlatifs fleurissent pour dire le caractère grandiose du raout ; l’exposition de sociabilités fortunées ; l’ambition, le succès et la richesse au sens propre et figuré des épreuves (avec 100 000 francs de prix, les courses monégasques sont les mieux dotées du circuit) ; les victoires de moteurs français (Delahaye, Peugeot, Panhard…), enfin l’image de ban technologique du meeting.

Le rendez-vous monégasque s’impose aussitôt comme la référence ultime pour tout ce qui touche aux « moteur boats ».

Un rendez-vous majeur et innovant

Malgré la multiplication des épreuves en France et en Europe, Monaco garde sa réputation d’excellence. Ses régates constituent un rendez-vous mondain prisé. Des têtes couronnées les honorent de leur présence, comme l’infante Eulalie d’Espagne brisant le champagne sur l’étrave du racer Sigma IV en 1913. « Sous le soleil splendide » de Monaco, le règne du high life commande à la réunion des « foules considérables » (Le Gaulois, 8 avril 1909).

Le salon reste une importante vitrine industrielle, sans vraie concurrence sinon celle, sporadique, des salons de Budapest (1907), de Berlin (1909) et, chaque année, de la petite section des canots lors des salons parisiens. Il reflète un enjeu technologique qui est d’autant mieux promu par la presse qu’il est servi par la présence de pilotes réputés, comme l’industriel Émile Dubonnet, sportsman éclectique et émérite, qui pilote Le Titan, puis Le Vonna, deux embarcations qu’il a construites avec son frère Marius, sur une motorisation Delahaye.

Quoique le nombre de participants chute légèrement au fils des ans – 53 bateaux en 1904, 106 en 1905, 75 en 1907, 67 en 1908 – aucun autre plateau n’est comparable. Mais le fait est que les constructeurs étrangers se font plus rares. Pourquoi ? Parce que la suprématie des coques et des moteurs conçus en France réfrène leur envie de concourir. Monaco n’en reste pas moins la capitale de la vitesse sur mer. La meilleure performance de 1904 était de 37 km/h. En 1914, lors des essais, le racer-glisseur Sigma-Despujols court le miles à 98,5 km/h, cependant que les cruisers, bien plus lourds, dépassent les 80 km/h. Quant à la diversification des démonstrations et des engagements, elle permet de compenser la petite perte d’attractivité des seuls canots. En 1907 on voit ainsi concourir pour la première fois un hydroplane, celui du comte Lambert. En 1913, 17 hydroaéroplanes biplans et monoplans animent la première Coupe d’Aviation maritime l’Aéro-club de France ; laquelle est dès lors étroitement associée au meeting de canots.

Ce pas de côté vers l’aéronautique, voulu par Camille Blanc pour relancer l’attractivité du rendez-vous monégasque, permet la venue de nouvelles marques qui gagnent très vite en prestige – tels Farman, Nieuport, Bréguet… –, de pilotes vedettes comme Roland Garros et, pour finir, d’un public sans doute plus large et populaire que celui des seuls canots.

Une mode spécifique à la Belle Époque

Les régates monégasques reprennent après-guerre et jusqu’en 1923 ; mais sans le succès d’avant-guerre, ce qui permet de dire que l’Âge d’or du motonautisme s’est pour l’essentiel joué dans la baie d’Hercule entre 1904 et 1914, même si depuis lors il lui est arrivé d’accueillir des compétitions de speed boats aux performances évidemment incomparables avec celle de leurs glorieux ancêtres.

 

Bibliographie

Blanc-Chabaud Y., Monaco. Naissance d’une vocation sportive, 1862-1939, Monaco, Sportel, 1999.

Forest F., Les canots automobiles, Paris, H. Dunot & E. Pinat, 1906.

Guétat G., Canots automobiles : l’âge classique 1916-1939, Boulogne-Billancourt, ETAI, 1995.

Labarrère A. (Yachting et progrès technologique à Monaco, Monaco, Éd. Yacht Club de Monaco, 1994.

Labarrère A. (dir.), Monaco, port des princes, Monaco, Yacht Club de Monaco, 1996.

Tétart Ph., « Nice-Monaco : au cœur de la mode des moteurbots (1894-1914) », Actes du colloque sur le patrimoine sportif de Nice.

La statue de Jean Bouin

La statue de Jean Bouin

Sur le parvis du Stade vélodrome de Marseille, une statue rend hommage à Jean Bouin. Sans doute peu de passants lui prêtent-ils attention, mais ce nom ne leur est pas inconnu, d’autant qu’une tribune du stade en est aussi baptisée, comme tant d’autres équipements sportifs en France. Si Jean Bouin dit confusément quelque chose à nos contemporains, c’est à cause ces commémorations, mais aussi parce que cet homme, icône sportive de la Belle Époque, a marqué l’histoire du sport de son empreinte.

Hommage à un champion

Né le 20 décembre 1888 dans le quartier du Vieux Port, Jean Bouin découvre la course à pied en 1903. Au Parc Borély, il épie Louis Pautex, vainqueur du premier marathon phocéen. La légende dit qu’il s’enhardit, rejoint la piste, rattrape le champion et le double. Ebaudi, Pautex l’encourage. Un an plus tard, le milieu athlétique bruisse d’un nom : Jean Bouin. Sous les couleurs du Phocée Club de Marseille, il vole en effet de succès en succès, du 800 m au cross.

Jean Bouin passe bientôt maître dans l’art du cross-country. Champion de France de 1909 à 1912, il est aussi le premier Français à gagner, en 1911, le cross des Cinq nations. Cette épreuve, opposant les quatre nations britanniques et la France, fait alors figure de championnat du monde. Il la remporte à nouveau en 1912 et 1913. Sur route, il gagne cinq fois Nice-Monaco (1907, 1909-1912), une épreuve phare. Sur piste, sa carrière est marquée par une médaille d’argent au 5 000 m des Jeux de Stockholm (1912). Mais c’est surtout un homme de records. En 1913, celui de l’heure – qu’il porte à 19,921 km – marque les esprits. En dépossédant deux Anglais (l’amateur Shrubb et le professionnel Watkin), il devient le symbole de l’excellence athlétique nationale.

Ses performances résultent d’une attention quasi scientifique pour son entrainement et son hygiène de vie (il use de tisanes dépuratives, est un adepte du massage). Il les décrit et analyse dans La Vie au grand air, un hebdomadaire sportif illustré très populaire. C’est aussi un homme averti : il vend son image, par exemple sous forme de cartes postales.

Mobilisé en août 1914, il choisit de servir dans une unité combattante. Faisant fonction de messager, il tombe au champ d’honneur lors de la première bataille de la Marne, le 29 septembre 1914. L’émotion est grande. Il devient aussitôt le symbole du sacrifice héroïque.

Le monument

Après l’Armistice, la nation rend hommage au million et demi de ses soldats tués en érigeant des monuments aux morts. À Marseille, Arthur Gibassier, chroniqueur sportif au Petit Provençal, un temps entraîneur de Jean Bouin, veut honorer l’athlète dans sa ville d’origine. À la fin de l’été 1919, son journal organise une réunion d’athlétisme. Sa recette doit financer un monument. Il crée aussi le comité Jean Bouin, pour rassembler des fonds et assurer la promotion du projet ; un comité présidé par Marius Dubois, secrétaire général de mairie de Marseille et fondateur du Comité du Vieux-Marseille, qui obtient que la municipalité finance le socle de la statue.

La statue est commandée à un sculpteur issu de l’École des Beaux-Arts de Marseille : Constant Roux, dont la réputation est établie depuis son Grand Prix de Rome (1894). À Marseille, on connait son monument à Antoine-Fortuné Marion (directeur du laboratoire de zoologie marine de Marseille), qui orne le palais Longchamp, et son marbre représentant la République, situé dans la cour d’honneur de l’hôtel de préfecture des Bouches-du-Rhône.

Dans son atelier, le plâtre de la statue de Jean Bouin révèle aussitôt son choix : représenter le coureur en mouvement. Il rejoint ainsi l’œuvre remarquée d’Alfred Boucher, Au but (1886), qui met en scène un groupe de coureurs au Jardin du Luxembourg. Jean Bouin n’est vêtu que d’un slip, selon l’usage au Collège d’Athlètes de Reims où il s’entraînait (suivant la méthode naturelle de Georges Hébert) et dont il a été l’ambassadeur. Dans chaque main, il tient une poignée d’effort.

La statue, fondue à cire perdue par le bronzier Gatti, est implantée à l’entrée du Parc Borély, haut lieu de la vie sportive. Jean Bouin s’y est entrainé et y a disputé de nombreuses épreuves. Sur son socle, deux mentions : « Ce monument a été offert à la ville de Marseille par le Petit Provençal et les amis de Jean Bouin » et « À Jean Bouin recordman du monde de l’heure –19 km 921– Mort pour la patrie- 1883-1914 ». Le bas-relief rappelle les monuments aux morts, avec son casque de poilu, ses palmes, feuilles de chêne et d’olivier.

L’inauguration

L’inauguration a lieu le 5 juin 1922, en présence d’Henry Paté, haut-commissaire à la Guerre. Il rappelle les vertus du champion et, sous son auguste patronage, appelle au développement des « sociétés d’éducation physique » en France. Marius Dubois, puis Joseph Genet, président de la Fédération française d’athlétisme, prennent la parole, sous le regard éploré de la mère de Jean Bouin et face à de nombreuses personnalités, dont le maire de Marseille, Siméon Flaissières, un représentant du Conseil municipal de Paris, Léon Riotor et le général Monroë, le commandant du XVe corps. La presse souligne la présence du boxeur Georges Carpentier (autre icône du sport français) et du champion olympique du 5 000 mètres des jeux d’Anvers (1920), Joseph Guillemot. Les deux sportifs et anciens combattants sont les premiers à déposer une palme au pied du monument, suivis par les représentants des délégations venus à Marseille pour participer, le lendemain, à la 44e fête fédérale de gymnastique. La cérémonie s’achève par un défilé des athlètes inscrits à la « réunion athlétique » d’hommage organisée, le jour même, par le Comité littoral et l’Olympique de Marseille.

Lieux de mémoire

Trois semaines plus tard, le 27 juin, le corps de Jean Bouin est rapatrié à Marseille pour être inhumé au cimetière Saint-Pierre. Sa tombe est ornée d’un buste réalisé par Constant Roux. Le monument du Parc Borély reste toutefois l’objet principal de sa commémoration. Les sportifs viennent s’y recueillir, comme les participants aux finales du Grand-Prix des jeunes et du Championnat de France de pentathlon (1923) et Georges Pelletier-Doisy, as de la Première Guerre mondiale et auréolé par son raid aéronautique Paris-Tokyo (1924). De fait, le deuil de Jean Bouin, « pur produit de l’énergie française et un modèle » (Encyclopédie des Sports 1924), est difficile.

En 1939, le monument est transféré dans la cour d’honneur du Stade vélodrome, inauguré en 1937. Le 18 mai, une manifestation est organisée par le Massilia club pour célébrer ce transfert. On honore aussi une autre gloire marseillaise, Gustave Ganay (1892-1926), cycliste mort accidentellement au Parc de Princes, dont la statue en pied est réalisée par un autre Grand-Prix de Rome marseillais : Elie-Jean Vezier.

Au Vélodrome, la statue de Jean Bouin a donc trouvé sa place définitive, que les multiples transformations du stade et de ses alentours n’ont jamais remis en cause.

 

Bibliographie

Dietschy Paul, « Le sport et la Première Guerre mondiale », in Philippe Tétart (dir.), Histoire du sport en France du Second Empire au régime de Vichy, Paris, Vuibert, 2007, p. 57-77.

Espana René, Jean Bouin de Marseille, Gémenos, Autres Temps, 2000

Macario Bernard, « Jean Bouin (1888-1914), de la piste au champ d’honneur », Musée national de Sport.

Noet Laurent, Constant Roux : catalogue raisonné, Paris, Mare & Martin, 2012

Noet Laurent, « Monument Jean Bouin (Constant Roux sculpteur) » Marseille ville sculptée.