Le stade Marcel Aubour à Saint-Tropez

Le stade Marcel Aubour à Saint-Tropez

Le stade municipal de Saint-Tropez a vu le jour dans les années 1930, et sa construction s’inscrit dans une volonté affirmée de développement de cette contrée varoise de la part des pouvoirs publics. Elle répond aussi aux aspirations du club local de pouvoir s’entraîner et jouer ses rencontres sur le territoire communal. Ce lieu de pratique sportive constitue, dès ses premières années d’existence, l’antre de l’Union Sportive tropézienne (UST) fondée en 1919. Après sa reconstruction, achevée en 2021, le stade conserve le nom d’un illustre enfant du pays à la renommée nationale, Marcel Aubour, gardien de l’équipe de France de football au cours des années 1960 ayant notamment participé à la Coupe du monde 1966 en Angleterre.

Un aménagement complexe issu d’une volonté de développement

Dans le cadre de la première loi de planification urbaine, votée en 1919, un plan d’aménagement d’extension et d’embellissement est élaboré pour la presqu’île de Saint-Tropez au début des années 1930. Celui-ci intègre la volonté de développer le sport en comportant une infrastructure qui doit être réalisée par la commune. Cette décision municipale prise en avril 1930 répond aussi au vœu du club local. En effet sans terrain à Saint-Tropez, l’UST doit se déporter vers la commune voisine de Gassin, au quartier de la Foux, pour développer ses activités. Or un tel éloignement n’est guère propice à l’essor du club. L’implantation du stade au quartier de la Bouillabaisse, excentré de l’agglomération, nécessite l’achat de quatre terrains, identifiés par l’architecte en charge du plan d’aménagement. Les propriétaires, réfractaires à vendre leurs biens, refusent de les céder et la commune doit en trouver d’autres à proximité. Le financement s’avère également complexe. Outre l’achat des terrains, il faut en effet réaliser plusieurs travaux de nivellement et d’aménagement ainsi qu’un mur de soutènement. La commune emprunte 125 000 francs et sollicite une subvention de l’État. Dans ces conditions, elle prévoit de louer le terrain à l’UST pour 7 001 francs annuels. Les travaux commencent en 1932 par un premier aménagement qui ne suffit pas à rendre le terrain praticable. La subvention se fait attendre, elle ne sera accordée qu’en 1935 à hauteur de 40 000 francs. Le nivellement définitif est réalisé en 1934 et le terrain enfin mis à la disposition des sportifs. La réalisation de ce stade est donc presque contemporaine de la politique volontariste du Front populaire, menée à partir de 1936 par le sous-secrétaire d’État aux Loisirs et aux Sports Léo Lagrange, en matière de construction de nouveaux équipements sportifs, dans le but de démocratiser la pratique du sport et ne plus la réserver à une élite socialement favorisée. Dans les années suivantes, d’autres aménagements sont réalisés. En effet l’absence de clôture empêche le club de percevoir des recettes de billetterie, pourtant indispensables pour dégager la somme nécessaire au paiement de la location annuelle. En 1937 un mur en ciment est donc construit tout autour de l’enceinte. Les vestiaires font également défaut jusqu’à ce qu’un particulier vende à la commune, en 1937, une « baraque-vestiaire » qui est installée au plus près du terrain.

L’antre de l’Union Sportive tropézienne

Fondée en 1919, l’UST regroupe à l’origine trois sections : football, rugby et sports athlétiques. Ses statuts précisent que « ce groupement (…) a pour but d’encourager les sports sous toutes leurs formes (gymnastique, tourisme, natation, cyclisme, éducation physique, etc.) ». C’est cependant le ballon rond qui lui permet d’écrire les plus belles pages de son histoire. Voué dès son origine à ancrer la pratique sportive chez les plus jeunes, le club a notamment vu éclore deux footballeurs ayant poursuivi une carrière professionnelle. Né à Saint-Tropez en 1940, le gardien de but international Marcel Aubour joue de nombreuses années à l’UST avant de rejoindre, à 18 ans, l’Olympique Lyonnais, club avec lequel il remporte la Coupe de France en 1964 et dispute la même année, la demi-finale européenne de la Coupe des vainqueurs de coupes. Sélectionné à vingt reprises en équipe de France entre 1964 et 1968, il participe notamment, comme portier titulaire, à la Coupe du monde 1966 en Angleterre. La France est cependant éliminée dès le premier tour. Marcel Aubour poursuit ensuite sa carrière à l’OGC Nice, au Stade Rennais, avec qui il remporte une seconde fois la Coupe de France en 1971, et au Stade de Reims avant de revenir s’établir dans son village natal. Son ami Jean-Pierre Serra, enfant lui aussi de Saint-Tropez et d’un an son cadet, fait également une carrière professionnelle longue de plus d’une décennie passant par l’OGC Nice, Grenoble, le Stade Français, le Sporting Lisbonne, Bastia, le Stade de Reims, l’AC Ajaccio et enfin le Sporting Club de Toulon. Cet attaquant et remarquable buteur totalise 330 matchs professionnels au cours desquels il marque la bagatelle de 139 buts. La section football de l’UST est aujourd’hui forte de près de 200 licenciés et continue à porter haut les couleurs tropéziennes. L’équipe fanion a ainsi remporté en 2018 la Coupe du Var, puis l’année suivante, à l’issue d’une brillante saison, elle a été sacrée championne du Var en gagnant le championnat de Départementale 1, ce qui lui a permis d’accéder à l’échelon régional.

La reconstruction du stade municipal

Malgré de bonnes performances footballistiques, l’UST évolue sur un stade vétuste, qui n’est plus aux normes, ce qui pourrait entraver à terme l’accession de l’équipe aux échelons supérieurs. La municipalité de Saint-Tropez s’engage donc à remédier à cette situation en favorisant l’éclosion d’un équipement sportif moderne. Après la destruction de l’ancien stade et les indispensables opérations de désamiantage, la construction du nouveau stade est lancée en 2019 à l’emplacement de l’ancien. Les travaux ont certes été freinés par l’irruption de la crise pandémique du COVID-19, mais ils s’achèvent au début de l’année 2021, donnant naissance à une enceinte moderne s’étendant sur plus de 8 000 mètres carrés. Le stade dispose désormais d’une pelouse synthétique et d’un système d’éclairage plus performant. Une nouvelle tribune pouvant accueillir confortablement 300 spectateurs voit également le jour, et plus de 130 places debout sont disponibles. Les vestiaires, l’infirmerie et le club house sont eux regroupés dans un bâtiment unique pour plus de commodité. Dès août 2021, le nouveau stade accueille un match caritatif estival auquel participent plusieurs personnalités du monde du spectacle, dont le chanteur Patrick Bruel. Le stade conserve le nom de Marcel Aubour, donné à l’enceinte tropézienne dès 2008 par la municipalité. Le dimanche 13 août 2023, le nouveau stade est d’ailleurs inauguré, en présence de l’intéressé, d’ex-coéquipiers, de son successeur en équipe de France, Georges Carnus, et d’anciens autres internationaux de renom appartenant à des générations postérieures, tels Jean Tigana, Bernard Bosquier, Luis Fernandez, Basile Boli ou l’ancien gardien de but Bernard Lama. Son compère Jean-Pierre Serra, dont la nouvelle tribune porte le nom, est également de la fête aux côtés de membres de l’UST. Un challenge Marcel Aubour, réservé aux jeunes footballeurs de moins de 9 ans et rassemblant près d’une trentaine d’équipes, est également disputé annuellement au stade municipal de Saint-Tropez.

 

Bibliographie

Paul Dietschy, Histoire du football, Paris, Perrin, 2014.

Pascal Ory, La Belle illusion : Culture et politique sous le régime du Front populaire (1935-1938), Paris, Plon, 1994.

Philippe Tétart (dir.), Histoire du sport en France T. 1 : Du Second Empire au régime de Vichy, Le Mans, Université du Mans, 2007.

La Piscine Alex Jany à Draguignan

La Piscine Alex Jany à Draguignan

Préfecture du département du Var de 1800 à 1974, la cité dracénoise est géographiquement éloignée de la mer méditerranée. Dès l’entre-deux-guerres la municipalité socialiste entreprend donc de pourvoir la ville d’une piscine publique en extérieur, notamment destinée à l’apprentissage de la natation par les plus jeunes. Cet évergétisme des édiles de Draguignan rencontre la politique volontariste du Front populaire en faveur du sport pour le plus grand nombre. Dans les années 1960, un bassin d’hiver couvert est construit et une école municipale de natation voit le jour. La piscine rend le nom d’Alex Jany, médaillé de bronze en natation lors des Jeux olympiques de Londres en 1948 et d’Helsinki en 1952. En 2012, la piscine couverte, trop vétuste, cesse son activité, mais le bassin d’été construit dans l’entre-deux-guerres subsiste.

La première piscine municipale du Var

En 1934, la municipalité de Draguignan dirigée par le socialiste Joseph Collomp, cofondateur avec Jules Guesde de la Section française de l’Internationale ouvrière (SFIO), envisage la construction d’un stade nautique au quartier Morgay dans le nord-ouest de la ville. Après avoir acquis des terrains, recouru à un emprunt et obtenu de l’État une subvention, cette initiative remarquable et précurseure, pour une ville d’environ 11 000 habitants alors préfecture du département du Var, voit le jour. À l’instar d’un autre chantier municipal emblématique de l’entre-deux-guerres, le collège de jeunes filles (aujourd’hui lycée Jean Moulin), la réalisation de la piscine est menée sous la supervision de l’architecte municipal Félix Barla à partir de 1935. Elle est encore en chantier lorsque surviennent les grandes grèves de juin 1936 et est occupée, par les ouvriers du bâtiment désireux de faire aboutir leurs revendications. Une fois achevée, à la fin de la même année, cette piscine d’été d’avant-garde comprend notamment un plongeoir profilé muni de deux tremplins ainsi qu’une imposante tribune, abritant cabines individuelles, douches et toilettes. Elle demeure longtemps un des rares bassins de taille olympique (33 mètres X 12,5 mètres) de la région. Ce nouvel équipement est destiné à servir d’écrin aux activités d’un club pilote, le Cercle des Nageurs de Draguignan (CND), fondé en 1933 à l’initiative du Dracénois Henri Giran (1885-1977), qui en assure le secrétariat. Cette figure de proue du milieu sportif de la ville est à l’origine de la construction de la piscine, mais aussi membre fondateur du club de football du Sporting Club Dracénois (SCD). Dès janvier 1937, Henri Giran favorise aussi l’arrivée au CND, comme maître-nageur et régisseur de la piscine, de Philippe Tisson ayant participé aux Jeux olympiques de 1928 à Los Angeles comme nageur et joueur de water-polo. Cette première piscine municipale du Var doit aussi permettre aux enfants des écoles de Draguignan, localité éloignée du littoral, d’apprendre à nager. Un pavillon destiné au logement gratuit du « professeur de natation et d’éducation physique » a été expressément construit à l’entrée de l’établissement. La gratuité d’accès à la piscine et des leçons de natation a également été votée pour les garçons et filles fréquentant les établissements scolaires primaires de la ville. Un tarif modique de 1 franc est ensuite appliqué pour les élèves plus âgés à condition qu’ils soient accompagnés de leurs professeurs. Les adultes peuvent aussi accéder à cet équipement nautique à moindre coût, car la municipalité considère que « la piscine est une œuvre sociale qui doit être à la portée de tous ». L’ouverture au public de la piscine a lieu le 18 avril 1937, époque à laquelle le gouvernement de Front populaire s’efforce de mener une politique volontariste de démocratisation du sport, qui passe par l’octroi d’un soutien financier à la construction de nombreux équipements sportifs. L’idée est de favoriser la pratique sportive pour les masses et non plus de la réserver à une élite sociale économiquement favorisée. Un des objectifs principaux du Front populaire est d’enraciner la culture sportive chez les plus jeunes.

L’adjonction d’une piscine d’hiver

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, diverses réfections sont entreprises et une quinzaine d’années plus tard la municipalité entame une réflexion sur l’opportunité de mettre en chantier un bassin d’hiver. Une piscine couverte, de 25 mètres de long sur 12,5 mètres de large, est ouverte au public dès 1964. Elle est officiellement inaugurée au mois d’avril de l’année suivante par Édouard Soldani, sénateur-maire socialiste de Draguignan et président du conseil général du Var, en présence de sa marraine la nageuse Christine (ou Kiki) Caron, sacrée vice-championne olympique du 100 mètres dos à Tokyo l’année précédente. À cette occasion se déroule, à guichets fermés, une rencontre France Espagne féminine de natation remportée par les Tricolores. Ce nouveau bassin d’hiver favorise l’ouverture, en 1967, d’une école municipale de natation permettant d’accueillir chaque année plusieurs centaines d’enfants hors du temps scolaire. En rémunérant les moniteurs y intervenant la ville marque une nouvelle fois son implication dans le développement de la natation. À la suite des piètres résultats obtenus par la natation française aux Jeux olympiques d’été de Mexico en 1968, l’État gaulliste fait lui aussi preuve de volontarisme en lançant, dès l’année suivante, l’opération gouvernementale « 1000 piscines » supervisée par le Secrétariat d’État à la Jeunesse et aux Sports et qui donnera lieu, à travers tout le pays, à la construction de centaines de nouveaux équipements aquatiques au cours de la première moitié des années 1970. Dans une ville en passe de perdre son statut de préfecture du Var au profit de Toulon, mais qui dépasse les 20 000 habitants au recensement de 1975, l’existence d’une structure d’apprentissage professionnalisée constitue un intéressant vivier pour le CND, dont les performances d’ensemble ne cessent alors de s’améliorer d’année en année, donnant à la natation dracénoise un rayonnement régional et même national. En 1976 chez les garçons, le CND décroche 51 titres de champion du Var, 29 records du Var, 12 records de la Côte d’Azur ainsi que deux médailles d’or et une médaille d’argent lors d’un grand meeting international de natation à Poitiers. Le principal artisan de ce succès est Gilbert Piffaretti, ancien nageur formé au club qui dirige l’entraînement sportif et qui fut l’un des plus jeunes de France à son poste. De son côté, la piscine d’été ouvre chaque année en juin et constitue un atout touristique de taille pour la région dracénoise. Des dizaines de milliers de personnes, de tous âges et venant de divers horizons, bénéficient donc, tout au long de l’année, d’excellentes conditions de pratique de la natation sous une forme compétitive ou de loisir.

Dénomination et vicissitudes d’un équipement municipal puis communautaire

De 1981 à 1984, sous le mandat de Jean-Paul Claustres, est construite à Draguignan, au quartier des Collettes, une seconde piscine de loisirs couverte. À son ouverture au public, le 14 janvier 1985, elle est baptisée Jean Boiteux, en hommage au nageur, marseillais de naissance et toulousain d’adoption, devenu champion olympique sur 400 m nage libre à Helsinki en 1952. En 1997, le nom d’Henri Giran est par ailleurs donné au complexe sportif incluant cet équipement. La vieille piscine de la rue Daudet prend, elle, le nom d’Alex Jany, autre nageur d’exception, toulousain de naissance et marseillais d’adoption, qui fut multiple recordman de France, d’Europe et du monde de natation sur différentes distances, mais aussi médaillé de bronze par équipe en relais 4 X 200 m lors des deux Olympiades consécutives à la Seconde Guerre mondiale à Londres en 1948 et à Helsinki en 1952. Il était également membre de l’équipe de France olympique de water-polo. La piscine bénéficie, en 1997, d’une remise à neuf et cinq ans plus tard un de ses bassins prend le nom d’Éric Charrier, apnéiste détenteur de trois records mondiaux tragiquement disparu en 1999. Passée sous l’égide de la communauté d’agglomération dracénoise, la piscine intérieure, trop vétuste, ferme définitivement ses portes en 2012. Le bassin d’été, datant de l’entre-deux-guerres, demeure lui en revanche en activité. Les habitants de Draguignan sont en effet très attachés à cet ensemble, tant pour son caractère patrimonial que pour la possibilité de faire des longueurs à l’ombre des pins à quelques pas du centre-ville.

 

Bibliographie

Antoine Le Bas, « Des piscines et des villes : genèse et développement d’un équipement public », Histoire urbaine, n° 1, 2000, p. 145-162.

Pascal Ory, La Belle illusion : Culture et politique sous le régime du Front populaire (1935-1938), Paris, Plon, 1994.

Jean-Marie Rossi, Historique du sport et de la culture à Draguignan, T. 1, Vol. 2 (comprenant notamment une riche thématique sur la natation en p. 552-653). 4 autres volumes traitent d’autres sports.

Le col du Galibier

Le col du Galibier

Situé à la frontière entre la Savoie (Valloire) et les Hautes-Alpes (Le Monêtier-les-Bains), le col du Galibier relie la Maurienne au Briançonnais et effectue donc la jonction géographique et climatique entre les Alpes du Nord et les Alpes du Sud. Culminant à 2642 m d’altitude, celui qui est un des plus hauts cols routiers français est enneigé une bonne partie de l’année, et n’est ouvert à la circulation qu’en période estivale, moment choisi par le Tour de France pour le mettre régulièrement à son programme depuis plus d’un siècle. Un monument situé à son sommet, qui constitue souvent le toit du Tour, rend d’ailleurs hommage à Henri Desgrange, fondateur et premier directeur de la Grande Boucle.

Un lieu de passage au sein d’un espace frontière et touristique

Le col du Galibier a été franchi, via un sentier muletier, par les simples voyageurs, botanistes ou colporteurs, mais aussi, dans cette région frontalière stratégique, par les soldats appartenant à différentes armées ou par des contrebandiers. La présence de bornes frontières ornées d’une fleur de lys ou de la croix de Savoie témoigne aussi de cette situation de confins, qui prend définitivement fin avec l’annexion de la Savoie par Napoléon III en 1860. Ces cheminements par le col se renforcent au XIXe siècle, sous l’effet d’une représentation nouvelle et plus positive de la montagne, mais aussi de la présence de l’Italie dans l’alliance militaire opposée à celle de la France. L’accès à ce col alpestre devient aussi progressivement nettement plus aisé. Malgré certaines velléités de construire dès le début du XIXe siècle une route impériale stratégique passant par le Galibier, la route carrossable ne date que de 1880. Le tunnel lui n’est percé qu’en 1891. Cet accès routier à la haute montagne préfigure ce qui va bientôt devenir, une fois asphalté au cours du XXe siècle, la « route des Alpes » de la Savoie à la Méditerranée, promue dans une optique touristique par le Touring-Club de France. Cet itinéraire reliant Évian à Nice est ensuite rebaptisé « route des Grandes Alpes » en 1950 pour en rehausser encore davantage le prestige. Le tunnel, devenu trop vétuste, est fermé en 1976 et remplacé par la route passant par le col avant sa réouverture après rénovation en 2002.

Un col mythique du Tour de France

Le col du Galibier est aujourd’hui au programme de plusieurs courses cyclistes d’importance, comme le Criterium du Dauphiné ou le Tour d’Italie, mais il est avant tout un lieu de mémoire indissociable de l’histoire du Tour de France. Créée en 1903 par Henri Desgrange, le directeur du journal L’Auto, la Grande Boucle a en effet pour vocation de contribuer à l’appropriation du territoire national. Dans ce processus, la mise au programme de la course d’étapes de montagne constitue une décision cruciale, largement critiquée par certains coureurs redoutant de telles ascensions sur des chemins non encore asphaltés. La volonté du patron du Tour Henri Desgrange est clairement de durcir l’épreuve, afin de proposer un spectacle sportif toujours plus attrayant au public et à ses lecteurs. Le Tour de France connaît sa première étape de haute montagne au Ballon d’Alsace, en 1905, puis les Pyrénées sont au programme deux ans plus tard, avec les cols de l’Aubisque et du Tourmalet. Le 10 juillet 1911, lors de la 5e étape reliant Chamonix et Grenoble, le Galibier est le premier col alpestre de très haute montagne à être escaladé. Celui qui le franchit en tête est le Français Émile Georget, un des rares coureurs à réussir l’ascension sans descendre de son vélo. Il lance alors aux suiveurs présents : « Ça vous en bouche un coin ! ». Pour gravir le Galibier par le versant nord, les coureurs partant de Saint-Michel-de-Maurienne doivent d’abord escalader durant 12 kilomètres le col du Télégraphe (1566 m), puis redescendre vers Valloire avant d’entamer une seconde montée de plus de 17 kilomètres à 7 % de moyenne passant par le hameau de Bonnenuit puis Plan Lachat et se terminant par huit derniers kilomètres à 8,5 % de moyenne, où le vent et le froid peuvent les saisir, y compris en pleine saison estivale. Le 8 juillet 1996, le col du Galibier, plongé dans la neige et le vent, ne peut ainsi être franchi par les coureurs, qui le passent en voiture. Côte Sud, la pente est certes plus douce, mais la distance est plus longue, puisque le sommet du col du Galibier est à 35 kilomètres de Briançon avec passage obligé au col du Lautaret (2058 m). Malgré, et sans doute à cause, de sa difficulté le Galibier est le col alpestre le plus souvent escaladé par les coureurs du Tour de France, qui depuis 1911 ont souffert à plus de soixante reprises sur ses pentes. Classé hors catégorie depuis 1979, il a ainsi largement contribué à l’héroïsation de ceux que le journaliste Albert Londres a baptisé les « forçats de la route ». Lieu d’exploits retentissants, il est aussi celui de terribles défaillances, comme celle de Raymond Poulidor en 1974 qui y perd le Tour au profit du Belge Eddy Merckx. C’est aussi là que le premier accident mortel du Tour a eu lieu. Le 11 juillet 1935, lors de la 7e étape entre Aix-les-Bains et Grenoble, le coureur espagnol Francisco Cepeda, chute en effet lourdement dans la descente et décède quelques jours plus tard.

À la suite d’Émile Georget, les plus grands coureurs ont passé le col en tête, comme Eugène Christophe en 1912, Henri Pélissier en 1914 et 1923, Antonin Magne en 1927 ou l’Italien Gino Bartali en 1937 et 1948. En 1952, c’est son compatriote Fausto Coppi qui passe en tête, mais l’image qui reste dans les mémoires est un échange de gourde dans la montée du col entre les deux rivaux. Un autre coureur transalpin, Marco Pantani, s’envole en 1998 dans le Galibier et prend le maillot jaune aux dépends de l’Allemand Jan Ullrich avant de gagner le Tour. Mort prématurément en 2004, le monument « Pantani Forever » lui rend hommage, depuis 2011, aux Granges du Galibier à 2 295 m d’altitude, soit au point précis du début de son attaque de 1998. Le 17 juillet 2007, les pentes du Galibier sont le théâtre d’une démonstration de force du futur vainqueur du Tour, l’Espagnol Alberto Contador, qui s’affranchit ce jour-là de son statut d’équipier, en marchant sur les pas de son illustre aïeul « l’aigle de Tolède » Federico Bahamontes passé en tête du col en 1954 et 1964.

Le 21 juillet 2011 pour fêter le centenaire de la première ascension du col, la 18e étape propose pour la première fois une arrivée au sommet du Galibier, soit la plus haute arrivée jamais enregistrée sur la Grande Boucle. C’est le grimpeur luxembourgeois Andy Schleck, passé à l’offensive dans le col de l’Izoard, qui s’impose, rappelant le passage en tête du col de son compatriote Charly Gaul en 1955. Le lendemain la course repart de Modane et le peloton gravit le Télégraphe avant d’escalader le Galibier dans l’autre sens, soit une montée plus difficile que la veille, avant que l’étape ne se termine à l’Alpe d’Huez. Cette double montée du Galibier, par les deux versants, est rééditée lors du Tour 2022 proposant une 11e étape entre Albertville et le col du Granon et une 12e reliant Briançon à l’Alpe d’Huez. En 2024, le coureur slovène Tadej Pogacar effectue la montée du col du Galibier la plus rapide de l’histoire du Tour de France en gravissant les 8,5 derniers kilomètres jusqu’au sommet en à peine 20 minutes et 50 secondes.

Le monument commémoratif Henri Desgrange

La patrimonialisation du col du Galibier prend la forme d’un monument commémoratif à son sommet. En 1949, neuf ans après la mort d’Henri Desgrange, une stèle est en effet édifiée pour lui rendre hommage sur le versant sud du Galibier à l’entrée du tunnel sur le territoire communal du Monêtier-les-Bains. Œuvre de l’architecte lyonnais Alexandre Audouze-Tabourin, le monument commémoratif Henri Desgrange se présente sous la forme d’une large colonne en pierre de taille comportant une carte de France et portant l’inscription en relief suivante : « À la gloire de Henri Desgrange 1865-1940 Ancien directeur du journal l’Auto Créateur du Tour de France cycliste ». Henri Desgrange a d’abord été un coureur cycliste ayant eu à son actif plusieurs records de vitesse. Il devient notamment, en 1893, le premier recordman de l’heure. Reconverti comme bâtisseur ou administrateur de vélodromes et directeur du journal sportif L’Auto, il passe à la postérité comme créateur et organisateur, entre 1903 et 1936, du Tour de France. Il est aussi, en 1904, le fondateur des Audax français, pratiquant des épreuves d’endurance cycliste, comme le rappelle une plaque de marbre apposée, en 1974 sur le monument du col du Galibier. Enfin dès 1947 est créé le souvenir Henri Desgrange récompensant chaque année le coureur du Tour de France franchissant en tête le col du Galibier ou, à défaut, le col le plus élevé au programme de la course. Le 11 juillet 1911, au lendemain de la première ascension du Galibier par les coureurs du Tour de France, Henri Desgrange avait écrit dans L’Auto une vibrante ode à ce col alpestre : « Ô Sappey ! Ô Laffrey ! Ô col Bayard ! Ô Tourmalet ! Je ne faillirai pas à mon devoir en proclamant qu’à côté du Galibier, vous êtes de la pâle et vulgaire “bibine” : devant ce géant, il n’y a plus qu’à tirer son bonnet et à saluer bien bas ! ».

Bibliographie

Bourgier, Jean-Paul, Ô Galibier. Sommet du Tour de France : 1911-1937, Toulouse, Le Pas d’oiseau, 2017.

Conord, Fabien, Le Tour de France à l’heure nationale : 1930-1968, Paris, PUF, 2014.

Londres, Albert, Les forçats de la route : Tour de France tour de souffrance, Paris, Payot et Rivages, 1924.

Seray, Jacques et Lablaine Jacques, Henri Desgrange, l’homme qui créa le Tour de France, Saint-Malo, Cristel, 2006.

Vigarello Georges, « Tour de France », in Nora Pierre (dir.), Les Lieux de mémoire. T. III Les France, Paris, Gallimard, 1992.

La piscine municipale de Sisteron

La piscine municipale de Sisteron

La fin de l’année 2023 a marqué le coup d’envoi de la démolition de la piscine municipale de Sisteron qui avait subi, en août 2017, un incendie. La construction de cet équipement, plusieurs fois reportée, a été votée en 1969 et lancée l’année suivante, a entièrement été financée par la municipalité, désireuse de contenter les aspirations sportives de la population d’une localité éloignée du littoral.

Une longue genèse ou une suite de rendez-vous manqués

Dès 1933, la municipalité dirigée par Émile Paret exprime son intention de construire l’année suivante, une piscine en complément du stade municipal en voie d’aménagement. Ce projet de construction se révèle malheureusement sans lendemain, y compris durant le gouvernement de Front populaire, qui a pourtant mené, notamment de 1937 à 1939, une politique volontariste en faveur du sport pour le plus grand nombre, sous la conduite du ministre de l’Éducation nationale, Jean Zay, et celle du sous-secrétaire d’État chargé des Sports, des Loisirs et de l’Éducation physique Léo Lagrange. À la Libération, la réalisation d’une piscine municipale ne figure pas non plus au sein du programme des travaux de reconstruction de la ville. Mené par les forces alliées et destiné à faciliter le débarquement de Provence en retardant les troupes de secours allemandes, le bombardement du 15 août 1944 a en effet causé de très importantes destructions et les finances sisteronaises sont extrêmement sollicitées pour panser ces plaies béantes. Le projet de construction d’une piscine municipale ne resurgit qu’en 1963. À cette date, la directrice du futur lycée Paul Arène exprime ainsi, auprès de l’inspection académique, son souhait de voir intégrer la réalisation d’une piscine couverte dans le cadre du vaste projet d’aménagement de cet établissement scolaire devant accueillir plus d’un millier d’élèves au quartier de Beaulieu. Plus largement, la Ve République naissante a, comme le Front populaire, mis au premier rang de ses priorités le fait de permettre à tous les jeunes français de pratiquer, près de chez eux, une activité sportive. Les autorités s’évertuent donc à faciliter la construction d’équipements sportifs. Cette politique volontariste est marquée par la création, en 1958, d’un Haut-Commissariat à la Jeunesse et aux Sports dirigé par l’alpiniste Maurice Herzog. En 1961, ce dernier défend avec succès devant le Parlement la première loi programme relative « à l’équipement sportif et socio-éducatif », qui prend vie dans le cadre du IVe plan (1962-1965). Sisteron, cité comptant alors environ 5 000 habitants, possède malheureusement un bassin de population (6 100 habitants avec les quatre autres communes du canton) trop restreint pour pouvoir bénéficier de ces importantes subventions nationales.

Une réalisation municipale

En 1969, la municipalité dirigée par Élie Fauque répond enfin à la demande sociale qui s’exprime de manière croissante en faveur de la construction d’une piscine à Sisteron. Le projet présenté par l’architecte départemental, lors du conseil municipal du 6 juin, reçoit l’assentiment de la majorité des élus. À proximité du lycée Paul Arène, sur l’emplacement de l’éphémère stade de Beaulieu datant des années 1950, il est réalisé un bassin sportif dit « compétitions » d’une longueur de 25 m et de 10 m de large, complété d’un bassin de plongeon et d’un bassin d’apprentissage avec des plages les entourant, une infirmerie, un local technique et celui des surveillants de baignade. Outre l’accueil, sont également aménagés un espace de stockage, des vestiaires et dans leur prolongement des sanitaires (toilettes et douches) ainsi que l’indispensable pédiluve. À la sortie de ce dernier, femmes et hommes se retrouvent pour emprunter l’escalier montant aux plages et aux bassins. Le projet inclut par ailleurs des locaux destinés à la détente des usagers, tels une salle située sous le bassin de plongeon et vouée à devenir un espace de jeux ou à l’étage supérieur un bar-restaurant. Séparée de l’espace de baignade par un grillage une zone de jeux extérieure, munie de tourniquets, se situe le long de la piscine à l’abri des arbres qui la surplombent.

Les travaux de construction de la piscine de Sisteron ont débuté en 1970 et elle ouvre au public le 17 juin 1972. À cette date certains travaux ne sont cependant pas terminés, par exemple l’escalier extérieur devant mener au restaurant, et surtout l’installation de la couverture sur le grand bassin. Une réception provisoire des travaux a toutefois lieu en présence du maire et conseiller général, Élie Fauque, de plusieurs conseillers municipaux et d’autres personnalités, comme le directeur départemental de la Jeunesse et des Sports, mais aussi des principaux responsables des travaux. La réception définitive de cet équipement nautique n’intervient qu’en 1974. Le coût final s’élève à près d’un million cinq cent mille francs, alors que le projet initial avait été chiffré à moins d’un million. Ce dépassement conséquent est lié à la réalisation, au-dessus du bassin principal, d’une couverture amovible. Il s’agit d’une structure gonflable en forme de gros ballon équipée d’une porte et pouvant se gonfler et se dégonfler en fonction des besoins.

La charge est d’autant plus lourde que la municipalité de Sisteron a assumé l’ensemble du financement sans aucune aide de l’État. Elle n’a pu bénéficier ni de la seconde loi programme d’équipements sportifs (1966-1970), ni de l’opération gouvernementale 1 000 piscines lancée en 1969 par le secrétariat d’État à la Jeunesse et aux Sports et qui donne lieu à la construction de centaines de nouveaux équipements aquatiques au cours de la première moitié des années 1970. Cette dernière avait été mise en œuvre à la suite des piètres résultats de la natation française lors des Jeux olympiques de Mexico 1968. En 1972, la municipalité de Sisteron demande donc légitimement une aide de l’État pour couvrir une partie des frais de fonctionnement de la nouvelle piscine, car un déficit de financement important aurait pour conséquence de ne permettre l’ouverture de cet équipement aquatique qu’une partie de l’année, la période estivale étant à privilégier, au détriment de l’apprentissage de la natation par le public scolaire. Le 9 octobre 1972, en conseil municipal, le premier édile donne lecture d’une lettre du secrétaire d’État à la Jeunesse et aux Sports, dans laquelle est rappelé qu’aucun crédit d’État n’est prévu pour le fonctionnement des piscines municipales. Il est cependant possible de compter sur une aide, accordée au lycée pour faciliter la fréquentation de la piscine par les scolaires. Il y a par ailleurs eu, au cours des années 1970, un projet de centre d’animation sportif, à l’initiative du directeur départemental de la Jeunesse et des Sports, qui n’a pas abouti pas. Or ce projet devait permettre l’octroi de subventions supplémentaires concernant les dépenses en personnel et en équipement. Le personnel d’encadrement est en effet composé de personnes rétribuées par la municipalité. Dans les années 1970, deux maîtres-nageurs sont recrutés ponctuellement en début de saison pour assurer la surveillance de la baignade, puis à partir de la décennie suivante cette tâche est dévolue à des éducateurs sportifs des écoles, employés à l’année par la municipalité, qui assurent également les cours de natation dès le mois de juin.

Les vicissitudes et la disparition d’un équipement

La piscine de Sisteron a certes été construite dans l’optique de profiter à tous les habitants, mais l’objectif prioritaire est de répondre aux besoins du public scolaire quel que soit l’âge des enfants ou des adolescents. La structure gonflable surplombant le bassin principal a l’avantage de permettre leur accueil, y compris lorsque le froid sévit en extérieur. Ainsi du début de son fonctionnement, en 1972, jusqu’en 1978, la piscine municipale ouvre quasiment toute l’année en dehors des mois d’hiver. Malheureusement en février de cette dernière année, le ballon servant de couverture au bassin principal s’effondre sous le poids de la neige, et ne sera jamais remplacé. Par la suite, la piscine n’ouvre plus qu’à partir de juin pour les scolaires, ainsi qu’en juillet et août pour le grand public. Durant la période estivale, la piscine est toutefois fréquentée par toutes les générations de la population sisteronaise. Les jeunes vacanciers investissent quotidiennement les lieux avec bonheur et se forgent des souvenirs. Ils profitent des plages et de la buvette qui offre une panoplie de glaces et de bonbons que l’on dévore, emmitouflés dans sa serviette. Les samedis sont eux l’occasion privilégiée de rendez-vous en famille ou entre amis.

En revanche aucun club de natation n’a été fondé dans la commune, les jeunes Sisteronais désirant s’adonner à la natation en compétition fréquentant celui de la commune voisine de Château-Arnoux-Saint-Auban. La piscine municipale de Sisteron sert aussi ponctuellement de lieu d’exercice aux pompiers locaux. Ces derniers ont passé une convention avec la municipalité pour utiliser le bassin principal pendant la fermeture annuelle de la piscine ou lorsque celle-ci se trouve, pour une raison ou une autre, hors service. En août 2017, les soldats du feu interviennent sur place non dans le cadre d’un exercice, mais au contraire au cours d’une intervention de lutte contre un incendie d’origine électrique, qui s’est déclaré dans un local technique. Ce feu provoque, en pleine saison estivale, la fermeture anticipée de la piscine. Après quarante-cinq ans de bons et loyaux services, cet équipement municipal, longtemps désiré puis largement approprié par la population comme lieu de sociabilité, cesse définitivement son activité, puisqu’elle n’est jamais rouverte au public. Laissée à l’abandon durant plusieurs années, la démolition de ce qui est devenu une friche débute au mois de décembre 2023 pour laisser place, après dépollution des sols, à deux immeubles de logements, la municipalité ayant vendu les terrains.

Bibliographie

Antoine Le Bas, « Des piscines et des villes : genèse et développement d’un équipement public », Histoire urbaine, n° 1, 2000, p. 145-162.

Pascal Ory, La Belle illusion : culture et politique sous le régime du Front populaire (1935-1938), Paris, Plon, 1994.

La colline Saint-Eutrope à Orange

La colline Saint-Eutrope à Orange

La colline d’Orange appelée « montagne Saint-Eutrope » est un petit éperon rocheux d’un peu plus de 9 hectares, qui culmine à 105 mètres de hauteur, sur lequel viennent s’adosser les gradins du célèbre théâtre antique. Zone de pacage aux portes de la ville jusqu’en 1897, c’est aussi en haut de la colline que se sont successivement construits l’oppidum romain, le « castrum Aurasice » et à partir du XIIIe siècle le « château neuf » des Princes d’Orange. Ce dernier a connu plusieurs transformations et extensions jusqu’à son démantèlement ordonné par Louis XIV en 1672. La colline est donc un site archéologique qui est protégé au titre des Monuments historiques, comme le théâtre antique depuis 1840. Elle bénéficie au même titre pour ses vestiges d’un classement aux monuments historiques datant du 30 avril 1919 et d’une inscription complémentaire du 23 octobre 1995. De plus, elle est classée parmi les monuments naturels au titre du code de l’environnement par décret du 6 mars 1935. Riche d’histoire(s), elle accueille par ailleurs depuis longtemps des pratiques sportives diverses et variées.

Courses automobiles et vélocipédiques

Les pentes de la colline Saint-Eutrope ont offert aux amateurs de sport automobile l’occasion de se livrer à des courses et rallyes très populaires. Des clichés, issus de différents fonds photographiques orangeois, témoignent de l’existence d’une course de côte annuelle. Organisée par l’Auto Moto Club d’Orange (AMCO) sous le patronage de la municipalité et de la presse régionale, y participent side-cars, motos et automobiles de diverses catégories. La première édition a lieu le 14 juillet 1931 et ne compte pas moins de 92 participants, dont le pilote vauclusien Louis Trintignant. Pour l’occasion, fortement incitée par l’AMCO, la municipalité a fait refaire au mois de mai toute la route de la montée de la colline, au-dessus du cimetière d’Orange. La manifestation se poursuit tout au long de la décennie presque sans interruption. Ces compétitions sont très prisées des coureurs, qui sont plus d’une centaine à s’engager dès 1932, dont une vingtaine d’as du volant. Cette année-là le meilleur temps général est établi par Louis Trintignant, qui ne pourra participer à l’édition suivante, car il meurt en 1933 lors des essais du Grand Prix automobile de Picardie. Les courses sont suivies par un public endimanché très nombreux et enthousiaste, qui paye un droit de passage pour assister à l’événement : 5 francs pour une voiture, 3 francs pour les motos, 2 francs pour les piétons. L’entre-deux-guerres voit en effet la naissance du sport spectacle. À Orange, les spectateurs les plus avertis et les plus téméraires se placent vers le « virage de la mort » où se produisent souvent de spectaculaires sorties de route.

Les courses cyclistes officielles ont été moins nombreuses sur la route qui monte à flanc de colline, le passage étant trop étroit pour les caravanes qui suivent les courses, comme le Tour de France, par exemple. Les sous-bois de la colline Saint-Eutrope servent néanmoins de cadre au cyclo-cross organisé annuellement à l’automne, depuis le début des années 1980, par l’Avenir Cycliste Orangeois (ACO) fondé en 1925.

Le cross d’Orange et autres courses pédestres

La colline Saint-Eutrope a également été le lieu de nombreux cross-country se déroulant directement sur le haut de la montagnette et la carrière désaffectée attenante. Des générations de collégiens ont participé au « cross-country inter-établissements ». Mais ces cross pouvaient également s’adresser aux adultes. L’Union Athlétique Orangeoise (UAO) a ainsi connu ses heures de gloire en organisant, à partir de sa fondation en 1956, le cross de la colline destiné aux civils comme aux militaires et classé en 2e catégorie par la Fédération française d’athlétisme. Il se dispute à l’origine en janvier puis à la mi-novembre à partir des années 1970, parfois par un temps peu clément et venté, mais toujours devant un public nombreux. Les concurrents doivent effectuer plusieurs fois une boucle d’environ 1500 mètres en grimpant à chaque reprise la colline Saint-Eutrope, soit au total un parcours de 7 à 8 kilomètres. À ses débuts cette épreuve accueille de prestigieux coureurs de demi-fond français et internationaux. Vainqueur du marathon aux Jeux olympiques de Melbourne en 1956, Alain Mimoun remporte la course en 1965. Il reste un coureur fidèle du cross de la colline pendant plus de 10 ans, prenant même part aux assemblées générales de l’UAO jusqu’en 1976 alors qu’il est proche de ses 56 ans. Cette année-là, concourant dans la catégorie des vétérans où il termine à la deuxième place, il s’estime lésé et aurait piqué une colère, rare chez ce sportif connu pour son calme légendaire autant que pour son prestigieux palmarès. Dix ans plus tôt, en 1966, pour la 10e édition, la victoire était revenue à Michel Jazy, vice-champion olympique sur 1500 mètres aux Jeux olympiques de Rome en 1960. En janvier 1967, les vainqueurs des deux éditions précédentes sont au départ, mais Michel Jazy est devancé, pour la victoire finale, par Jean Fayolle, qui avait été sacré en 1965 champion du monde de cross à Ostende lors du Cross des Nations. L’édition 1970 du cross de la colline est, elle, marquée par la présence de Colette Besson, première championne olympique française sur 400 m lors des derniers Jeux olympiques en date disputés à Mexico en 1968. Celle que l’écrivain Antoine Blondin surnomme alors la « petite fiancée de la France » jouit d’une immense popularité et reçoit la Légion d’honneur des mains du général de Gaulle. Cette championne populaire est acclamée à Orange, comme dans toutes les autres villes de France où elle se produit, ce qui constitue à l’époque une exception pour une athlète féminine. Elle remporte la course devant deux de ses coéquipières du Bordeaux Étudiants Club (BEC) et reviendra courir à Orange lors de plusieurs éditions suivantes.

Lieu de course réputé au niveau national, la colline Saint-Eutrope accueille le 5 mars 1967, pour la seule et unique fois, les 72e Championnats de France de cross. Le vainqueur de l’épreuve est alors Noël Tijou qui remporte à Orange le premier de ses sept titres séniors de champion de France.

La colline Saint-Eutrope a aussi servi d’écrin à d’autres courses, comme l’épreuve pédestre du premier triathlon d’Orange disputée en 1987. Les concurrents empruntent directement la montée des Princes des Baux après avoir déposé leurs vélos dans le théâtre antique. En 1989, pour la troisième édition du triathlon, c’est la terrible montée Spartacus qui est choisie pour rejoindre le parc de la colline. Le lundi matin, la colline devenait par ailleurs le site d’entraînement et de « décrassage » des légionnaires, basés à Orange jusqu’en 2014. Enfin, depuis le début des années 1980, le parc boisé de la colline est équipé d’un parcours de santé ouvert à tous. La colline est ainsi un espace de verdure où chacun peut pratiquer à sa guise une activité physique, d’autant qu’une aire de fitness en libre accès y a été aménagée. Les scolaires comme les associations utilisent aussi cet espace ouvert et protégé pour s’adonner au sport.

La piscine des Cèdres

En mai 1965, un projet d’implantation d’une piscine en plein air sur la colline Saint-Eutrope est présenté et accepté en conseil municipal. Financés par un emprunt et des subventions de l’État ou du conseil général, les travaux d’un montant total de 1 792 315 francs débutent l’année suivante. La piscine est inaugurée, le 13 juillet 1967, par le préfet du Vaucluse en présence du maire d’Orange et conseiller général André Bruey, de son adjoint à la Jeunesse et aux Sports Jean Onde, initiateur du projet, et de nombreuses autres personnalités civiles et militaires. Ce nouvel équipement, dont le remplissage a nécessité quelques jours auparavant un apport total de 1 700 000 litres d’eau, est ouvert au public dans la foulée pour permettre aux enfants comme aux adultes d’apprendre ou pratiquer la natation. Dessinée par l’architecte orangeois Maurice Brunet, la piscine est constituée de quatre bassins à ciel ouvert : la pataugeoire surnommée « le haricot », un petit bassin, un bassin de nage et un dernier, de forme ronde, surmonté d’un plongeoir à deux niveaux appelé « la fosse ». Le complexe nautique comporte également des vestiaires équipés de douches et conçus dans l’esprit d’une architecture résolument moderne. L’ensemble est enfin doté d’un snack-bar et de plages dallées positionnées en terrasses.

En 1975 est inaugurée à Orange, par Pierre Mazeaud, secrétaire d’État à la Jeunesse et aux Sports, la piscine Plein Ciel, tardivement renommée L’Attente. La naissance de ce nouvel équipement résulte du programme national « 1000 piscines », lancé par l’État en 1969, au lendemain des mauvais résultats obtenus par la natation française aux Jeux olympiques d’été de Mexico en 1968. Piscine couverte, située en bas de la ville, elle peut être utilisée toute l’année et sert en particulier à l’apprentissage de la natation par les scolaires, tout en étant ouverte à tous les publics. Dans ce contexte, la piscine des Cèdres revêt certes une moindre utilité, mais elle demeure fréquentée à la belle saison par les Orangeois et les touristes hébergés au camping voisin. Toutefois au fil des décennies, cet équipement municipal, qui fit à son inauguration la fierté de la ville, se délabre et ne correspond plus aux normes en vigueur. Sa fermeture définitive est donc décidée en 2009. Les bassins sont désormais comblés pour raison de sécurité, mais la piscine des Cèdres demeure indissociable de l’histoire de la colline Saint-Eutrope et reste un lieu emblématique dans la mémoire des Orangeois.

Les insolites

Du ski sur la colline ? Des souvenirs d’Orangeois et quelques photos en témoignent, probablement durant l’hiver 1956 et les hivers plus rudes que l’on connaissait dans la première moitié du XXe siècle ! Qui croirait aujourd’hui que les pentes de la montagne Saint-Eutrope aient pu accueillir luges et skieurs, comme les pistes du Mont-Ventoux ? Des pratiques de sports les plus attendues aux plus improbables, la colline Saint-Eutrope demeure cet espace naturel rare avec lequel chaque Orangeois a un souvenir lié à la pratique sportive.

Bibliographie

Le Bas Antoine, « Des piscines et des villes : genèse et développement d’un équipement public », Histoire urbaine, n° 1, 2000, p. 145-162. 

Vignet Odile, « La montagne », Bulletin des Amis d’Orange, n° 170, mai-août 2008.

Chronique orangeoise des amis de la colline Saint-Eutrope, Éd. Un balcon sur le Ventoux, 2019.

Avenir cycliste orangeois, 70 ans d’histoire 1925-1995, Brochure anniversaire ACO, 1995.

Le site d’Aix-en-Provence du CREPS Provence-Alpes-Côte d’Azur

Le site d’Aix-en-Provence du CREPS Provence-Alpes-Côte d’Azur

Au Pont de l’Arc à Aix-en-Provence est localisé un des trois sites du CREPS Provence-Alpes-Côte d’Azur instauré par le décret du 30 mai 2001. Les deux autres sont situés à Boulouris près de Saint-Raphaël et à Antibes au pied du Fort Carré. En France 17 Centres de ressources, d’expertise et de performance sportive (CREPS) constituent un réseau national placé sous l’égide de l’État, via le ministère chargé des Sports, et des Régions. Ils ont pour objectif d’assurer la réussite sportive et éducative des sportifs de haut niveau et l’accompagnement des sportifs régionaux, ainsi que la formation initiale et continue des entraîneurs et des animateurs sportifs, sans oublier la promotion du sport santé et du sport pour tous. Les missions des CREPS sont donc marquées du sceau de la diversité, qui est un héritage de leur longue histoire débutée il y a plusieurs décennies au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.

Un complexe sportif en constante extension

Le site d’Aix du CREPS se situe au domaine de la Madeleine sur lequel est construite en 1732 une bastide, toujours présente aujourd’hui. Le domaine est d’abord occupé à des fins éducatives par les Jésuites jusqu’en 1764, date de l’expulsion de cette congrégation du royaume de France. Il est ensuite propriété de familles de la noblesse, puis de la bourgeoisie après la Révolution française. Le domaine passe dans le giron de l’État le 8 avril 1942 lorsque le Commissariat général à l’éducation générale et sportive (CGEGS) en fait l’acquisition afin de l’intégrer à un dispositif établi par le régime de Vichy en vue de mener une régénération morale et physique de la jeunesse.

En 1945, le Centre régional d’éducation physique et sportive (CREPS) est instauré sous la tutelle du ministère de l’Éducation nationale. Maurice Gastaud, ancien professeur d’éducation physique au lycée Mignet d’Aix-en-Provence, en devient le premier directeur, charge qu’il assume jusqu’en 1966. Les installations existantes se résument presque uniquement à la vieille bastide abritant au rez-de-chaussée la salle à manger et la salle d’étude, alors qu’au premier étage se trouvent les bureaux, une pièce servant de bibliothèque et de coopérative ainsi que l’appartement du directeur. Au second sont localisés l’infirmerie, des locaux pour les malades et le logement de l’économe. Dans l’aile est de la bastide, ne communiquant pas alors avec le bâtiment principal, se trouvent des chambres pour les stagiaires. Hormis des locaux servant de vestiaires, douches, lingerie ou au rangement du matériel, le CREPS ne dispose que d’un seul autre baraquement en dur à usage de dortoir et dépourvu de confort. Une baraque en bois, laissée par l’armée, permet, elle, d’abriter les activités de certains stages. Les équipements sportifs se composent d’un terrain de football où se pratique aussi le handball, deux terrains de volley-ball, deux de basket-ball, une piste de mâchefer d’une longueur inférieure à 100 mètres, et un sautoir. Toujours en extérieur un portique monumental, des poutres, une barre fixe, des barres de suspension, des échelles horizontales complètent les installations et permettent notamment la pratique de la gymnastique. Enfin au fond de la propriété se trouve un bassin d’arrosage avec de hauts murs en béton, qui sera par la suite transformé en piscine.

Des aménagements sont ensuite effectués, dans les années 1950 par l’architecte Fernand Pouillon, aussi connu dans la région pour avoir activement participé à la reconstruction du Vieux-Port à Marseille et à la construction d’un important ensemble résidentiel à Aix-en-Provence. Au sein du CREPS Fernand Pouillon, secondé par son collaborateur René Egger, conçoit un ensemble de bâtiments comprenant un foyer, deux internats (le Montaiguet et la Guiramande), deux salles de réunion et surtout un indispensable gymnase omnisports, qui porte aujourd’hui son nom et a été labellisé, en l’an 2000, « Patrimoine du XXe siècle » par le ministère de la Culture. Certaines des constructions ont toutefois été détruites dans les années 1990 à la faveur d’un nouveau bâtiment d’internat.

Puis en 1956, l’acquisition de plus de deux hectares et demi de terrains auprès d’un particulier, voisin immédiat du domaine permet d’aménager de nouveaux terrains de sports collectifs pour pratiquer le football et le rugby. Sous la direction de son second directeur Roger Roustouil (1966-1986), le CREPS continue à s’étendre et à se développer : une salle d’agrès voit le jour, suivie en 1961 d’une salle de danse et en 1968 d’une salle polyvalente. Cette année-là de nouveaux achats de terrains interviennent : d’une part ceux situés à l’ouest de la propriété vendus à l’État par la distillerie « L’Aixoise » et d’autre part ceux acquis auprès d’un particulier et représentant une parcelle contiguë de 6000 m² appartenant à la propriété La Pauliane. À partir de l’année suivante débute la construction d’une halle des sports, avec terrains de basket-ball, suivie d’un ensemble comprenant un amphithéâtre, un atelier audiovisuel (La Villa) et un restaurant, alors qu’un second terrain de grand jeu voit le jour par la suite. À la fin de la décennie, deux salles spécialisées permettant de pratiquer respectivement l’escrime et l’haltérophilie apparaissent et un pas de tir est aménagé pour s’entraîner à une des épreuves du pentathlon moderne.

Dirigé par Jean-Claude Durand (1986-1995), le CREPS d’Aix-en-Provence, désormais résolument tourné vers la formation des sportifs de haut niveau, s’équipe d’un nouvel internat, mais aussi d’équipements sportifs très modernes. Ainsi en 1994, à l’occasion d’une visite de la ministre de la Jeunesse et des Sports Michèle Alliot-Marie, est inauguré un mur d’escalade, au profil tout en dévers, au sein de la halle des sports. Le choix d’effectuer cet important investissement se justifie, car la discipline séduit un nombre croissant de jeunes à quelques encablures du massif de la Sainte-Victoire et non loin des calanques de Marseille. Depuis son inauguration en 1988, le CREPS d’Aix-en-Provence dispose, en outre, d’un centre de médecine sportive et de rééducation fonctionnelle de grande renommée, où de nombreuses fédérations envoient leurs athlètes pour réaliser des tests.

Les directeurs suivants doivent à la fois entretenir, améliorer ou transformer l’existant et trouver les financements pour construire de nouvelles installations sportives au gré des opportunités d’ouverture de structures de haut niveau dans telle ou telle discipline. Pour accueillir un pôle de Taekwondo, un dojang est ainsi aménagé dans le bâtiment servant auparavant de salle d’agrès, qui subit pour l’occasion une profonde transformation. En 2005, une piste de BMX est tracée, puis remodelée et dotée d’une butte de départ de 8 mètres pour être mise aux normes olympiques et accueillir la préparation de l’équipe de France en vue des Jeux olympiques de Londres 2012. La même année quatre cours de squash voient le jour et un cinquième vitré est créé en 2013 à l’intérieur du gymnase Pouillon. En 2006, une aire de beach soccer est aménagée.

Lorsqu’en 2016, la loi NOTRe, s’inscrivant dans un nouvel acte de la décentralisation, transfère le foncier et le bâti de l’État à la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur le CREPS dispose donc d’une grande variété d’équipements qui répondent à la fois aux diverses fonctions de formation, à l’évolution des pratiques sportives et à la prise en charge par l’État du sport de haut niveau.

Un lieu de formation des enseignants d’EPS et des cadres sportifs

Les CREPS sont les héritiers de structures créées par l’État au cours de l’entre-deux-guerres et prolongées par le régime de Vichy afin de former les enseignants d’éducation physique. Envisagés dès 1937 par le sous-secrétaire d’État chargé des Sports, des Loisirs et de l’Éducation physique au sein du gouvernement de Léon Blum, Léo Lagrange, des Centres régionaux d’éducation générale et sportive (CREGS) sont créés sous le régime de Vichy, par la loi du 21 mars 1941. Ils sont rebaptisés Centres régionaux d’éducation physique et sportive (CREPS) en 1945, alors que la République renaissante souhaite procéder à un renouvellement de ses cadres. Dès 1946, celui d’Aix-en-Provence possède des classes préparatoires à la première année du professorat d’éducation physique et au concours d’entrée à l’École normale supérieure d’éducation physique (ENSEP). Les premières années, l’établissement aixois reçoit des promotions de garçons, puis à partir de la rentrée 1948 et jusqu’en 1973 exclusivement des filles.

Le CREPS d’Aix-en-Provence constitue aussi, dès l’origine, un lieu d’accueil de stages pour des publics variés tant français qu’étrangers. L’encadrement de stagiaires originaires de la région permet à l’établissement de renforcer son ancrage local. Ainsi au mois de juillet, des instituteurs et institutrices issus des écoles normales de l’académie viennent se former aux bonnes pratiques de l’éducation physique. Durant les vacances estivales, des stages dits « de perfectionnement » sont aussi proposés à l’ensemble des enseignants avec danse pour les femmes et basket-ball pour les hommes.

Des stages plus spécifiques, se déroulant souvent sur une période relativement courte, sont par ailleurs proposés à un public varié. Cela va de stages classiques d’athlétisme à ceux destinés à accroître les compétences des intervenants du secteur extra-scolaire, comme les éducateurs spécialisés, les futurs moniteurs des colonies de vacances et les animateurs de la jeunesse ouvrière (JO). Le CREPS accueille également ponctuellement des élèves de l’École nationale de ski et d’alpinisme (ENSA) de Chamonix.

De 1973 à 1985, le CREPS d’Aix-en-Provence assure, en trois ans, la formation des professeurs-adjoints d’EPS. Ces derniers sont recrutés sur une option sportive, comme la gymnastique, la danse, l’athlétisme ou la natation. À partir de 1981, la réintégration de l’EPS comme discipline scolaire à part entière dans le giron du ministère de l’Éducation nationale ainsi que la reconnaissance comme discipline universitaire des Sciences et techniques des activités physiques et sportives (STAPS) en 1983 conduit les CREPS à ne plus assurer la formation des professeurs de l’enseignement secondaire.

Devenus, par le décret du 14 mars 1986, des Centres régionaux d’éducation populaire et de sport, les CREPS se voient assigner, outre le suivi global des athlètes de haut niveau, la formation des cadres sportifs et de ceux de l’animation jeunesse. Les enseignants et intervenants du CREPS d’Aix-en-Provence préparent ainsi les uns au diplôme d’État aux fonctions de l’animation (DEFA), et les autres soit au brevet d’État d’éducateur sportif (BEES) 1er et 2e degré, soit au professorat de sport. Des formations complémentaires et stages divers sont parallèlement mis en place, sous le double effet du besoin d’encadrement induit par le développement des activités physiques et sportives de loisirs dans la société française et de la nécessité pour le CREPS de trouver des ressources propres. Sur le site d’Aix sont aussi proposés de longue date des stages de toute nature (formation initiale, formation continue, entraînement, séminaires…) s’adressant à divers publics tout en développant des relations privilégiées avec le milieu associatif aixois.

Une pépinière de champions

Par ailleurs, des sportifs de haut niveau ont pu très tôt profiter, ponctuellement ou plus durablement, des installations du CREPS d’Aix-en-Provence pour se préparer à certaines grandes échéances sportives nationales et internationales. En octobre 1959, cinq membres de l’équipe de France féminine de ski séjournent ainsi sur place en pleine préparation pour les Jeux olympiques d’hiver devant se dérouler au mois de février suivant à Squaw Valley en Californie. Jean-Paul Coche, premier médaillé olympique français en judo à Munich en 1972, a également fréquenté l’établissement où un espace lui est aujourd’hui consacré. C’est toutefois à partir de 1986 que le CREPS d’Aix-en-Provence s’oriente plus résolument, comme ses homologues au niveau national, vers la préparation sportive, scolaire et professionnelle des jeunes sportifs de haut niveau. Il accueille alors officiellement en son sein des Centres permanents d’entraînement et de formation (CPEF), rebaptisés en 1995 Pôles France et Espoirs, dans des disciplines aussi variées que l’haltérophilie, la natation synchronisée, le football, la moto trial ou l’escrime. En 1996, le site d’Aix-en-Provence accueille les pôles France de squash et de taekwondo. En 2001, un département du sport de haut niveau est créé, comprenant un pool d’entraîneurs par spécialité, une unité médicale et de récupération, une équipe de suivi scolaire, un préparateur physique et un préparateur mental, afin de permettre de mener un double projet sportif et scolaire ou universitaire.

Rebaptisé en 2011, Centre de Ressources, d’Expertise et de Performance sportive, le CREPS continue à assurer sa mission principale à destination des sportifs de haut niveau. Actuellement, le site d’Aix-en-Provence héberge des pôles France en athlétisme (sprint, haies), escrime (fleuret), natation artistique, pentathlon moderne (mixte), squash (mixte) et taekwondo ainsi que des pôles espoir en badminton (mixte), basket-ball (masculin et féminin), escrime (mixte fleuret), handball (masculin), squash (mixte) ou des centres d’accession et de formation (CAF) en natation et waterpolo, mais aussi un centre régional d’entraînement de golf et une académie mixte de rugby. Le dispositif a été renforcé en 2021 par la mise en place d’une Maison régionale de la performance impulsée par l’Agence nationale du sport qui assure un suivi individualisé des sportifs de haut niveau. Dans ces conditions, les terrains du site d’Aix-en-Provence ont été foulés par un très grand nombre de champions qui ont brillé lors de compétitions internationales.

En 2024, le site d’Aix, comme les deux autres du CREPS Provence-Alpes-Côte d’Azur, est labellisé Centre de préparation aux Jeux olympiques et paralympiques dans de nombreuses disciplines. Le 12 mai 2024, le relais de la flamme olympique, qui a débarqué à Marseille le 8 mai, y prend son départ pour une étape s’achevant sur le cours Mirabeau devant plus de 10 000 personnes. Un Club France est parallèlement inauguré au sein de ce fleuron du sport aixois, en présence du directeur général du CREPS, Jérôme Rouillaux, et du représentant de Renaud Muselier, président de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur.

Bibliographie

Michaël Attali, Jean Saint-Martin, L’Éducation physique de 1945 à nos jours, Paris, Armand Colin, 2021.

Marc Bédarida, Fernand Pouillon, Paris, Éditions du Patrimoine, 2012.

Patrick Clastres, Paul Dietschy, Sport, culture et société en France du XIXe siècle à nos jours, Paris, Hachette, 2006.

Fuchs Julien, Renaud Nicolas (dir.), Former les enseignants d’EPS en France au XXe siècle, Rennes, PUR, 2020.

Jacques Rangeard, La saga des CREPS et autres établissements « jeunesse et sport » : Quel avenir après 50 ans ?, Marly-le-Roi, INJEP, 1996.

Le stade vélodrome Joseph Lombard à Cavaillon

Le stade vélodrome Joseph Lombard à Cavaillon

Désormais centenaires, le stade Joseph Lombard et son vélodrome ont constitué l’écrin d’une large partie de l’aventure sportive de la cité vauclusienne de Cavaillon. Le Stade Cavaillonnais (SC), créé en 1903 et rebaptisé Stade Union Cavaillonnais (SUC) en 1919 à la suite d’une fusion, est le club emblématique de la ville, dont la longue histoire est largement associée au cyclisme et au rugby.

L’épopée cycliste et le spectacle sportif

Dès 1903, le Stade Cavaillonnais sollicite de la municipalité l’autorisation d’organiser des « courses vélocipédiques » à travers la ville, mais il faut attendre la fin du premier conflit mondial pour que Cavaillon et son nouveau vélodrome, l’un des plus beaux de province, accueille, durant plusieurs décennies, les plus grands champions cyclistes. Au début du XXe siècle, le terrain Tardy, vaste parcelle de trois hectares située au nord de la ville, accueille gracieusement les équipes du Stade Cavaillonnais qui compte alors une section cyclisme, une section rugby et une section athlétisme. Mais la mort de Paul Marius Tardy en 1921 oblige le club à payer un loyer. Joseph Lombard, capitaine de l’infanterie coloniale en retraite trésorier et futur président du club, a alors l’idée d’émettre des actions remboursables sur dix ans, pour construire, en 1923, l’anneau cyclable en ciment et les tribunes en bois. Ces travaux sont confiés à l’un des principaux entrepreneurs cavaillonnais, Marius Monier, qui est par ailleurs très investi dans le milieu du sport associatif. En 1931, une nouvelle souscription est lancée avec succès par Joseph Lombard afin d’acquérir le terrain. Dans l’entre-deux-guerres, le cyclisme est un sport jouissant d’une popularité croissante et le spectacle sportif est en plein essor, à l’image du Tour de France, qui a repris en 1919 après quatre éditions non disputées. La piste, terminée avant les tribunes, permet ainsi d’accueillir, en 1923, le départ et l’arrivée de la première édition du Tour du Vaucluse, course cycliste débutant et s’achevant à Cavaillon au terme d’un périple de plus de 250 km. L’épreuve se dispute, début septembre en pleines fêtes de la Saint-Gilles, en présence de Joseph Guis maire radical-socialiste de Cavaillon durant trois décennies entre 1905 et 1935. Dans les Années trente, ces fêtes de la Saint-Gilles inscrivent toujours à leur programme un gala cycliste réunissant des champions français et internationaux vedettes de la route ou rois de la piste. Dès 1931 sont présents Antonin Magne, vainqueur du Tour de France au mois de juillet précédent, et Charles Pélissier ayant remporté cinq étapes lors de la même édition. En septembre 1938, c’est au tour de l’Italien Gino Bartali, qui vient lui aussi de s’adjuger la Grande Boucle, de participer à la réunion cycliste organisée par le Stade Union Cavaillonnais. En 1945, la piste du vélodrome est refaite à neuf grâce à une importante subvention de la ville et les délibérations du conseil municipal attestent désormais d’une aide financière à l’organisation du gala de septembre et aux clubs. Au sortir de la guerre, le SUC a par ailleurs des velléités de cession de ses installations sportives à la municipalité de Cavaillon contre un droit d’usage perpétuel. Il est également précisé que cet équipement, désormais municipal, doit être officiellement baptisé du nom de Joseph Lombard, disparu en 1933. Les écoles, la formation prémilitaire et d’autres groupements sportifs ont dès lors accès à ce stade pouvant accueillir jusqu’à 6 000 spectateurs dans les années 1960. Face aux tergiversations d’une municipalité, accaparée par d’autres problèmes, le SUC révoque sa donation en 1947, mais l’épopée cycliste continue. Des frictions entre le SUC XV et le SUC cyclisme ont conduit à la démission de plusieurs membres en 1945, qui créent l’Étoile sportive cavaillonnaise (ESC). Ce nouveau club va mettre en selle de futurs excellents coureurs locaux, comme Louis Delpiano alias le « Petit Louis », vice-champion de France en 1964. Dans le même temps, les courses cyclistes demeurent le point d’orgue des fêtes de la Saint-Gilles et continuent d’accueillir, aux côtés de champions du cru, les plus grands noms de la discipline. Déjà vainqueur de son premier Tour de France (1949), de ses trois premiers Tour d’Italie (1940, 1947 et 1949) et recordman du monde de l’heure depuis 1942, l’Italien Fausto Coppi, aussi à l’aise sur la route que sur la piste, est présent sur le vélodrome de Cavaillon pour la première fois en 1951. En 1958, le grimpeur luxembourgeois Charly Gaul, vainqueur du Tour de France la même année, côtoie sur la piste du vélodrome du stade Lombard Louison Bobet, triple vainqueur de l’épreuve de 1953 à 1955, mais aussi le l’« Aigle de Tolède » Federico Bahamontes, champion d’Espagne en titre et prochain vainqueur du Tour de France 1959. L’année 1964 est aussi à marquer d’une pierre blanche dans l’histoire du vélodrome cavaillonnais. Après un des plus grands Tour de France de l’histoire, ayant vu un affrontement dantesque pour la victoire finale entre Jacques Anquetil et Raymond Poulidor, les deux héros sont présents à Cavaillon, tout comme le troisième sur le podium Federico Bahamontes, mais aussi le néerlandais Jan Janssen, qui vient d’être sacré champion du monde. Le fait que le championnat du monde de cyclisme se déroule le dernier dimanche d’août ou le premier de septembre est un indéniable avantage pour la réunion cavaillonnaise ayant lieu dans la foulée. En 1966 sont cette fois à l’affiche du gala cycliste international de la Saint-Gilles les vainqueurs du Tour de France, Lucien Aimar, du Tour d’Italie, Gianni Motta, et du Tour d’Espagne Francisco Gabica ainsi que le champion de France Jean-Claude Theillière. Ils sont accompagnés de Felice Gimondi, ayant remporté la Grande Boucle l’année précédente, d’André Darrigade, ancien champion du monde sur route 1959 et multiple vainqueur d’étapes sur le Tour de France et de Roger Pingeon, équipier d’Eddy Merckx dans l’équipe Peugeot, qui vient de finir dans les dix premiers du Tour.

Rugby à XIII ou à XV…

En 1967, le traditionnel gala cycliste des fêtes de la Saint-Gilles est remplacé par un match de rugby. Le stade Lombard est en effet également intimement lié à l’ovalie. Sous les couleurs bleu et rouge, le SC, créé le 15 octobre 1903, déroule une histoire séculaire mouvementée faite de gloires et de défaites. Il est sacré champion de Vaucluse trois années consécutives de 1904 à 1906. L’affluence des jeunes est bientôt telle qu’en 1912 est créée l’Union Sportive Cavaillonnaise (USC), qui fédère cinq équipes de rugby. On compte une centaine de pratiquants en 1914. Mais en 1919, leurs effectifs ravagés par la Grande Guerre, le SC et l’USC fusionnent : ainsi naît le SUC. En 1926-1927, l’équipe fréquente la première division nationale en compagnie de clubs prestigieux comme le Racing Club de Toulon ou le Stade toulousain. Le développement du Jeu à XIII à la fin des années 1930 touche Cavaillon qui bascule vers cette discipline en 1939, avant que le gouvernement de Vichy n’interdise cette dernière en 1941. Redevenu quinziste, le SUC évolue, en 1943-1944, en première division et est classé quatorzième meilleur club français. Mais dès la Libération, le Jeu à XIII renaît alors que l’équipe de rugby se maintient en Nationale de Provence. En 1946, Cavaillon évolue en première division, classée onzième sur les 14 meilleures équipes nationales. Dans les années 1950, le Jeu à XIII a les faveurs du public grâce à des joueurs exceptionnels. L’arrivée en 1954 de l’international lyonnais François Montrucolis marque les esprits. Les Juniors sont entraînés vers le Championnat de France (1956-1957). L’international Guy Lucia est recruté comme entraîneur. L’ascension se poursuit jusqu’au milieu des années 1960. Le SUC compte alors 250 licenciés et six équipes engagées en championnat. Mais une série de drames, tels deux accidents mortels de joueurs, et de revers marquent lourdement le club. En 1972, à l’issue d’un vote serré, les Stadistes décident de leur destinée : 132 voix pour le XV contre 119 pour le XIII. Deux clubs distincts pratiqueront désormais le ballon ovale à Cavaillon : le Stade Union (XV) et le Sporting Union (XIII) qui s’entraînera dès lors au stade Pagnetti. Lourde charge pour le club, la propriété du stade Lombard est au cœur de débats récurrents et acérés durant tout le dernier quart du XXe siècle. Le SUC XV réussit à faire construire les actuelles tribunes en béton en 1980, mais la propriété du stade est transférée au Conseil général de Vaucluse en 1991, contre la promesse de travaux conséquents dont la réfection de l’anneau cyclable. Une convention tripartite est alors établie entre Conseil général, Ville et SUC XV.

Aujourd’hui, après 120 ans passés sur le terrain du Stade Lombard, le Stade Union Cavaillonnais s’enorgueillit du succès de son école de rugby qui accueille plusieurs centaines d’enfants. Quant au SUC XIII, devenu le Cavaillon Rugby League en 2020, il compte une équipe féminine, créée dès 1982, et est ouvert à la pratique du handisport : l’équipe de rugby à XIII Fauteuil, « Les Cavares », a remporté le championnat de France 2023. Cavaillon reste donc actif sur tous les fronts de l’ovalie.

Bibliographie

Chanavas Félix, La Merveilleuse, pittoresque et émouvante histoire du Stade Union Cavaillonnais, Cavaillon, Imprimerie Rimbaud, 1987.

Chevaldonné-Maignan Hélène, Cavaillon, Joué-lès-Tours, Éditions Alan Sutton, 1999.

Grange Sylvie, Cavaillon, Marguerittes, Éditions Équinoxe, 1991.

Le pré de foire à Sisteron

Le pré de foire à Sisteron

Situé autrefois hors des remparts, le pré de foire, ou quartier dit de « floralpra » constitue, de longue date, un lieu symboliquement très important pour les Sisteronais. Il correspond en effet historiquement au centre névralgique de la vie agricole de la ville où se pratiquait le foulage du blé, et où étaient, comme l’indique son nom, organisées les principales activités commerciales de la ville. Devenu en partie la place de la mairie après la Seconde Guerre mondiale, le pré de foire accueille de nombreuses festivités sisteronaises récurrentes ou des événements exceptionnels, comme un concert de Johnny Halliday en 1974 ou en 1981 la célèbre émission de culture générale de FR3 « Les Jeux de 20 heures ». Mais le pré de foire possède également une dimension sportive marquée par la diversité des activités qui s’y sont déroulées de la fin du XIXe siècle à nos jours.

Des sports traditionnels aux sports modernes

Des personnes pratiquant le jeu de boules se retrouvent depuis longtemps sur le pré de foire pour s’adonner, en toute convivialité, à leur activité préférée. Une délibération du conseil municipal, datée d’octobre 1923, nous apprend ainsi que l’association sportive « La Boule Sisteronaise » sollicite auprès des autorités la mise à disposition « d’un terrain communal devant servir de boulodrome ». La municipalité fait droit à cette demande en octroyant un espace « situé entre le cours Paul Arène et l’ancienne batteuse » à condition que le terrain soit accessible à tous les joueurs sans exception et que la mise en état soit exécutée sous la surveillance de l’architecte municipal.

Bien que les jeux traditionnels résistent en Provence à l’avènement des sports modernes, le pré de foire est aussi, à la Belle Époque, le théâtre de parties de football très disputées sous l’égide de l’association sportive « Sisteron-Vélo » créée en 1913 comme société de « sports, tir et préparation militaire ». Ainsi que le nom du club l’indique, on pratique aussi en son sein le cyclisme, et une autre association, « La Pédale Sisteronaise », fait de même dans la commune. Une délibération de juin 1937 nous apprend d’ailleurs que la municipalité aimerait voir fusionner les deux entités « qui en combinant leurs efforts aboutiraient sûrement à d’heureux résultats qui permettraient au conseil de faire un effort pour attribuer aux sociétés fusionnées une subvention aussi importante que possible ». Si le football prend une place prépondérante sur le pré de foire, d’autres sports y sont également pratiqués à l’instar du basketball, dont les paniers sont installés à une des extrémités.

Sur cet espace où une partie de la population de Sisteron pratique déjà différentes activités sportives, le premier édile Émile Paret propose, lors du conseil municipal du 31 octobre 1931, d’aménager un stade communal pour l’éducation physique de la jeunesse des écoles et l’usage des sociétés sportives. Il reçoit l’assentiment des autres élus, puis celui de la préfecture. Les travaux débutent en 1933 et se poursuivent l’année suivante. Ce projet du stade ne peut toutefois pas être achevé faute de ressources propres suffisantes de la part de la commune pour une telle entreprise. Un complément de crédits a été demandé sans succès à l’État. Par la suite, la réalisation de cet important équipement sportif municipal n’a pas pu bénéficier de la politique volontariste du Front populaire en faveur du sport pour le plus grand nombre, menée, de 1937 à 1939, par le ministre de l’Éducation nationale, Jean Zay, et le sous-secrétaire d’État chargé des Sports, des Loisirs et de l’Éducation physique Léo Lagrange. En juin 1939, faute de subventions, les travaux de construction du stade sur le pré de foire sont à l’arrêt depuis 1935 et une partie seulement des terrassements nécessaires a été réalisée.

Temps de guerre et régénération par le sport

Après le désastre de la défaite de juin 1940 voit le jour, sous le régime de Vichy, un Commissariat général à l’éducation générale et sportive (CGEGS) dirigé jusqu’en 1942 par Jean Borotra, ancien tennisman ayant appartenu à la glorieuse équipe des « Quatre Mousquetaires » vainqueurs de la coupe Davis, puis par son collaborateur le colonel et ancien rugbyman Joseph Pascot. Dans le cadre de la Révolution nationale, une attention particulière est idéologiquement portée à la régénération morale et physique de la jeunesse française. Certaines photos prises à Sisteron sous l’Occupation témoignent du fait que le pré de foire sert de lieu de démonstration à cet embrigadement de la jeunesse, en particulier lors de la fête de Jeanne d’Arc, au mois de mai, devenue fête nationale sous le régime de Vichy. Plus généralement la vocation récréative et sportive du pré de foire perdure au cours de l’Occupation, et le projet de construire un complexe sportif refait surface en 1941 à la suite de la réception de circulaires du CGEGS visant à promouvoir l’aménagement de terrains scolaires et d’éducation physique. Parallèlement à un recensement du patrimoine sportif existant, le CGEGS annonce un futur programme national de construction d’équipements sportifs avec subventions à la clef, dont la municipalité de Sisteron, désormais dirigée par Paul Daydé, espère bénéficier. D’après les plans dressés par les architectes municipaux et départementaux successifs, il s’agit à présent d’aménager un espace polyvalent comportant un stade dédié au football, mais également des terrains de volley, de basketball, ainsi que des espaces consacrés à la course, au saut ou à la gymnastique, sans oublier la pratique du jeu de boules. Le tout serait complété par un bâtiment destiné à accueillir vestiaires et douches. Le projet est largement promu par le Sisteron-Vélo présidé, de 1943 à 1946, par Daniel Maffren. Ce confiseur de profession sera ensuite adjoint au maire de 1945 à 1977, et un des principaux complexes sportifs municipaux porte aujourd’hui son nom. Au final, le cas sisteronais illustre le fait que, malgré les intentions du régime de Vichy, les diverses activités sportives demeurent très majoritairement pratiquées sur des installations déjà existantes ou très partiellement rénovées. Le stade municipal sisteronais, à la très longue genèse, est finalement construit dans les années 1950 au quartier de Beaulieu, puis rapidement détruit pour être remplacé par le lycée Paul Arène et la piscine municipale. Le pré de foire connaît lui des transformations majeures à la Libération.

Yvan Beck : un footballeur en Résistance

Durant la Seconde Guerre mondiale, et en particulier lors de la saison 1943-1944, le pré de foire voit évoluer l’ancien international de football Yvan Beck comme entraîneur joueur au Sisteron-Vélo. Né Ivan Bek en 1909 à Belgrade, il dispute, en 1930, la première Coupe du monde de football en Uruguay avec l’équipe de Yougoslavie. Ce milieu de terrain offensif marque trois buts et atteint les demi-finales, éliminé par le pays hôte et futur vainqueur de la compétition. En 1928, il rejoint le FC Sète avec qui il remporte la Coupe de France deux ans plus tard, puis fait le doublé coupe championnat en 1934. Il évolue ensuite à l’AS Saint-Étienne (1935-1939) et au Nîmes Olympique (1940-1942) avant de finir sa carrière à l’AS Aix-en-Provence (1944-1945). Naturalisé Français en 1933, il est sélectionné à cinq reprises avec les Bleus entre 1935 et 1937. Cet homme courageux fait par ailleurs acte de patriotisme en dirigeant, sous le pseudonyme de « Tito », la 12e compagnie de FTP du maquis de Bayons, et contribue, en juillet 1944, à la libération des prisonniers de la citadelle de Sisteron.

Une nouvelle place de la mairie théâtre d’événements sportifs

Victime en août 1944 d’un terrible bombardement des Alliés visant à préparer le débarquement de Provence, la ville consacre ensuite de longues années à panser ses plaies. Une partie du pré de foire est alors mis à disposition du ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme (MRU) pour l’établissement de logements et commerces. L’ancien Hôtel de Ville étant endommagé, il est démoli et une nouvelle maison commune est édifiée sur la partie du pré de foire demeurée en possession de la municipalité. Devenu à la suite de ces réaménagements la place de la mairie, et de son nom officiel la place de la République, le pré de foire, amputé d’une partie de sa superficie, accueille désormais les principales manifestations festives de la ville, parmi lesquelles plusieurs événements sportifs. Située sur la « route Napoléon », la cité de Sisteron est une ville-étape régulière de différentes courses automobiles et cyclistes, qui contribuent à animer le centre-ville. Ainsi à l’occasion de l’édition 1969 de la course cycliste Paris-Nice une importante concentration de voitures anciennes se tient sur l’ancien pré de foire au pied de l’Hôtel-de-Ville. De même Sisteron est souvent, au mois de janvier, ville hôte du rallye automobile Monte-Carlo, et en mars 2017 la place de la mairie a accueilli les voitures anciennes du rallye Monte-Carlo historique. Le vendredi 10 mai 2019, l’ancien pré de foire voit cette fois affluer, comme d’autres artères de la ville, des bolides de Formule 1 dans le cadre du « Renault Roadshow ». Il s’agit d’une grande tournée nationale itinérante, traversant une quinzaine de villes et se déroulant en amont de la 60e édition du Grand Prix de France de Formule 1, programmé, le 23 juin suivant, sur le circuit Paul Ricard du Castellet. Cette course automobile avait en effet fait son retour dans le Var l’année précédente après une décennie d’absence. Les jeunes Sisteronais, comme les plus âgés, se voient ainsi offrir l’opportunité d’admirer d’impressionnantes performances mécaniques, se déroulant sur un circuit spécialement aménagé entre la mairie et la gare. Les spectateurs peuvent aussi rencontrer les pilotes ou passer au volant d’un simulateur de Formule 1 en réalité virtuelle installé au sein du village d’animation situé place de l’Hôtel-de-Ville. Bien que cette manifestation se déroule en semaine, son caractère inédit attire au final plusieurs milliers de personnes.

Une semblable effervescence envahit le pré de foire lorsqu’il se transforme en village départ du Tour de France. Sisteron a accueilli à deux reprises et à dix ans d’intervalle la Grande Boucle. En 2010, cette course cycliste de renommée mondiale part pour la première fois de Sisteron lors de la 11e étape menant le peloton jusqu’à Bourg-lès-Valence dans la Drôme. Débuté par deux étapes disputées à Nice et son arrière-pays, le Tour de France 2020 arrive à Sisteron le 31 août pour en repartir le lendemain. La cité des Alpes-de-Haute-Provence est en effet à la fois la ville d’arrivée de la 3e étape, remportée au sprint par l’Australien Caleb Ewan et au terme de laquelle le Français Julian Alaphilippe s’empare du maillot jaune, et la ville de départ de la 4e s’achevant à la station haut-alpine d’Orcières Merlette. Ce Tour de France 2020 a été exceptionnellement couru du 29 août au 20 septembre à la suite de son report pour cause de pandémie.

Par ailleurs, le pré de foire est encore et toujours le lieu de nombreux concours de boules. Il a ainsi accueilli, du 12 au 14 septembre 1981, le 36e Championnat de France de boules au jeu provençal triplettes. Cette compétition, à l’organisation de laquelle contribue activement « La Boule Sisteronaise », rassemble plus d’une centaine d’équipes venues de tout l’Hexagone, et la finale voit s’affronter deux triplettes varoises de La Seyne-sur-Mer et de Saint-Tropez.

Bibliographie

Jean-Louis Gay-Lescot, Sport et éducation sous Vichy 1940-1944, Lyon, Presses universitaires de Lyon, 1991.

Lucien et Maryse Most, Sisteron dans la première moitié du siècle, Paris, Most, 1995.

Philippe Tétart (dir.), Histoire du sport en France T. 1 : Du Second Empire au régime de Vichy, Le Mans, Université du Mans, 2007.

Le complexe sportif et de loisirs du Devens. Stade André Vanco

Le complexe sportif et de loisirs du Devens. Stade André Vanco

Créée en 1904 à l’initiative de Camille Blanc, président de la célèbre et influente Société des Bains de Mer (SBM), par détachement de la commune de La Turbie, Beausoleil est une cité laborieuse, dont la destinée est intimement liée à celle de sa voisine monégasque, et le sport ne fait pas exception. Elle partage aussi avec la Principauté des problématiques de contraintes spatiales, qui vont rendre difficiles et onéreux les titanesques aménagements nécessaires à l’édification d’un complexe sportif pourvu d’un stade.

Gérer l’exiguïté territoriale ?

Beausoleil, petite cité née à la fin du XIXe, est un territoire enclavé entre la Principauté de Monaco et les flancs abrupts de l’amphithéâtre du Mont Agel. Son essor démographique est directement lié à la construction de Monte-Carlo, qui a nécessité le recrutement d’une importante main-d’œuvre italienne. Difficile d’imaginer un aménagement sportif d’ampleur sur le territoire de cette jeune commune, dont la population dépasse, dès 1926, les 10 000 habitants. Le centre-ville est déjà fortement urbanisé dans le prolongement de la frontière monégasque ; l’est, quartier du Ténao, est occupé par des terres agricoles, l’ouest par un quartier industriel et commerçant.

Il existe certes un stade, inauguré en 1927, celui des Moneghetti, en référence au quartier où il est implanté, à l’ouest du territoire beausoleillois. Mais il appartient à la Principauté, car construit sur un terrain propriété du Prince de Monaco. L’administration des Domaines a concédé un bail à la municipalité beausoleilloise qui en assure l’aménagement pour l’usage des enfants des écoles. Cette situation provisoire ne satisfait toutefois pas l’Inspecteur départemental de l’Éducation générale et des Sports qui rappelle, dès 1940 et à plusieurs reprises, la nécessité d’un aménagement définitif. Il s’agit de satisfaire à la politique de développement de l’éducation physique promue par le régime de Vichy dans une perspective de redressement moral de la France. C’est donc au nord du territoire communal sur d’anciennes bandites, terres de pâtures, ingrates pour la culture, que les élus décident, en 1943, la future création d’un terrain scolaire d’éducation physique au lieu-dit Vallières et Devens, sur plus de trois hectares.

Un projet titanesque

Admirablement situé, ce terrain appartient à des particuliers. En octobre 1943, le maire Marius Floret sollicite, auprès du préfet, une déclaration d’utilité publique ainsi que des subventions. Les frais d’aménagement du terrain sont, en effet, évalués à 800 000 francs. Devant l’ampleur du projet, l’édile pointe, auprès du commissaire général à l’éducation, les charges de sa commune en cette période de guerre, ses maigres revenus et la nature de sa population, modeste et laborieuse, qui ne pourra supporter une aggravation des impôts. En novembre 1944, c’est le Comité de Libération qui décide de renoncer à ce projet, malgré une subvention obtenue de plus de 400 000 francs. Il invoque l’éloignement du site, l’état des routes et les autres nécessités du moment. Il faudra attendre plusieurs décennies, en l’occurrence septembre 1977, pour l’ouverture de l’enquête publique, et mars 1979 pour la déclaration d’utilité publique conjointe à l’enquête parcellaire. Soucieuse de créer un espace de loisirs pour les Beausoleillois, la municipalité profite, dans l’intervalle, de l’acquisition de la vaste propriété du « Mouneyrat », dans le cadre de l’élargissement du boulevard frontière Général Leclerc, au quartier du bas-Tenao, pour créer, en 1964, huit jeux de boules et un jardin d’enfants. L’équipement est complété en mars 1977 par un vestiaire sportif, puis en 1978-1979 par l’installation d’une « Bulle », immense tente démontable à la fois originale et archaïque permettant de disposer d’un stade couvert et chauffé. Cette fausse salle est devenue un véritable patrimoine local notamment chez les handballeurs : atout certain pour les joueurs du Football Club de Beausoleil (FCB), section handball animée par l’illustre instituteur Pierre Mourier, mais cauchemar pour les équipes visiteurs souvent déboussolées par l’ambiance particulière du lieu et la dureté du sol. Une maison des jeunes voit également le jour sur le site. L’ensemble de cet aménagement sportif et de loisirs est cependant démoli en 1990 pour laisser place à l’immeuble de bureaux baptisé « Le Forum ».

Le projet du Devens se poursuit et en mars 1982 les études préliminaires reçoivent l’agrément de la commission des sites du ministère de la Jeunesse et des Sports et de la commission départementale des opérations immobilières et d’architecture. En mai 1986, le cabinet d’architecture Daniel Raymond à Beausoleil est choisi comme maître d’œuvre et l’entreprise Spada-Casero déclarée adjudicataire des travaux de terrassement. Le 19 décembre de la même année, la première pierre du stade est posée. Cette manifestation marque le début de travaux titanesques. Le comblement du vallon nécessite, à lui seul, l’emploi de 450 000 m3 de remblais. La réalisation de ce vaste ensemble provoque la disparition du Pra le petit vallon du Devens tapi derrière le mont des Mules. Il est comblé par la construction des deux plateformes.

Inauguration et dénominations

Le 17 septembre 1988 a lieu au stade André Vanco l’inauguration du terrain de football, des tribunes et des vestiaires. Exhibitions sportives, animations diverses, dont un baptême de l’air en montgolfière, marquent la journée. Cet équipement honore la mémoire de feu André Vanco, maire de Beausoleil de mars 1971 à avril 1986, décédé en cours de mandat, et conseiller général des Alpes-Maritimes. Sa veuve Rosy coupe symboliquement le ruban aux côtés du maire Roger Bennati et de son adjoint aux Sports Robert Vial. L’année suivante est par ailleurs dévoilée une plaque dédiée à André Vanco. La « Bulle » du stade Mouneyrat est démontée et transférée au stade du Devens en avril 1987, l’étrange vaisseau survit et trouve sa place à l’entrée du plateau. Puis en 1989 sont mis en service les huit courts de tennis devenus aujourd’hui les terrains d’un club très select où s’entraînent les meilleurs joueurs du monde résidant en Principauté de Monaco. Le 28 septembre 1990, le maire de droite Gérard Spinelli, élu l’année précédente, rappelle que le complexe n’a jamais reçu de dénomination officielle. Il propose alors que le buste du communiste André Vanco soit transféré de la place de la Libération au complexe afin de figurer à l’entrée du stade de football. L’ensemble des installations sera désigné par l’appellation « complexe sportif et de loisirs du Devens » et le stade de football par la dénomination « Stade André Vanco ». L’endroit est parcouru par une allée longue de 390 mètres bordée de pins parasols, baptisée en 1994 du nom de Pierre Marinelli, figure locale ayant mis son temps et son dévouement au service du Football Club de Beausoleil, dont il a assuré le secrétariat général durant vingt ans.

Évolution du plateau sportif

Outre les courts de tennis et le terrain de football, le plateau sportif est également pourvu, dans les années 1990, d’un parcours santé, situé à proximité du site protohistorique classé du Mont des Mules. En outre, en 1991 et 1992, l’organisation du Championnat d’Europe de boxe, super-légers, s’inscrit dans la lignée de la tradition pugiliste de Beausoleil. Ces deux réunions verront successivement s’affronter Daniel Londas contre Sentürk Özdemir, puis Akim Tafer centre Dennis Andries. En 2013, c’est le polo qui s’installe au Devens lors du Diamond Polo Cup Trophée Missbach du Monte-Carlo Polo Tournament. Il s’agit en l’occurrence d’une manifestation ponctuelle de paddock polo mettant aux prises les équipes d’Italie, de France, d’Angleterre et d’Argentine et organisée sous l’égide du Monte-Carlo Polo Club.

Dans les années 2010, les pratiques sportives évoluent et le complexe accueille en complément de la pratique du tennis celle du padel. Le tennis aligne cinq courts en GreenSet éclairés, deux courts en gazon synthétique éclairés, quatre courts de padel éclairés (dont deux couverts), une salle de fitness-gym, un mur d’entraînement et un court central avec tribunes de 300 places. Le Tennis Club de Beausoleil « Tennis Padel – Soleil », propose un programme diversifié pour tous les publics et niveaux, entre loisirs et compétition. Une école de tennis existe et des stages, avec des formules multiactivités en partenariat avec d’autres associations (par exemple le football), sont proposés et tournois ouverts à tous sont organisés tout au long de l’année. En 2017, est par ailleurs créé, sur l’ancien parking, un stade permettant la pratique du football et du rugby, dénommé terrain « Prince héréditaire Jacques », pour l’entraînement et les rencontres des sections de football et de rugby de l’AS Monaco. La gestion du club de tennis et du stade Prince Héréditaire Jacques s’effectue sous forme de délégation de service public. La société immobilière domaniale de Monaco a implanté ses équipements, dont des vestiaires, des sanitaires et des locaux administratifs, ainsi qu’une tribune de 310 places. Le tout est construit en préfabriqué, de manière à pouvoir restituer les lieux dans l’état à la fin de la période d’occupation, soit douze ans au maximum. Enfin le complexe sportif et de loisirs du Devens est un espace mixte, qui fait rayonner la culture sous toutes ses dimensions. Ainsi, en 1989, est approuvée la construction d’un amphithéâtre, qui doit faciliter l’organisation de prestations artistiques et culturelles. Six cents spectateurs peuvent y prendre place comme en août 1991 à l’occasion de l’accueil par la municipalité de Beausoleil des Jeux Intervilles au cours desquels les locaux affrontent leurs homologues meusiens de Bar-le-Duc dans une ambiance festive et conviviale. Suivront, entre autres, des concentrations de Harley Davidson ou un gala dédié à un art martial japonais le shindokaï.

Bibliographie

Delpiano Laurent, « Beausoleil. Cité cosmopolite 1880-1930 », Recherches régionales, n° 178, 2005, p. 41-60. https://www.departement06.fr/documents/Import/decouvrir-les-am/rr178-beausoleil.pdf

Gastaut Yvan (dir.), Beausoleil, Joué-lès-Tours, Sutton, 2000.

Le Gal Martine, « La frontière franco-monégasque à Beausoleil, 1860-1920 », Migrations Société, vol. 140, n° 2, 2012, p. 145-158.

L’hippodrome de la Durance à Cavaillon

L’hippodrome de la Durance à Cavaillon

L’aménagement de digues de protection contre la Durance permit, dès le milieu du XIXe siècle, la création d’un hippodrome qui a subsisté jusqu’à aujourd’hui non sans péripéties et au prix d’aménagements successifs consentis par la Société hippique de Cavaillon et la municipalité de la cité vauclusienne. Demeurant l’un des plus importants de Provence, il constitue une source d’emploi et d’attractivité pour la ville.  

La création de la Société hippique et l’aménagement de l’hippodrome

La Société hippique de Cavaillon naît en 1859 à l’initiative de notabilités locales fortunées. Alfred de Bonfils, notaire et premier adjoint au maire, puis Jean Duckers, industriel, en sont les premiers présidents, suivis par d’autres notaires, directeurs de banque ou entrepreneurs. À partir du milieu du XIXe siècle, le turf séduit en effet de plus en plus les élites par imitation du modèle britannique. Cette société aménage donc un champ de courses aux abords immédiats de la Durance. Ces terrains, repris sur la rivière, grâce aux digues de protection contre les crues (la « digue n° 2 » deviendra la « Digue des courses »), appartiennent alors au Syndicat de la Durance qui en autorise l’usage à la Société hippique. La piste d’origine, coincée entre la Durance à l’ouest et un fossé d’écoulement, le Risen, à l’est, peine à trouver des proportions suffisantes. Elle n’est longue que de 1000 mètres. La ligne droite d’arrivée ne dépasse pas les 140 mètres, et les tournants, trop serrés, présentent pour les cavaliers de notables inconvénients. Les tribunes d’origine semblent, d’après les documents iconographiques, construites en bois et s’élever sur six gradins. Au centre, la tribune d’honneur est largement pavoisée et des tentures protègent le public du vent et du soleil.

L’hippodrome de Cavaillon accueille ses premières épreuves le 4 septembre 1861 à l’occasion des fêtes de la Saint-Gilles. L’hebdomadaire local L’Écho du Luberon donne des comptes rendus fort détaillés et parfois hauts en couleur, à partir de 1864, de ces réunions brillantes et déjà fort courues. Toutefois, le champ de courses subit régulièrement les crues saisonnières de la capricieuse Durance, qui emportent la piste et dévastent la pelouse. La Société hippique assure sa remise en état comme l’entretien de la Digue des courses.

Une amélioration progressive des installations

La Société hippique de Cavaillon s’efforce d’améliorer progressivement le champ de courses et les installations attenantes. Le tracé de la piste a dissuadé les meilleures écuries de s’y produire. Pour remédier à ces inconvénients, le terrain est agrandi entre 1910 et 1912, la piste rallongée de 300 mètres et les tournants rectifiés. Dès 1881, on avait construit sur la pelouse une enceinte de pesage, un paddock et, sans doute vers 1891, un édicule pour le pari mutuel. La municipalité se préoccupe quant à elle du chemin d’accès, car « aussitôt après les dernières courses, des centaines de voitures de toutes formes et de toutes dimensions et des milliers de piétons se précipitent sur la route de la Resse, trop étroite pour les contenir ». Un règlement de circulation définit dès lors un parcours différencié d’arrivée et de retour. Le déclenchement de la Première Guerre mondiale marque un coup d’arrêt pour les activités hippiques.

Mais la Société hippique se reforme en 1920 sous la présidence d’Auguste Jouve, sériciculteur. La reprise est rapide une fois la paix revenue, en lien avec le développement dans l’entre-deux-guerres du spectacle sportif. Le succès est tel que, sur la demande pressante de la municipalité, la Société hippique organise également, à partir de 1922, deux journées en mai à l’occasion des fêtes de printemps. Ces courses sont l’événement phare des festivités, et la Société compte alors près de 600 membres. De nouveaux statuts, votés en février 1925 sous la présidence de Marcel Liffran, notaire, organisent les cadres d’une souscription de 600 000 francs. Les sociétaires acquièrent une ou plusieurs parts de 1000 francs remboursables à trente ans par tirage au sort. Le statut de simple adhérent non-souscripteur donne droit à une entrée voiture sur l’hippodrome, une carte personnelle et trois invitations par an. Grâce à la souscription, la Société hippique fait construire, en 1925, des tribunes en béton avec charpente métallique et aménage un « jardin anglais » sous les platanes du parc d’accès.

Dans les années 1930, le Grand Prix de Cavaillon, doté d’une forte somme d’argent et disputé début septembre lors des fêtes de la Saint-Gilles, constitue un succès sportif, mais aussi mondain avec notamment « le bataillon des élégantes en grande tenue de parade ». Un nouvel intermède forcé intervient pendant la Seconde Guerre mondiale, puisque la direction générale des Chantiers de jeunesse (Groupement Bonaparte n° 13) réquisitionne l’hippodrome d’août 1940 à novembre 1943. Les troupes allemandes occupent à leur tour l’hippodrome jusqu’en août 1944. De son côté, la municipalité imagine un vaste projet de Parc des sports sur le terrain de l’hippodrome. Elle en confie l’étude, en 1941, à l’architecte Georges Brodovitch, réfugié en Luberon, et aux étudiants en architecture du Groupe d’Oppède. Du rugby au tennis, du football à la natation, une large gamme de sports pourraient y être pratiqués. Ce projet pharaonique, nécessitant le rachat des terrains à la Société hippique et de nouvelles constructions, ne verra cependant pas le jour. En 1943, la situation financière de la Société hippique est largement fragilisée avec une dette qui s’amplifie un peu plus chaque année, conduisant à céder à la municipalité l’ensemble des 17 ha de l’hippodrome pour 60 000 francs, soit le montant de sa dette. Cette vente prévoit de lui laisser la libre disposition des installations pour l’organisation des courses. Elle reste maître de l’entretien des pistes, des balances et des boxes, tandis que la municipalité assume de son côté l’entretien de tous les autres terrains et équipements.

Une montée en puissance après la Seconde Guerre mondiale

Dans l’immédiat après-guerre, l’hippodrome est fort dégradé : fondrières boueuses, pavillon des balances ayant servi de prison, buvette convertie en entrepôt de plâtre et wc en soute à charbon. Sa nécessaire remise en état est un vaste chantier qui mobilise des dizaines d’entreprises locales et met à contribution des prisonniers de guerre. Les artisans de cette renaissance sont l’architecte Arthur Mathieu, Fleury Mitifiot, maire de Cavaillon, et Alphonse Leclerc, conseiller municipal et turfiste notoire. Le dirigeant Louis Delaye réactive parallèlement tous les réseaux du monde hippique (écuries et entraîneurs) afin d’être en mesure d’organiser des courses dès la remise en état des principales installations pour les fêtes de la Saint-Gilles 1946. Un quotidien local conclut : « Le Deauville provençal aura su revivre ».

Dans les années 1950, l’hippodrome de Cavaillon bénéficie de la fermeture de trois établissements voisins, ceux de Châteaurenard, de Cabannes et d’Orange. Leurs présidents respectifs intègrent le comité de la Société hippique de Cavaillon, présidé par Étienne Accarie, ancien maire et conseiller général.

La décennie 1970 voit se produire d’importants travaux de rénovation, et de nombreux investissements sont réalisés : nouvelle salle des balances, salon des commissaires, 60 boxes supplémentaires, et surtout création de la piste en sable réservée aux trotteurs. Achevé en 1973, cet anneau de 1200 mètres de long sur 20 mètres de large situé à l’intérieur de la piste en gazon, classe l’hippodrome de la Durance parmi les plus appréciés de la région. La municipalité aménage sur la pelouse cinq terrains d’entraînement de football et de rugby, dont deux sont dotés de l’éclairage nocturne en 1980. Les tribunes datant de 1925 sont rénovées en 1991 : réfection de la charpente métallique et des gradins inférieurs, aménagement de bureaux sous les tribunes mis à la disposition de nombreux clubs sportifs. La piste en sable est quant à elle refaite en 1994 à la demande des professionnels et sous le contrôle du responsable de la rénovation des pistes de l’hippodrome de Vincennes : un mélange mâchefer-pouzzolane remplace dès lors le sable.

Aujourd’hui, la Société hippique organise toujours des courses d’avril à octobre sur l’hippodrome de Cavaillon et mène, en marge de chaque réunion hippique, une politique dynamique en direction des publics : visites découverte, animations pour les enfants ou tombolas.

Temple des courses, la pelouse engazonnée de l’hippodrome de Cavaillon est aussi régulièrement investie par d’autres manifestations sportives, comme le cross des collèges ou des tournois de sport collectif. Le Challenge Jean Ruat réunit ainsi chaque année en fin de saison des centaines d’enfants de moins de 8 ans issus des écoles de rugby de la région, qui s’affrontent dans une ambiance festive avant de tous recevoir une médaille. Bien que Cavaillon soit plus tournée vers le ballon ovale que vers le ballon rond, le terrain de l’hippodrome est depuis le début des années 1980 réquisitionné durant quelques jours pour servir de cadre à des stages s’adressant à de jeunes footballeurs en herbe : les Stages Bosquier. Encadrés initialement par les anciens joueurs internationaux Bernard Bosquier et Jean-Michel Larqué, ils le sont aujourd’hui par Bernard et Nicolas Bosquier, secondés par plusieurs autres éducateurs. Enfin, certaines des festivités de la ville, tels le feu d’artifice du 14 juillet, des soirées musicales ou des fêtes associatives y sont aussi organisées.

 

Bibliographie

Société hippique : Projet de statuts, Cavaillon, Imprimerie Mistral, 1925.

Grange Sylvie, Une Famille en Provence : chronique photographique, 1894 1914, Avignon, Fondation Calvet, 1995. 

Chevaldonné-Maignan Hélène, Cavaillon, Joué-lès-Tours, Éditions Alan Sutton, 1999.

Le complexe sportif Jean Bouin

Le complexe sportif Jean Bouin

Les premières foulées sur le stade Jean Bouin

La diffusion du sport durant l’entre-deux-guerres conduit la municipalité à envisager la construction d’équipements sportifs à Marseille. Toutefois, l’action municipale est encore pour beaucoup soutenue par le secteur privé. C’est alors que le 1er novembre 1921 est inauguré le stade Jean Bouin dans le quartier de Sainte-Anne aux abords du parc Borély en présence du ministre de la Guerre Louis Barthou ou encore du sénateur-maire de Marseille, Siméon Flaissières. La section marseillaise du Club athlétique de la Société générale (CASG), fondé à l’initiative de la banque Société générale, est propriétaire du stade et organise le match inaugural qui oppose le CASG Paris au Club Athlétique de Vitry.

Ce « terrain de sport confortable et d’un coup d’œil grandiose et imposant », aux dires d’un journaliste du Petit Marseillais (30 octobre 1921), attire la convoitise de nombreux clubs de la ville qui est sous équipée en stades. Très vite, le rugby et le football ou encore l’athlétisme s’épanouissent au stade Jean Bouin, baptisé du nom du champion marseillais employé par la banque et licencié au CASG de 1911 à 1913. Cette forme d’amateurisme marron lui a permis d’obtenir de grands succès (Cross des nations, record du monde du 10 000 mètres) et de se concentrer sur la préparation des Jeux olympiques de Stockholm de 1912 où il obtient une médaille d’argent sur 5 000 mètres. Toutefois, cette carrière s’arrête brutalement en septembre 1914 lorsque Jean Bouin tombe au champ d’honneur dans la Marne. De nombreux hommages lui sont rendus et une statue est inaugurée par la suite à Marseille.

La Journée Jean Bouin

Dès 1922, le CASG de Marseille participe à rendre hommage au champion et décide d’organiser la Journée Jean Bouin, un important meeting d’athlétisme au stade Jean Bouin. L’année suivante, l’événement est reconduit par le CASG au profit de l’Institut Pasteur. La Journée Jean Bouin se mêle aussi au Challenge Ernest Jolet, réservé aux clubs féminins. Mais le CASG subit un coup d’arrêt deux ans plus tard. Alors que sa Journée Jean Bouin s’installe dans le paysage sportif local, l’édition 1925 est annulée à cause de la situation critique des banques. Cependant, l’année suivante, la Journée Jean Bouin et le challenge Jolet sont de nouveau programmés permettant aux spectateurs marseillais de voir les champions locaux se mesurer aux athlètes de très haut niveau comme la Toulonnaise Louise Bellon, championne de France et médaillée de bronze aux mondiaux féminins en 1926 sur 1 000 mètres. Deux ans plus tard, la tête d’affiche de la journée est le champion du 800 mètres suisse Paul Martin, vice-champion olympique aux Jeux 1924 de la distance.

À partir de 1929, le meeting est en perte de vitesse et l’édition 1931 est la dernière malgré la présence des vedettes telles Jean Keller, champion de France du 800 mètres l’année précédente ou Jules Ladoumègue, vice-champion olympique français sur 1 500 mètres aux Jeux olympiques de 1928 à Amsterdam.

Par la suite, le Petit Provençal tente durant la Seconde Guerre mondiale de restaurer cette fête sportive au parc Borély puis au Stade vélodrome sans retrouver le succès des premières éditions.

Le sport scolaire et universitaire

Du fait du manque d’équipements sportifs, le sport scolaire s’invite très rapidement au stade Jean Bouin. Dès 1922, le stade accueille un match du Championnat de France interscolaire de rugby opposant l’École d’électricité de Marseille à l’École normale d’Albertville. Chaque semaine, le stade est utilisé par différents clubs ou écoles en fonction de leur calendrier sportif. Ces fameux « matchs du dimanche » laissent place quelques fois à des événements ponctuels qui célèbrent le sport scolaire et universitaire. Sous l’impulsion de la section rugby de l’Olympique de Marseille, du Rugby-Club de Marseille ou encore du Stade marseillais université club (SMUC), le stade Jean Bouin devient un haut-lieu du rugby marseillais.

Outre plusieurs championnats régionaux d’athlétisme scolaires et universitaires, le stade Jean Bouin est le théâtre de tournois de rugby universitaires.

L’antre du SMUC

Le Stade marseillais université club devenant de plus en plus important, le stade Jean Bouin devient l’antre privilégié de ce club omnisport créé en 1923. Il y organise de nombreux événements sportifs autour de ses sections sportives non seulement de rugby, mais aussi de football, et d’athlétisme. À l’image de ce club, le stade Jean Bouin démontre toute sa dimension omnisport. Avec ces trois disciplines principales – auxquelles s’ajoutent le hockey et le basket-ball dans une moindre mesure –, les manifestations sportives sont très régulières.

En 1937, le CASG cesse ses activités et laisse vacant le stade Jean Bouin. Le SMUC se positionne pour récupérer les lieux. Il obtient du rectorat l’achat du terrain de la campagne Lafitte, avenue Clot-Bey où se situe le stade Jean Bouin, désormais utilisé par le SMUC.

Durant la Seconde Guerre mondiale, le club organise la journée du SMUC destinée à mettre en valeur tous les champions du club. Les activités sportives se diversifient. La section de handball masculin est ouverte en 1941 suivie de la section féminine en 1943 : on joue alors à 11 sur la pelouse du stade. La section volley-ball est créée dix ans plus tard. Suit la section judo en 1963. Le SMUC est désormais bien installé au stade Jean Bouin et décide de s’émanciper de l’Association Générale des Étudiants de Marseille (AGEM, section marseillaise de l’UNEF) dont il était la section sportive pour transférer son secrétariat au stade Jean Bouin en 1965. Il est alors l’un des plus importants clubs de Marseille et le premier club omnisport régional qui compte plus de 2 000 licenciés en 1973.

Un complexe sportif

Le développement du SMUC s’accompagne d’une volonté de modernisation des infrastructures sportives de la part de la ville de Marseille. Sous l’impulsion du maire Gaston Defferre et de l’adjoint aux sports Roger Lebert, le stade Jean Bouin devient un complexe sportif. Maurice Herzog, responsable de la Jeunesse et des Sports sous la présidence de Charles De Gaulle incite les municipalités à se doter d’infrastructures destinées à développer à la fois la pratique sportive des Français et à former les futurs champions. Ainsi, en 1958, sont inaugurés des courts de tennis, en 1960 une salle omnisports puis une piscine en 1967 notamment. Ces efforts sont accompagnés de réalisations propres au SMUC comme un club-house pour la section de tennis, un nouveau court en terre battue, un parking et l’éclairage de diverses installations.

Malgré la fermeture rapide de la piscine en 1978 à cause d’une avarie irréparable, le complexe Jean Bouin offre donc des installations variées et modernes accompagnant l’essor des pratiques sportives de masse. À la fin du XXe siècle, les lieux font l’objet d’une rénovation progressive. Un pôle national de gymnastique y est créé, tandis que le club s’ouvre à un public plus large que les simples scolaires et universitaires. Néanmoins, à l’heure où les activités sportives de loisirs pratiquées hors du giron des fédérations connaissent un engouement grandissant, la fréquentation des installations du SMUC n’est plus aussi forte qu’auparavant aux dires de nombreux anciens. Le club est alors contraint de diversifier ses activités et de créer des sections pour les sports de nature et plein air comme l’escalade en 1997 et le VTT en 2000.

La modernisation du complexe

Cette adaptation des pratiques et des infrastructures permet alors au SMUC de compter aujourd’hui toujours plus d’adhérents (plus de 5000 en 2015). La ville de Marseille poursuit la modernisation du complexe sportif Jean Bouin qui s’étend aujourd’hui sur 6 hectares. À l’occasion de la Coupe du monde de rugby 2007 en France, le stade Vélodrome accueille des matchs et l’équipe nationale de Nouvelle-Zélande installe au stade Jean Bouin son camp d’entrainement. Pour l’occasion, le complexe est réhabilité avec la réfection de la pelouse, l’extension des gradins à 600 places assises, la rénovation du gymnase, une salle de musculation ou encore la création d’un terrain annexe en pelouse synthétique.

Il est devenu l’un des plus importants complexes sportifs marseillais, fréquenté par près de 258 000 utilisateurs chaque année selon la municipalité (2006).

 

Bibliographie

Marseille, ville sportive. Histoires des lieux et des hommes, Marseille, Les Éditions du Comité du Vieux-Marseille, 2017.

Barthélemy Marianne, « Un club omnisports dans le paysage sportif local : le SMUC », Revue Marseille, n° 208,‎ mai 2005, p. 68-75.

Barthélemy Marianne, SMUC, 100 ans d’histoires de sport à Marseille, Marseille, Gaussens, 2023.

Maccario Bernard, Jean Bouin. Héros du sport, héros de la Grande Guerre, Paris, Chistera, 2018.

Rambaud René, Marseille, la passion du sport, Marseille, Éditions méditerranéennes du Prado, coll. « Une ville, un patrimoine », 1993.

Le Stade Jean Bouissou (La Ciotat)

Le Stade Jean Bouissou (La Ciotat)

Un nouveau stade à La Ciotat

La construction d’un stade municipal à La Ciotat répond à la demande faite en 1932 du club de football « l’Étoile sportive de La Ciotat » (ESC), qui cherche un nouveau terrain de jeu. Le stade prend le nom de Jean Bouissou, le maire de la ville à ce moment. Ce dernier inaugure le stade en 1933 à l’occasion du match amical opposant l’Olympique de Marseille au Wacker de Budapest. Il s’agit du troisième terrain du club. Auparavant, « l’Étoile » joue depuis 1921 — année de création du club — sur le terrain du « Pré » situé à proximité des chantiers navals ciotadens. Ce terrain avait été acquis en 1918 par la Société provençale de constructions navales (SPCN) qui exploite les chantiers. Son directeur Marie-Paul-Henri Stouvenot met ce terrain à disposition du club de football local jusqu’en 1923. À cette date, la SPCN a besoin de récupérer le terrain pour y implanter les nouveaux projets de la société dans le domaine de l’aéronautique. Le club ciotaden de football déménage par conséquent sur un terrain situé sur le chemin de Marseille à la Campagne Notre Dame loué pour une durée de neuf ans par le président du club, à Blaise Ventre. À l’expiration du bail, l’ESC entreprend son déménagement définitif vers le stade Jean Bouissou situé au boulevard de Clavel. C’est plus exactement dans le lotissement du Clos des Plages, ancienne propriété Lumière, géré par la Société Foncière des Alpes-Maritimes, qu’un terrain de 15 000 m2 est réservé au nouveau stade dans le quartier de « Terre Rousse. »

La période faste du club ciotaden

En 1942, l’ESC devient « l’Étoile sportive et Club Naval de La Ciotat » (ESCNC). Dès lors, la Société des Chantiers navals occupe une place prépondérante dans la gestion du club. Des dirigeants et des joueurs sont issus du personnel. La direction de la société désigne même directement les présidents du club entre 1962 et 1978. Le club est alors florissant et le stade se modernise. En 1958, les anciennes tribunes sont détruites pour de nouvelles, portant la capacité du stade de 600 à environ 900 places à la fin des travaux en 1962.

En 1963, l’ESCNC rejoint le Sporting Club ouvrier des Chantiers navals de La Ciotat qui est affilié à la Fédération sportive et gymnique du travail (FSGT). Elle s’associe également aux activités de plein air proposées par le club Amitié et Nature, puis par filiation à la section basket-ball. Les années 1950-1970 voient le club ciotaden obtenir les meilleurs résultats de son histoire. Lors de la saison 1951-1952 de football, le club atteint les 16e de finale de Coupe de France qu’il perd contre l’OGC Nice, champion de France en titre. Il réédite la performance contre le FC Nantes en 1967 puis contre le Stade saint-germanois en 1969. Trois ans plus tard, il atteint pour la première fois la Deuxième division qui est divisée en plusieurs groupes. En terminant quatrième ex aequo du groupe C, derrière les équipes professionnelles de Strasbourg, Avignon, Toulon et Cannes, le club finit meilleur club amateur de France. De nombreux joueurs de cette période sont issus des différentes corporations des Chantiers navals de La Ciotat (CNC) et sont mis à disposition du club. De plus, d’importantes subventions sont données par les chantiers navals, ce qui favorise les bons résultats sportifs.

Le déclin des chantiers navals

Le choc pétrolier qui survient en 1973 entraîne un ralentissement brutal de la croissance économique. Localement, le secteur de la construction navale est fragilisé. La Société des chantiers navals est contrainte d’effectuer d’importantes économies et décide de licencier environ 1600 personnes. Elle limite également ses engagements extérieurs considérés comme non productifs et notamment dans les clubs sportifs et culturels comme l’ESCNC. Les chantiers navals de La Ciotat ne subventionnent plus le club et tout le comité directeur démissionne.

Pour répondre à la crise, les chantiers navals de La Ciotat s’associent aux chantiers navals de Dunkerque et de La Seyne-sur-Mer qui se regroupent au sein d’une société unique appelée « la société du Chantier du Nord et de la Méditerranée » (la Normed). Cette association tient jusqu’en juin 1986 et l’arrêt des subventions versées par les pouvoirs publics à la Normed, contraignant la société à déposer le bilan. En 1987, les deux derniers navires construits à La Ciotat sont lancés mais le dernier navire est retenu jusqu’au 14 juillet 1989 par une centaine de salariés organisés au sein du collectif des 105 qui proteste contre la fermeture des chantiers navals ciotadens. Un accord conclu en mars 1995 met fin à l’occupation du site.

Le renouveau

À partir de 1979, c’est la ville de La Ciotat qui reprend les rênes du club et Antoine Flary, conseiller municipal en devient président. Le club redevient l’« Étoile sportive de La Ciotat », nom qu’il portait entre 1921 et 1942. Depuis 1979, l’Étoile sportive de La Ciotat alterne entre les divisions régionales et départementales jusqu’à la fusion en 2009 avec le Stade olympique Cassis-Carnoux. Cette fusion permet au club de rejouer à un niveau national en troisième division à l’issue de la saison 2009-2010. Elle prend toutefois fin à la suite du dépôt de bilan du club de Cassis-Carnoux. Le club ciotaden est rétrogradé dans la plus basse division mais rejoint le niveau régional en 2015 et s’y stabilise depuis lors. 

 

 

Bibliographie

Baux Alain, Benet Louis, Neulet Gaston et Vence Joseph Édouard, Clubs sportifs du comité d’entreprise des chantiers navals de La Ciotat, La Ciotat, Maison de la construction navale, Nota Bene, 2017.

Multinu Mathieu, Ma vie à l’Étoile sportive, La Ciotat, impression Groupe Horizon, 2011.

Neulet Gaston, Notre Histoire de la construction navale à La Ciotat de 1851 à 2010, La Ciotat, Maison de la construction navale, Nota Bene, 2011.

Tixier Jean-Louis, Livre d’Or de l’Étoile sportive 1921-1993, La Ciotat, Ciotat Impression et A+A Production, 1993.

Le stade Victor Marquet

Le stade Victor Marquet

Le stade Victor Marquet est un lieu de sport central à La Seyne-sur-Mer. Situé aux abords du centre-ville et au carrefour entre la gare ferroviaire et les deux principales artères de la ville, son histoire, riche, controversée mais intimement liée à l’Union sportive seynoise en fait un élément du patrimoine local auquel les Seynois sont attachés.

Victor Marquet, un personnage emblématique de La Seyne

Parisien de naissance et ouvrier aux Forges et Chantiers de la Méditerranée depuis 1899, Victor Marquet a toujours côtoyé le monde du sport. Élève au lycée Lakanal de Sceaux en région parisienne, il cofonde avec Franz Reichel le club de sport du lycée, qui participera, avec d’autres, à la création de l’Union des sociétés françaises de sports athlétiques. Avant son service militaire, il s’engage au Stade français et pratique la course à pied, l’escrime et la gymnastique.

En arrivant à La Seyne-sur-Mer, Victor Marquet considère le rugby comme un sport de référence. Autour de la rade de Toulon, la discipline n’est pas populaire, seulement présente à Hyères. Il décide d’en vanter les mérites, ce qui lui permet de recruter des joueurs pour organiser des matches de football-rugby et de créer de nouvelles sociabilités dans le monde ouvrier. En 1901, il fonde l’US Seynoise.

Homme de caractère, réputé dur avec ses hommes, et de conviction, il réussit partout où il passe en saisissant les opportunités qui se présentent à lui. En octobre 1902, il participe à la création de l’Étoile sportive toulonnaise, et en devient le président en 1906. Il décide aussi de la fusion entre « l’USS » et « l’EST » en 1907, de laquelle naîtra le Stade varois, puis le Rugby club toulonnais. À La Seyne, « l’USS » est remplacée par l’Olympique seynois.

Victor Marquet revient une première fois au club en 1921, au moment de la refondation de l’US Seynoise en un club omnisport, quelques mois après la disparition de l’Olympique seynois. La section rugby est revitalisée et retrouve son identité, avec l’adoption des couleurs officielles et définitives, le rouge et le bleu marin, héritées du Stade français et des couleurs historiques de la ville, l’azur et le gueules. Après un nouveau départ, il revient en 1941 pour redresser la situation financière du club, descendu en division Fédérale. Il meurt tragiquement lors des bombardements de la ville en avril 1944.

Une histoire mouvementée entre le club et son stade

En 1948, quatre ans après la mort de son fondateur, l’US Seynoise décide, en accord avec la mairie, de renommer son stade « Victor Marquet. » Son ancien nom, « stade de la Muraillette », qui tient son origine du muret qui longeait le terrain, reste adopté par les partisans de l’USS.

À l’origine, la Muraillette était un terrain marécageux que la mairie ne pouvait pas utiliser. Le terrain de la caserne de la Gatonne était privilégié, mais partagé avec les militaires. En 1904, le stade est loué à Victor Marquet et « l’USS » peut l’utiliser. Quelques travaux sont réalisés pour le rendre praticable et ajouter des locaux en bois pour les vestiaires. Avec la création de l’Étoile sportive toulonnaise, Marquet conserve la location du stade et l’Olympique seynois se délocalise au stade du quartier Saint-Antoine. Puis, au début des années 1920, le club seynois utilise le vélodrome de la Canourgue. En fait, il ne s’installe définitivement à la Muraillette qu’au milieu des années 1920, après l’échec de la construction du stade Barrel.

Le stade est régulièrement jugé vétuste. De premiers grands projets de rénovation sont organisés en 1948, sous l’impulsion de l’adjoint municipal aux sports Paul Pratali et après deux premières tentatives en 1930 pour la construction d’un palais des sports et en 1939 avec le projet Lamarque. Les vestiaires en bois sont détruits, remplacés par de nouvelles structures en dur alors que les tribunes de l’ancien hippodrome de la Gourban sont réutilisées. En 1955, une tribune de 1 000 places est construite côté sud, tandis que les vestiaires et le terrain seront à nouveau rénovés au début des années 1970.

Les vestiaires et la pelouse sont les principaux soucis de la municipalité, du fait de leur dégradation très rapide. Dans l’entre-deux-guerres, le terrain reste marécageux et difficilement praticable, ce qui va influencer le jeu de l’équipe en mettant en pratique l’art du dribbling.

Enfin, de 1994 à 2006, le stade Marquet, jugé trop petit, est délaissé au profit du stade Léry, situé à l’extérieur du centre-ville. Mais cette délocalisation déplaît à de nombreux Seynois attachés au stade. Ainsi, un dernier projet de réhabilitation voit le jour en 2006 pour le rendre à nouveau fonctionnel. Alain Ajello, l’adjoint aux sports à la mairie d’Arthur Paecht, voit à travers ce projet le « renouveau de ce stade mythique » et un retour aux origines rugbystiques de l’USS. Une nouvelle tribune de 1 000 places est érigée, renommée « Aimé Sias », du nom de l’une des plus grandes figures de l’histoire de l’Union, et la maison de la gardienne, symbolique, est reconstruite.

Un lieu de l’identité seynoise inscrit dans le patrimoine local

Le stade Marquet est « une construction emblématique de la ville », selon les mots d’Alain Chapparo, adjoint au maire, publiés dans la brochure La Seyne sportive, et un lieu de sociabilité à chaque événement rugbystique. La ville vibre pour son club, surtout après les « Trois Glorieuses », la période la plus faste du club. Entre 1975 et 1978, le club enchaîne trois montées successives, des divisions régionales à la finale de deuxième division pour l’accession à l’élite du rugby français. Avec une politique de formation de jeunes rugbymen initiée après la Seconde Guerre mondiale, contrastant avec l’élitisme du « RCT », l’US Seynoise et le stade Marquet ont une identité marquée et plus familiale.

Le club sait aussi célébrer ses anciennes gloires, comme Aimé Sias ou Gaël Fickou, aujourd’hui coprésident du club avec son frère, Jérémie. Aussi, l’US Seynoise incarne le patrimoine de la ville. Le pont transbordeur qui apparait sur le logo du club rappelle la longue histoire entretenue entre le rugby et les chantiers navals, tout comme son ancien nom, « USS-FCM ». Le surnom de « La Mecque » est toujours partagé par de nombreux supporters, évoquant le drapeau que l’on brandissait sur la colline du Mai pour signaler qu’un détenu s’échappait du bagne de Toulon. De l’expression « Il y a le mât au Mai », la ville a été surnommée La Mecque, ville natale de Mahomet.

 

Bibliographie

Autran, Marius, « De l’Olympique Seynois à l’OMS de 1980. Cent ans de sport à La Seyne », Images de la vie seynoise d’antan, T. 3, 1990.

Gaugain, Jean-Claude, Jeux, gymnastique et sports dans le Var (1860-1940), Paris, L’Harmattan, Coll. « Espaces et Temps du Sport », 2000.

Gaugain, Jean-Claude, « Les origines du sport à La Seyne-sur-Mer (1860-1914) », Regards sur l’histoire de La Seyne-sur-Mer, La Seyne, Association pour l’histoire et le patrimoine seynois, n° 2, novembre 2001, p. 7-14.

Giovannetti, Henri et Giraudo, Jean-Marc, Un dimanche à la Muraillette. Un siècle de rugby à La Seyne, La Seyne, Association Les « Boumians », 1996.

Le col de l’Izoard

Le col de l’Izoard

Situé entre le Queyras et le Briançonnais sur la commune d’Arvieux, le col de l’Izoard culmine à 2362 mètres d’altitude. Ce col routier est devenu un territoire sportif parcouru par les randonneurs, les skieurs et surtout les cyclistes. Mis en lumière par le passage répété du Tour de France, ce col fait partie de la chaîne montagneuse des Alpes au pied duquel coule Le Guil.

Il est réputé très difficile à cause de l’altitude, des pourcentages de la pente : 6,9 % sur 15,9 km versant sud et 6 % sur 19,1 km versant nord. Son décor est également célèbre avec la Casse Déserte, amas de roches calcaires en forme d’aiguilles ocres, qui donne une apparence lunaire à proximité du sommet sur le versant sud.

Premiers assauts

Les montagnes ont longtemps été perçues comme des espaces dangereux et ont inspiré de la crainte aux habitants. Rares sont ceux qui osaient s’y aventurer. La montagne n’est pas encore devenue un vaste terrain de jeu. Il faut attendre le tournant du XVIIIe et du XIXe siècle pour que l’imaginaire de la montagne évolue et que les sommets deviennent attrayants. Ils le sont notamment pour les scientifiques, qu’ils soient botanistes, géographes ou encore géologues.

Par la suite, les élites sociales vont prendre goût au tourisme et, dans ce cadre, se lancer à la conquête des montagnes sillonnant les sentiers de randonnées voire atteignant les plus hauts sommets.

Ainsi, le col de l’Izoard devient un terrain d’aventure pour les randonneurs qui le fréquentent. Plusieurs récits publiés dans les bulletins du Club alpin français attestent du fait que l’Izoard est un col régulièrement emprunté, notamment pour rejoindre Briançon ou poursuivre sa route vers le Queyras.

Sur la Route des Alpes

À la fin du XIXe siècle, le col de l’Izoard devient un passage stratégique pour l’armée française dans l’optique du contrôle et la défense de la frontière franco-italienne. Henri baron Berge, général de division basé à Lyon, fait réaménager les accès aux pâturages alpins pour obtenir une route passant par le col de l’Izoard. Cette dernière est ouverte en 1897 et facilite l’accès des touristes et randonneurs qui s’empressent de la fréquenter.

Dans le même temps, le cyclisme se développe en France et les Alpes offrent des routes d’exception pour la pratique de la petite reine. L’Izoard devient alors un col renommé au début du XXe siècle. Il est par conséquent intégré au projet de liaison routière entre Évian et Nice porté par le Touring Club de France et son vice-président Léon Auscher. L’idée est de développer la pratique du cyclisme et de l’automobilisme en France en reliant les vallées des Alpes françaises entre elles par la route. Ce projet, initié en 1909, attire l’attention des pouvoirs publics des départements concernés et de l’État désireux de relier les fortifications Vauban ou Séré de Rivières le long de la frontière. Les travaux débutent sur certains tronçons, mais le déclenchement de la Première Guerre mondiale interrompt le projet. La reprise des travaux s’avère complexe durant l’entre-deux-guerres malgré la reconnaissance d’utilité publique survenue en 1910 et l’intérêt de la compagnie ferroviaire P.L.M. pour ce projet. La route est finalement achevée dans les années 1930 avec l’ouverture du col de l’Iseran, point culminant du trajet.

Un mythe du Tour de France

Le col de l’Izoard étant accessible bien avant la fin du tracé de la Route des Alpes, il intègre les programmes des courses cyclistes comme le Tour de France, qui passe pour la première fois au sommet du col en 1922. Cette année-là, c’est Philippe Thys, triple vainqueur du Tour de France qui franchit le col en tête et s’adjuge la victoire de l’étape entre Nice et Briançon. Le peloton du Tour passe à nouveau par l’Izoard lors des cinq éditions suivantes. En 1923, son franchissement constitue même un tournant décisif de l’épreuve puisqu’Henri Pélissier lâche ses derniers concurrents sur les pentes du col avant de s’imposer en solitaire à Briançon et de s’emparer du Maillot jaune de leader du classement général qu’il conserve jusqu’à Paris.

En 1938, l’Izoard est de nouveau le théâtre d’une ascension mythique au cours de laquelle Gino Bartali, vainqueur des Tours d’Italie 1936 et 1937, distance irrémédiablement ses adversaires avant de triompher à Briançon et de revêtir, lui aussi, le Maillot jaune. Il réédite cette performance quelques années plus tard en 1948. L’Izoard est alors un géant incontournable du Tour de France que les coureurs emprunteront presque chaque année puisqu’il est franchi onze fois entre 1947 et 1962. Durant cette période, les plus grands champions du moment passent l’Izoard en tête, tels Jean Robic, Fausto Coppi, Louison Bobet ou encore Federico Bahamontes. Les pentes raides de l’Izoard gardent également en mémoire de légendaires rivalités comme celle entre Fausto Coppi et Louison Bobet immortalisée par une stèle située au niveau de la Casse Déserte représentant le profil des deux champions.

Par la suite, le col de l’Izoard est moins régulièrement emprunté et les coureurs le franchissant en tête vont progressivement être moins prestigieux. Dans les années 1990, le passage du Tour de France se raréfie et le col devient une difficulté de l’Embrun Man course de triathlon de renommée internationale. Il faut alors attendre les années 2010 pour que le col de l’Izoard regagne ses lettres de noblesse et soit plus fréquemment programmé.

En 2017, il accueille pour la première fois l’arrivée d’une étape remportée par le français Warren Barguil, qui signe le record de l’ascension par le versant sud en 38 minutes et 15 secondes.

À chaque passage, le col de l’Izoard entre un peu plus dans la légende du cyclisme. Les plus grands champions s’y sont distingués malgré la pente raide et le paysage lunaire. De nombreuses cyclotouristes s’y essaient également et les spectateurs avertis savent à quel point l’Izoard et sa Casse Déserte peuvent marquer les mémoires. Les monuments érigés sur le col et l’écomusée créé au sommet en 1989 attestent de la valeur patrimoniale des lieux.

 

 

Bibliographie

Conord Fabien, Le Tour de France à l’heure nationale, 1930-1968, Paris, PUF, coll. « Hors collection », 2014.

Mignot Jean-François, Histoire du Tour de France, Paris, La Découverte, coll. « Repères », 2014.

Vigarello Georges, « Tour de France », in Nora Pierre (dir.), Les Lieux de mémoire. III. Les France, Paris, Gallimard, 1992.